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Avant d’être un mouvement, l’écologie est une science née il y a peu de temps lorsqu’une partie du monde scientifique est passé du paradigme de l’approche rationaliste (Descartes, La méthode)  à celui de l’approche systémique (Edgar Morin, lui aussi  La méthode). C’est dans ce nouveau paradigme que s’est développée l’écologie[1].

Energies renouvelables, économies d’énergie, alimentation, protection des écosystèmes et de la diversité des espèces, décroissance, etc., il est indéniable que le mouvement écologiste a contribué fortement à un autre regard sur ce qui n’est que la survie de notre propre espèce dans tout ce qui est en interdépendance.

MAIS, très étonnamment l’écologie semble ignorer ce qui fait que justement une espèce perdure et vit bien : dans ce qu’elle fait… de ses petits.

Les fermes de mille vaches, les porcheries ou élevages de poulets en batterie font pousser à juste titre de hauts cris de protestation, pas seulement pour le bien être de ces animaux mais aussi pour les conséquences à la fois sociales et alimentaires que cela entraine. Mais dans une étonnante cécité on ne voit pas par exemple les stabulations dans lesquelles sont condamnés à vivre et grandir entassés les enfants pendant la plus grande partie de leur construction en adultes (voir entre autre ce billet).

On commence à comprendre que l’humain n’est rien d’autre qu’une petite partie des êtres vivants, plantes comprises, qui constituent ce qui existe sur le minéral de notre planète et qui n’y existent que dans d’étonnantes interdépendances et complémentarités. On commence juste à percevoir les lois qui permettent à cette vie d’exister, de perdurer, d’évoluer. Ce qu’on a du mal à admettre c’est que nous n’avons plus depuis longtemps pour finalité la vie mais des finalités destructrices qui sont le profit, la surconsommation de minorités, l’expansion… avec comme moyens la compétition. La protection de l’environnement qui fait beaucoup parler et à laquelle on commence à consacrer un peu d’énergie sera vaine s’il n’y a pas un bouleversement complet de la conception de nos organisations sociales et de leurs finalités. Cela, il y a beaucoup moins de monde qui en soit convaincu, en particulier ceux à qui justement le mythe de la compétition a donné des pouvoirs.

Ceci vous le savez et bien d’autres l’ont dit, démontré, scientifiquement prouvé bien mieux que moi. Mais les enfants sont dramatiquement oubliés dans les analyses des écosystèmes, du fonctionnement des êtres vivants, et encore plus ignorés par ceux qui ont un pouvoir d’agir. Il paraîtrait incongru que l’éducation fasse partie du ministère de l’environnement, pourtant les enfants sont partie de l’environnement au moins autant que les arbres[2] ! Bien sûr on veut que l’école éduque à l’environnement (respecter la nature, quand il en reste) mais en oubliant que les enfants sont des systèmes vivants faisant justement partie de cette nature. Les lois qui régissent tous les systèmes vivants dans leurs interdépendances complexes et leurs évolutions s’appliquent en premier à eux. Or, que faisons-nous avec eux ?  De leur germination à l’âge adulte nous les extrayons de leur environnement pour les cultiver artificiellement dans des boites vides (voir le billet éduculture). On peut se dire que cet environnement, en particulier social, est devenu tellement néfaste qu’il vaut peut-être mieux élever ses petits en pépinière, mais dans ces pépinières appelées écoles on n’y fait rien d’autre que ce qui conduit justement à la perte de notre espèce bien plus que ne peut le faire un changement climatique. On s’évertue à vouloir  formater les enfants à une organisation sociale suicidaire.  On ne peut pas plus les formater à une supposée autre société que nous avons été incapables de faire. 

Pourquoi militants, penseurs et politiques de l’écologie font-ils l’impasse des enfants ?  Parce qu’ils sont tous issus des mêmes pépinières uniformes à enfants et formatés par elles ? C’est bien  possible, mais comment penser qu’ils puissent remettre en question consommation, transports, agriculture, énergies,… défendre la sauvegarde de la nature,… sans remettre en question  ce à quoi ils condamnent de facto leurs enfants ? Ils ne peuvent penser autrement que programmes, « valeurs » à inculquer, apprendre (avec un zeste de bienveillance)… sans arriver à comprendre que ce qui construit un être vivant ce n’est pas ce qu’on lui apprend mais ce qu’il peut vivre, les conditions dans lesquelles on lui permet de vivre, que ce qui construit une société ce sont des adultes tels ils arrivent à l’état adulte. Ce n’est pas parce qu’on change un prisonnier de cellule pour l’installer dans une plus confortable avec des gardiens plus cool, qu’on lui fait ingurgiter une autre nourriture,  que cela change son état de prisonnier et à la sortie il retrouvera le même monde qui l’a envoyé en cellule.

Ah ! Bien sûr il y a chez tous les promoteurs politiques : « éduquer à… ». S’il est un refrain que l’on  chante depuis des millénaires c’est bien celui-là. « Aimez-vous les uns les autres » aurait dit quelqu’un, on connaît le résultat de « l’éducation » mise en œuvre par tous ceux qui se référaient à l’auteur supposé de cette maxime.

 Ce sont les systèmes sociaux, économiques, politiques, éducatifs dans lesquels chacun est obligé de se conformer qui induisent les comportements, la planète souffre beaucoup plus de cela que d’un changement climatique qui n’en est probablement en partie que la conséquence. Ce n’est pas ce qui ressort des COP 21 et suivantes où d’ailleurs il n’était pas question d’enfants. On les instrumentalise pour dire « quelle planète allons-nous leur laisser ? »,  mais on ne se demande pas comment ils peuvent devenir autre que ce que nous sommes nous-mêmes c'est-à-dire très mal construits pour vivre autrement que dans nos moules, et faire, eux, une planète vivable.  

L’écologie politique ne deviendra crédible et porteuse de perspectives que lorsqu’elle se consacrera en premier à revoir de fond en comble le système dans lequel on a condamné les enfants à se construire jusqu’à aujourd’hui. Elle ne deviendra crédible que lorsqu’elle appliquera à ses propres petits ce qu’elle défend pour les plantes, la faune, les écosystèmes…   

Je n’ai jamais rien vu de tout cela dans tous les programmes des partis qui se réclament de l’écologie à cors et à cris. Verra-t-on un jour autant d’énergie dépensée pour les enfants que pour Notre Dame des Landes ?


 

[1] Le site reporterre  vient de publier un texte expliquant des débuts de l'écologie en URSS, jusqu'à la prise de pouvoir par Staline qui balaya tout cela et incarcéra les écologistes.

[2] D’ailleurs il ne vient pas à l’idée que ce ministère de l’environnement, y compris l’environnement social, devrait être celui dont tout le reste dépend.