rentrée-bus

Depuis que j’écoute la radio et lis les journaux (une bonne soixantaine d’années !) les cérémonies du départ annuel du bus de l’Education nationale sont toutes identiques. Le nouveau conducteur du bus vient expliquer les bricolages qu’il a effectué sur l’engin plus que centenaire. Personne ne sait pourquoi il a été choisi comme conducteur, il n’y a pas de permis de conduire pour ça. Il prétend comme ses prédécesseurs qu’il s’y connaît en mécanique et qu’avec lui ça va rouler bien mieux qu’avec les autres. Depuis que je suis toutes leurs explications, combien de fois le carburateur a subi de nouveaux réglages, les gicleurs ont été changés, le réservoir d’essence modifié, les rotules de direction dégrippées, des enjoliveurs ajoutés ? Chaque fois, sur le même chassis ! On ne sait même pas si les réparations précédentes ont amélioré la conduite ; apparemment non, l’engin brinquebale toujours autant, voire de plus en plus. Mais cela ne fait rien, on peut toujours y entasser sa cargaison de passagers, peu importe si les sièges sont de plus en plus défoncés.

Mais pour les emmener où, ces passagers ? Chaque nouveau conducteur se garde bien de le dire ; le sait-il d’ailleurs lui-même ? Et puis il est tranquille, les passagers du bus ne posent pas de questions, pas plus d’ailleurs que ceux qui les mettent dans le bus. Ne dit-on pas que l’important n’est pas la destination mais le voyage ? De toute façon personne ne sortira pendant le long trajet pour folâtrer hors de la route tracée et les rideaux sont mis aux fenêtres au cas où le paysage l’inciterait.

Si chacun ignore pourquoi il faut monter dans le bus et où il va l’emmener, par contre on sait que pendant le voyage il y aura des malades, de plus en plus de malades dans ce véhicule dont les amortisseurs sont morts depuis longtemps s’il n’y en a jamais eu. C‘est gênant les malades qui vomissent, surtout quand on ne peut pas les éjecter par les fenêtres. Dans le car il y a bien quelques infirmiers, des « nettoyeurs », il est prévu aussi des véhicules de secours pour débarrasser en cours de route ceux qui perturbent trop le voyage et les chauffeurs pour les emmener ailleurs, un ailleurs où ils n’ont pas plus demandé que les autres d’aller.

Coup de sifflet final, pas question que des pleureurs réclament de rester sur le quai, tout le monde est embarqué, le bus démarre, c’est la rentrée.

A l’arrivée, quelques-uns descendront, mais y aura-t-il assez d’ambulances ? De toute façon elles ne sont pas prévues : que chacun se débrouille, le car n’est fait que pour les déposer dans n’importe quel état. Les autres reprendront le même bus l’année prochaine, avec quelques nouveaux rafistolages, mais roule ma poule !