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Communiquer, c'est mettre en commun ; et mettre en commun, c'est l'acte qui nous constitue. Si l'on estime que cet acte est impossible, on refuse tout projet humain. Albert Jacquard

Il y a 35 ans, une bande d’enseignants et d’enfants du mouvement Freinet détournait le minitel pour créer un espace virtuel avec listes de diffusion et journaux télématiques où ils se retrouvaient quotidiennement, faisaient connaissance, échangeaient, racontaient, se racontaient, confrontaient leurs idées, échangeaient leurs réalisations, concoctaient des projets communs… tout ceci librement mais avec la bien veillance et l’aide des enseignants[1]. Souvent les uns et les autres éprouvaient l’envie de se rencontrer et c’étaient des voyages-échanges. Il y a eu jusqu’à 300 classes et plusieurs milliers d’enfants en interrelation, sans compter les centaines d’enseignants et d’adultes qui constituaient eux aussi une véritable communauté hors des murs de chacun. J’ai pu dire « notre école est le monde ». Ce n’était que la prolongation de ce qui était un des piliers de la pédagogie Freinet, la communication.

Très curieusement, alors que les outils numériques de communication permettent tout aujourd’hui, enfants et écoles n’ont peut-être jamais été aussi isolés. Bien sûr FB, les blogs, skype, les smartphones… multiplient les possibilités de relations individuelles, mais dans une dispersion qui laisse chacun seul. D’ailleurs, dans une société qu’on dit être celle de la communication, on peine à percevoir les communautés qui se constituent dans ce qui est un océan et dans lequel on ne peut que lancer quelques bouteilles en espérant qu’elles arrivent sur une plage qui ne soit pas déserte.

Il y a longtemps que Philippe Ruelen, dans la foulée d’une école du 3ème type, travaille pour réaliser un espace virtuel où enfants, parents, enseignants puissent se retrouver, se connaître et se reconnaître,  mettre en commun, mutualiser leurs tâtonnements, comme autrefois. L’outil qu’il a créé et est déjà utilisé par quelques écoles publiques ou alternatives et des enfants hors de l’école, commence à être performant, c’est numéricole, un espace numérique dédié aux enfants, aux parents, aux enseignants. Comme autrefois aussi ou comme dans les communautés linux, c’est l’usage que chacun en fait qui le fait évoluer pour s’adapter aux besoins d’une vraie communication. C’est le numérique qui s’adapte à l’homme et pas l’inverse.

Il est conçu comme une maison virtuelle. Enfants, parents peuvent s’y retrouver dans des réunions quotidiennes chacun de leur côté (des tchats).  Les enfants peuvent se faire connaître des autres, s’interpeller, échanger, proposer, se retrouver avec d’autres dans des ateliers particuliers, engager des relations duelles ou multiples, montrer des réalisations et en attendre des commentaires, s’entraider, partager des connaissances, etc.

Bien sûr, comme dans la vie, il faut que peu à peu interrelations et interactions s’établissent, qu’un groupe (système vivant !) se constitue, existe par lui-même, devienne par lui-même la source de toutes les évolutions de chacun. L’évolution des enfants bien sûr, mais aussi des parents ou des adultes assumant une responsabilité auprès d’eux. On ne peut pas être dans numéricole comme simple consommateur. Il faut oser s’y faire voir, oser aller voir ce que les autres disent, font, oser y mettre son grain de sel… Bref, il faut un certain temps pour que la sauce prenne, comme dans la vie ! C’est plus facile pour les écoles ou les familles qui vivent déjà la communication et sa liberté dans leurs espaces. Mais c’est la possibilité de la prolonger pour les uns, de la découvrir pour les autres.   

Si dans cet espace ce sont ceux qui y sont qui le font vivre et l’oriente, il y a aussi Philippe qui, comme dans sa classe unique de 3ème type autrefois, est là en permanence pour aider, faciliter, relancer, conseiller… écouter aussi pour mettre à disposition ce que des besoins révèlent. Autrement dit pour bien veiller. C’est une aventure à laquelle il convie avec numéricole. http://numericole.net/



[1] J’ai raconté cela dans « La fabuleuse aventure de la communication, du mouvement Freinet à une école du 3ème type » TheBookEdition.com