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On me dit souvent « Comment se fait-il que tu apprécies et soutiennes tel enseignant qui pourtant est assez traditionnel, telle ou telle école alternative qui pourtant est loin de ce que tu appelles une école du 3ème type ? ».

Tout d’abord rien ne me conférerait une compétence quelconque pour juger du haut de mon confort de retraité ce qui est bien, juste,… et distribuer des notes, ce qui supposerait de surcroît que je m’attribuerais la note suprême ! Ensuite, oui je suis en admiration pour toutes ces personnes ou tous ces collectifs qui s’engagent dans leurs contextes, avec leurs convictions, avec leurs moyens dans une transformation de leurs comportements, de leurs pratiques, de leurs regards. Peu importe le degré des transformations : quel qu’il soit j’en connais le prix, l’incertitude dans laquelle il faut se lancer, la déstabilisation provoquée, le regard des autres qu’il faut parfois subir, les institutions qu’il faut affronter, les risques à prendre, les compromis à réaliser… Et puis j’ai appris aussi que l’important n’est pas où on doit aboutir (nous avions, nous, l’immense avantage de ne pas le savoir) mais le mouvement dans lequel on commence à se laisser aller, à se laisser entrainer. Tout le monde sait que pour marcher sur deux pattes et aller quelque part il faut mettre son corps en déséquilibre, et parfois trébucher.

Nous sommes quelques-uns et unes à avoir eu la chance de pouvoir aller très loin dans ce qui était devenu une école du 3ème type. Je dis bien la chance, parce que c’est une succession de circonstances, de hasards, d’événements, autant si ce n’est plus que nos convictions, qui nous ont entrainés sur une autre planète. Si je l’ai décrite cette planète, si nous en avons tiré des leçons, c’est aussi une circonstance, c'est-à-dire la décision d’un gouvernement et de ses suivants d’éradiquer les classes uniques. Tout ceci, je n’arrête pas de le dire mais j’ai le sentiment qu’on ne m’écoute pas !

Nous ne sommes pas non plus partis de rien, n’étions pas des génies de la pédagogie, des prophètes ayant entendu des voix (pour ma part j’étais plutôt un paresseux !). Il y avait à cette époque un demi-siècle d’histoire avec d’autres femmes et hommes qui avaient débroussaillé le terrain, eux aussi en payant de leur personne, en avançant pas à pas, en partageant leurs pas, en allant de plus en plus loin plus ou moins vite suivant les uns et les autres et leurs contexte ; aujourd’hui c’est plus d’un siècle. Cette histoire très méconnue ou peut-être soigneusement gommée, en particulier celle du mouvement Freinet[1], est bien plus importante que les références à une ou deux personnes plus ou moins transformées en gourous tout en reconnaissant qu’elles ont été instigatrices, créatrices de synergie, porteuses d’une voix collective.

Alors oui j’admire, estime, soutiens toutes celles et ceux qui entament un tâtonnement vers leur libération, celle des enfants et celle de la vie, en qui je me reconnais, en qui je nous reconnais, nous les anciens encore vivants comme ceux qui ne sont plus. Peu importe qu’ils soient ici ou là (école publique, école alternative, ailleurs…), qu’ils en soient à un début, bien avancés ou même déjà dans une autre planète, peu importe sur qui ils s’appuient ou dont ils s’inspirent, c’est cette marche qui se poursuit ou qui recommence qui est porteuse d’espoirs et qui me réjouit. Bien sûr les obstacles sont aussi nombreux qu’autrefois, mais c’est le nombre des marcheurs anonymes, isolés ou en groupes, bien plus que celui des porte-drapeaux qui finira par l’emporter (n’y voyez surtout pas une allusion à un mouvement politique récent qui ne fait que marcher derrière le chef du troupeau !!!)   

A suivre demain : le compagnonnage des éducateurs !



[1] J’ai essayé d’en narrer un petit pan dans « La fabuleuse aventure de la communication » thebookedition.com