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Si depuis quarante ans nous n’avons pas réussi à enrayer la suppression des classes uniques (tout au moins pas encore !) par contre nous avons gagné sur un plan : tous les projets alternatifs sont résolument multi-âges ! Tous ceux qui le vivent chantent ses louanges. Toute la nouvelle génération d’éducateurs (mais pas tous les enseignants) est convaincue de sa nécessité.

Reste à mieux convaincre les mouvements pédagogiques ou syndicaux parce que si dans l’école publique le multi-âge est difficile à trouver, ces mouvements constituent une force qui pourrait mettre le multi-âge comme priorité dans leurs revendications auprès des institutions. Certes, s'ils sont encore un peu frileux, leurs oreilles commencent à se dresser et des syndicats comme le SNUipp qui n’ont pas la réputation d’être gauchistes m’invitent même à en parler dans leurs stages ou manifestations. Si les mouvements pédagogiques, ou tout au moins leurs institutions, ne considèrent pas encore le multi-âge comme une condition indispensable à réclamer, de plus en plus nombreux de leurs adhérents aspirent à pouvoir le vivre et le faire vivre aux enfants.

Reste à convaincre les fédérations de parents d’élèves. Sur le plan national ce sont elles qui n’en pipent mots. Elles sont restées à peu près inertes quant à défendre les dernières classes uniques. L’enjeu qui dépassait largement le plan local leur a échappé ou elles n’ont pas voulu le voir. Est-ce parce qu’elles sont des fédérations de parents « d’élèves » et pas des fédérations de parents « d’enfants » ? J’ai toujours été perplexe devant ces grosses fédérations qui ne cherchent même pas à s’informer et surtout à informer leurs adhérents. L’autre force qui peut peser ce sont bien les parents (électeurs), mais faut-il encore qu’ils ne restent pas dans l'ignorance. Peut-être qu’un Jean Cornec à l’origine de la FCPE aurait saisi l’enjeu.

Cela fait près d’un demi-siècle que je dis et écris que simplement à partir du multi-âge c’est toute la conception de l’acte éducatif, des apprentissages, de la socialisation, de l’école, qui change. Ce sont toutes les relations enfants / enseignants / parents / collectivités locales… qui changent et par voie de conséquence la conception de tout le système éducatif qui peut se refonder autrement. Comme je l’ai expliqué dans le billet précédent (ou ici), le multi-âge est révolutionnaire… « à l’insu de son plein gré ! » et il a fait depuis longtemps la preuve de son efficience que ce soit pour les apprentissages ou pour une socialisation humaniste et citoyenne. Changer l’école en favorisant puis en généralisant le simple « agencement » différent des âges que l’on place dans des « cases », sans avoir à mettre en avant une idéologie quelconque, n’est-ce pas le plus facile ?

Ce serait facile si l’opinion publique dans son ensemble était au courant. Question : pourquoi n’est-elle pas au courant ou pourquoi « on » ne la met pas au courant ?