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Billet d’humeur !

Les petites rencontres, les grandes rencontres et même les grandes messes concernant l’éducation et l’école se multiplient, en soi c’est plutôt réjouissant.

Mais ce qui est visible ce sont évidemment les grandes messes, dernière en date la biennale de l’éducation nouvelle. Qu’est-ce qui est donné à voir et à retenir ?  Les quelques grandes conférences données par quelques personnalités qui, si elles ont la particularité de n’avoir jamais mis les mains dans le cambouis du terrain de l’éducation, maîtrisent au plus haut point l’art du discours. Ce n’est pas d’aujourd’hui, il s’est construit diverses intelligenzie dans lesquelles chacun prend soin d’ailleurs de citer un ou deux de ses pairs du présent pour marquer l’appartenance au niveau supérieur, du passé pour cautionner leur présent. Suivant ce que l’on pense on choisit ses messes pour assister avec d’autres fidèles à ce qui n’est pas loin d’être les sermons de grands prêtres. Et on applaudit … avant de rentrer chez soi. Ce qui fait perdurer le pouvoir, ce sont les applaudissements des fidèles, on ne s’y est pas trompé : les robots le mesurent pour savoir si cela vaut la peine de… reprogrammer le spectacle et la vedette (ça s’appelle l’audience !).

Le pouvoir de la parole et de quelques-uns, on connaît depuis tout temps et l’audio-visuel n’a fait que le renforcer. Si ce pouvoir n’était utilisé que pour être le transmetteur d’informations, pour rendre compte et être le relai de ce que des dizaines d’autres disent, cherchent, essaient à partir du terrain, ce pouvoir serait utile. Un Claude Lelièvre et d’autres sont ainsi des transmetteurs d’informations. Mais dès que d’autres détenteurs sont sur leur tribune, c’est pour ressasser, en l’aménageant suivant les circonstances, ce qui a fait leur notoriété en massacrant au passage et sans risque ce qui les dérange et ceux qui pourraient les contredire[1].  

Le pouvoir de la parole pourrait être celui de provoquer la parole différente des autres. Mais vous remarquerez que la plupart de nos grands prédicateurs après avoir asséné leurs discours et reçu les applaudissements s’en vont. Pas question de risquer d’être contesté, d’ailleurs c’est difficile de les contester lorsqu’on ne détient pas la science du discours et puis, si on s’y risque, on n’a que… quelques secondes pour affronter le Goliath de la tribune, le pouvoir de la parole c’est aussi le pouvoir sur son temps et sur le micro.

Nous les retrouvons ces monopoliseurs de la parole dans les faux débats spectacles avec leurs meilleurs ennemis (ceux qui n’ont pas les mêmes fidèles mais en ont aussi beaucoup). Un jeu où on est sûr qu’aucune position ne bougera, chacun des soi disant débatteurs le sachant, à la fin du jeu ils pourront être chacun plus ou moins satisfait de leur prestation,… et aller déjeuner ensemble.  

Le vrai pouvoir de la parole c’est le pouvoir partagé qui devient alors un pouvoir collectif producteur d’émergences, c’est celui de la discussion avec l’indispensable capacité d’écoute. L’écoute qui permet la parole de l’autre, la fait rebondir, prendre de multiples directions, trouve les convergences, fait explorer les divergences, celles-ci devenant non pas sources de conflits mais d’approfondissements. La parole n’a d’autre valeur que ce que porte l’expérience, le vécu de chacun et ce que chacun en tire ou en a tiré au moment où il l’exprime. La confrontation des paroles c’est la confrontation des vécus et ce qui prend valeur ce sont alors les champs communs découverts, la création d’une parole collective à partir de paroles multiples. La démocratie n’est peut-être que cela. Mais il est difficile de devenir honnêtement le porteur d’une parole collective qui ne soit pas celle de sa propre opinion et c’est bien le problème de la démocratie et de ceux qui veulent donner des leçons de démocratie.

 Le meilleur service que peuvent rendre les plus doués ou plutôt les plus habitués de la parole, c’est de se départir de leur pouvoir ou de s’en servir pour le redonner aux autres, de n’être plus que des facilitateurs. Tiens, mais n’est-ce pas ce que font avec les enfants et entre eux les adultes de ces écoles alternatives particulièrement vouées aux gémonies par Philippe Meirieu, n’est-ce pas ce qui est l’essence de l’éducation nouvelle ?  Il faudra bien se passer des prédicateurs, qu’ils aient ou non barbes, soutanes, cravates, titres et médailles ! Il va bien falloir que ceux qui veulent être des émancipateurs s’émancipent ! Parmi les philosophes appelés à la rescousse, il y en a un qui est absent : Socrate ! Evidemment, il ne donnait pas de leçons !

Ceci dit et comme toujours, la biennale de l’éducation n’a pas été son discours de clôture qui a provoqué ce billet d’humeur, il a dû se dire et se passer beaucoup de choses dans les ateliers, surtout dans les couloirs. Dommage, il fallait y être pour le savoir !

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[1] Par exemple le massacre de l’alternative et des écoles démocratiques par Philippe Meirieu.