cholet2Ce compte-rendu comme tous les autres n’est qu’un ressenti. Il faudrait passer au moins plusieurs jours dans une école pour percevoir tout ce qu’elle est qui dépend aussi de son histoire, de l’histoire des personnes qui l’ont créée, de l’histoire du collectif qui s’est constitué, des conditions dans lesquelles elle s’est réalisée, etc. D’ailleurs si on y retourne un peu plus tard, ce qui a été le cas pour deux d’entre elles, leurs vécus les ont déjà changées. C’est donc très subjectif, mais faut-il chercher l’objectivité ? Celle-ci ne résulte que de la convergence de plusieurs subjectivités et il y aurait un travail intéressant à faire pour des équipes de sociologues ou autre et non par un seul pour faire percevoir enfin l’importance et les enjeux de ce courant alternatif qui croît et qu’il faudrait aider.

Pendant mon parcours, j’ai passé quelque temps dans trois écoles : un après-midi dans une école Montessori à Blois (je l’avais déjà vue il y a deux ans), deux heures à l’école de Pérignac, graines d'arc en ciel (je l’avais aussi vue il y a un an), une journée dans l’école-collège Montessori de Saintes, l’île aux enfants. Cela a été fort intéressant dans les points communs à ces trois écoles.

Toutes les trois ont démarré sous l’égide Montessori. Ateliers Montessori, puis école Montessori panachée Freinet, puis extension progressive devant les files de demandes en attente, école-collège….

Une première remarque : pour toutes l’appellation Montessori n’implique pas le dogmatisme prôné par l’association Montessori-France. Comme je l’ai aussi trouvé dans d’autres écoles s’appelant Montessori, la pédagogie Montessori (et son matériel !) est le cadre sécurisant du démarrage en particulier quand le démarrage a lieu avec de jeunes enfants, c’est aussi la possibilité de trouver des permanents ayant déjà une formation (parfois ce peut être un handicap quand ceux-ci ne peuvent échapper au dogmatisme de leur formation). Dans d’autres écoles alternatives ce peut être avec Freinet ou autre, c’est le cas pour « graines d’arc en ciel » de Pérignac. Ce cadre de départ induit donc une structure assez classique comme par exemple une relative séparation des âges (maternelle et primaire à Blois et Pérignac, maternelle-CP, CE, CM et collège à Saintes), des domaines d'apprentissage... 

Une autre similitude : à Blois l’association va devenir propriétaire des locaux, ce qui va leur permettre dans les aménagements alors possibles de prolonger l’accueil jusqu’au collège. À Saintes c’est la créatrice de l’école, Noëlle Oréac, qui a acheté les locaux qui ont été à une époque une école, qui a financé une extension construite en bois avec l’aide de bénévoles. À Bech en Bretagne chez les Lueurs des champs c’est aussi le cas. Être propriétaire des locaux offre bien sûr toutes les possibilités de leur aménagement et transformation mais dans la limite des moyens financiers des créateurs qui y ont tout investi et pris des risques que d’autres considéreraient comme insensés (eux-mêmes ne peuvent se salarier au-delà du SMIC, et encore !). D’autre part la charge et les soucis des créateurs qui sont tout à la fois (y compris parents !) sont impressionnants et je me demande chaque fois comment ils font pour tout gérer et conserver quelques petits créneaux pour leur vie personnelle, ce d’autant que les conjoints sont aussi largement investis dans l’aventure.

À Pérignac (près d' Angoulème) c’est la commune qui est propriétaire des locaux (ancienne école publique), les aménagements dépendent donc des négociations. Mais autre similitude: Noëlle Oréac (L'île aux enfants de Saintes) a été sollicitée par une mairie d’une petite commune voisine de Saintes pour y implanter une autre école alternative  dans l’école publique qui va être fermée à la rentrée au désespoir de son maire ! Ces exemples devraient inspirer  d’autres maires !!!

Autre point commun : ces trois écoles ont à faire face à des listes d’attente impressionnantes, les familles demandeurs se trouvant parfois à près d’une heure de l’école. Elles ont toutes les trois le même problème : si financièrement l’augmentation de leurs effectifs serait bien utile, la surcharge par rapport aux espaces intérieurs disponibles pèserait sur la qualité de vie des enfants (à noter qu’à Saintes et Pérignac l’espace et l’environnement extérieurs de proximité appropriables par les enfants sont vraiment intéressants jusqu’à pouvoir se lancer dans le jardinage et la permaculture alors qu’à Blois ils s‘agit plutôt d’un établissement urbain).

