rencontres« C’est une école adogmatique ! ». C’est l’expression utilisée par Daniel Michelon, un des « vétérans » instigateurs de « l’école buissonnante » d’Anneyron dans la Drôme. J’aime beaucoup cette expression parce qu’elle caractérise bien les écoles que j’ai rencontrées durant ce périple comme la plupart de celles qui m’ont invité au cours des dernières années, quelles que soient d’ailleurs leurs appellations ou leurs modèles de départ. Tous leurs instigateurs, créateurs, animateurs… ont les pieds sur terre, sont parfaitement conscients que rien ne se résout par la simple application de belles phrases, de beaux principes écrits sur un papier ou un site, qu’il s’agit d’humain fait par des humains pour des humains avec tous leurs défauts, leurs faiblesses, leurs différences. Ce qui demande du temps, un tâtonnement collectif éducatif et social continu. J’ai envie de dire pour devenir humains ensemble, enfants et adultes. Il ne s’agit pas d’illuminés et j’admire leur lucidité et leur ouverture sur ce qui les attend dans ces aventures, lucidité qui en ferait renoncer beaucoup. La plupart sont aussi investis dans d’autres aventures sociales. Dans la banlieue urbaine lyonnaise c’était par exemple des parents impliqués dans l’habitat coopératif. Mes hôtes m’expliquaient comment la gouvernance collective c’était bien passée dans l’élaboration puis dans la réalisation du projet mais que maintenant qu’il n’y avait plus de travaux à faire en commun il leur fallait remettre en question sans cesse comment gérer leur vivre ensemble et conserver le sens qui avait été à l’origine de leur entreprise coopérative.

A Vaugneray c’était « l’école découverte »  qui se situe,  comme sa proche voisine à St-Cyr au Mont d’Or l’école « L’envolée », parmi les écoles dites démocratiques. Une trentaine d’enfants allant jusqu’à 16 ans pour la Découverte, une douzaine pour L’envolée, malheureusement c’était leurs vacances et je n’ai pu les voir dans leurs locaux. Leur premier problème à toutes ce sont bien sûr les locaux à trouver, à louer, et le plus souvent trop exigus. Ce problème est d’ailleurs crucial pour L’envolée dont l’espace actuel ne peut accueillir beaucoup plus qu’une douzaine d’enfants, la location bouffant tout leur budget ce qui fait que tous les permanents ne peuvent être que bénévoles.

Une remarque à propos des locaux : lorsque les écoles partent du modèle Sudbury, instinctivement elles optent pour des locaux ayant été des appartements, c'est-à-dire déjà découpés en plein de pièces et recoins auxquels sont attribués des fonctions plus ou moins spécifiques. Mais se pose alors le problème des interactions, des dynamiques collectives. Lorsqu’elles partent de plusieurs pédagogies ou de l’idée d’une classe unique, tout aussi instinctivement elles cherchent un espace collectif où tout se passe, ce qui ne favorise pas toujours autant qu’elles le voudraient, voire perturbe, la dynamique collective et l’autonomie (je reviendrai dans un prochain billet sur la dynamique).

Si on se penche sur les équipes d’adultes qui ont instigué le projet ou qui l’animent elles sont partout aussi surprenantes par leur hétérogénéité et leur variété. Des parents bien sûr, avec la variété de leurs idées, attentes, aspirations, des enseignants (qui sont aussi souvent parents !) mais aussi avec bien d’autres personnes. À L’envolée où il n’est pas possible de salarier des permanents, l’équipe qui se relaie bénévolement auprès des enfants est composée de quatre… enseignantes de l’école publique, deux en disponibilité ou ayant démissionné (je les appelle des défroquées !), une encore dans l’école publique à 80%, une à la retraite, auxquelles s’ajoutent une éducatrice formée Montessori et un informaticien !   À Anneyron, les instigateurs de l’Ecole Buissonnante qui sont arrivés avec une incroyable ténacité à la créer sont trois… grands-parents ! (bien que je sois largement leur doyen, je ne vous dis pas les points communs et souvenirs échangés à table entre un vieux et des un peu moins vieux !). Ils ont d’abord créé une association Vivre et apprendre en enfance pour mobiliser la région sur la problématique de l’éducation, des pédagogies et écoles alternatives, de la parentalité (vous pouvez voir ceci sur leur site ), puis, à partir de cela, ils ont été les instigateurs de l’autre structure autonome l’école buissonnante . Catherine Duc-Michelon, un peu la cheville ouvrière de tout cela (une personne décontractée qui « dépote » !), me disait que maintenant elle était un peu entre les deux (maintenir le sens, ne pas faire cesser la réflexion). Et cette bande n’est pas triste ! Joël Constant me disait « Bernard, tu ne parles pas assez de la joie ! ». Je n’avais encore jamais rencontré une association éducative créant une école où c’étaient des « vétérans » qui en avaient été l’âme, attirant jeunes parents ou jeunes enseignants, tout aussi atypiques d’ailleurs.

 À Annonay l’association Leana est un peu similaire à Vivre ensemble en enfance. Là-bas il y a aussi le projet de créer une école, tout aussi adogmatique qu’ailleurs, à la rentrée 2018… si des locaux sont enfin trouvés. Il y a bien des tas d’écoles publiques fermées dans les communes des environs, mais il semblerait que dans le nord de l’Ardèche la lutte privé-confessionnel et écoles publiques rend les maires très réticents. L’Ardèche et de la Drôme sont pourtant des départements exceptionnels quant aux alternatives qui s’y créent et, que ce soit à Annonay ou à Anneyron, Marie-Chantal D’Affroux une des grandes pionnières de la bande des 3ème type à St-Jean de Chambre en Ardèche ou Sophie Raby à la ferme des enfants dans la Drôme étaient bien connues de tous.

Dans toutes ces rencontres comme ailleurs, il y a eu l’intensité des échanges, autant d’ailleurs avant que pendant la réunion publique… et après ! La position et le rôle des adultes dans les espaces des enfants en occupe toujours une bonne partie, y compris quand le questionnement provient d’enseignants de l’école publique de plus en plus présents (j'aime beaucoup ce mélange qui efface les clivages habituels).  

Je suis chaque fois réellement ému lorsque je vois et ressens toutes ces personnes dont le nombre grandit, qui viennent une soirée ou un après-midi s’interroger, échanger pour pouvoir offrir autre chose à leurs enfants, au moins un autre monde le temps qu’ils deviennent adultes, et parfois ce ne sera malheureusement qu’un rêve. La majorité ce sont d’ailleurs des femmes. Et oui, le monde a déjà changé : ce sont souvent les papas qui gardent et couchent les enfants à la maison pendant que les mamans vont discuter !!!!

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