Et j’en viens du coup à l’aménagement des espaces. Dans les trois cas le point de départ étant une pédagogie comportant des moments, des plages horaires collectives réservées à tel ou tel domaine, logiquement les espaces ont été conçus comme plusieurs classes (petits, moyens, grands) avec chacune leur salle, ayant chacune leur propre autonomie et où l’on fait tout dans le même espace. Chacune vit et fait dans ses propres mètres carrés non cloisonnés. Il n’y a donc pas par exemple de possibilités d'un atelier science, un atelier peinture, un atelier bricolage, un salon lecture, etc. avec leurs coins distincts et matériellement séparés dans l’espace commun, pouvant devenir permanents et accessibles à tout moment, où l’on peut trouver les diverses productions des enfants qui incitent d’autres à s’y lancer (la dynamique !). Scinder les espaces avec des fonctionnalités différentes contribue aussi fortement à la quiétude du lieu, à l’auto-organisation de l’activité. À Blois l’enseignante des primaires devait faire preuve d’une attention constante et épuisante pour organiser et permettre le déroulement tranquille des activités individuelles dans un seul espace collectif, qui plus est insuffisant (l’acquisition et l’extension des locaux va lui permettre de respirer ainsi qu’aux enfants !). Mais, partout, j’ai bien senti que modifier la structuration d’un espace  lié au choix pédagogique du départ, allait aussi faire évoluer une conception d’ensemble. S’il y a par exemple un atelier peinture (ou consacré aux arts de toute sorte) et un atelier sciences permanents et suffisants pour que plusieurs enfants puissent y aller quand ils en éprouvent l’envie, cela suppose d’abord qu’ils pourraient être communs à tous (optimisation des espaces), d’où le décloisonnement  des âges, l’extension de la liberté du choix des activités, de l’autonomie avec l’auto-organisation qu’elle nécessite pour l’occupation cette fois des espaces et non plus de l’espace, un multi-âge plus étendu, etc. Ce faisant le même nombre d’enfants s’y répartirait tout au long de la journée (sans être forcément sous le regard des adultes) et il n’y a plus les concentrations sources de bruit, de difficultés organisationnelles. Ces coins spécifiques (ou pièces quand il y en a) peuvent servir aussi de refuges. Espaces et conceptions éducatives sont intimement liés. Cela suppose aussi d’aller vers l’autonomie de plus en plus complète.

Alors, justement en parlant d’autonomie, j’ai eu la chance de passer la matinée dans la partie collège à Saintes le jour où l’équipe éducative avait décidé de laisser les adolescents en continu dans uneautonomie complète. Auparavant, comme dans beaucoup de classes Freinet, il n’y avait que des plages horaires prédéfinies pour l’activité autonome guidée par le plan de travail. Première observation, on voyait bien que les cinq mois précédents avaient instauré d’autres comportements entre les enfants : interrelations tranquilles, entraide, aucun stress… Mais ce qui était encore plus intéressant c’était ce que me disaient les membres de l’équipe : on peut « voir », comprendre comment chaque enfant opère, les écouter, être sollicités par eux, s’asseoir à côté d’eux (c’est parait-il déconseillé par la pédagogie Montessori !), parfois découvrir aussi ce qui faisait la vie personnelle d’un enfant et qui n’avait rien à voir avec l’école, des imprévus qui pouvaient engager dans des pistes (par exemple un enfant triturait  et faisait voir à ses copains une machine ingénieuse en carton faite à la maison avec son père, un autre occupait ses mains à transformer un trépied souple d’appareil photographique en sculpture…). Finalement, dans le fond rien n’avait vraiment changé par rapport aux jours précédents, sauf la position et la posture des éducateurs.

En revenant de mon périple, je découvrais un message sur la liste « pratiques » d’un enseignant d’une école publique, déjà très avancé dans cet autre paradigme éducatif.  Directeur de l’école, il avait une journée où il était remplacé dans sa classe pour des travaux administratifs mais pouvait observer la journée de classe dirigée par un collègue et où les enfants continuaient en autonomie. Ce collègue remplaçant était sidéré : « Il n'avait jamais vu des élèves  s'impliquant autant dans leur tâche, être à  fond dans ce qu'ils faisaient. Le tout dans une ambiance détendue et sereine. Quand il revient dans un mois je vais essayer de filmer sur la journée.... ». C’était cela à Saintes… mais je n’étais pas sidéré !!!

J’ai trouvé ces trois écoles… en marche vers… (n’y voyez strictement aucune allusion au mouvement politique qui à ma connaissance ne marche pas tellement !). Déjà elles n’étaient plus ce que j’y avais vu il y a un an ou deux. Si l’occasion se présente d’y repasser, à coup sûr elles auront encore changé.

Elles ont pourtant un frein : L’attente des parents ! Paradoxalement  c’est peut-être encore plus difficile avec des familles qui ont fait le choix de l’école. « Tu comprends, elles ont payé me disait une enseignante, elles attendent donc un  retour sur investissement ! ». Ce retour sur investissement c’est aussi pour quelques-unes des « résultats » semblables ou mieux que les autres écoles et, en dehors du bien être des enfants, les attentes sont très hétéroclites. Il y a donc un travail collectif de longue haleine à faire avec elles, rendu plus difficile que cela ne l’était pour moi  du fait qu’elles ne sont pas dans la proximité. Les réunir toutes au moins une fois par mois s’avère matériellement impossible. J’ai trouvé cela pratiquement partout où je suis allé, y compris dans les écoles publiques. Je ne peux que répéter, « le problème n’est pas les enfants mais nous ! »

Comme partout où je suis passé, j’ai admiré l’investissement souvent démesuré de toutes ces personnes (je dirais même ces « personnages ») au service des enfants et, au-delà, pour une société vivable. Il faut aussi se forcer à préserver sa propre vie.

Un petit mot sur les rencontres à Cholet (les Colibris) et à Venansault (un avenir arc en ciel) dans deux cadres magnifiques, un centre social pour le premier, une impressionnante médiathèque pour le second. Comme chaque fois j’ai été impressionné par les questionnements des personnes participantes. Mais ce qui m’a frappé c’est qu’à cette occasion beaucoup de personnes se découvraient, découvraient qu’il y avait des réalisations, des projets proches  les uns des autres et qui s’ignoraient (cela a même été noté par un journaliste de Ouest-France à Cholet). Je me demandais toujours en quoi j’étais vraiment utile avec des personnes toutes aussi convaincues que moi-même. Et bien c’est cela le plus important, n’être qu’un prétexte pour que des personnes se rencontrent, s’aperçoivent qu’elles ont des points communs et pourraient faire beaucoup de choses ensemble, mutualiser leurs aspirations, leurs moyens… Prendre conscience qu’elles ne sont pas seules et pourraient constituer une force.

Prochain périple dans la région lyonnaise !

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