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Beaucoup d’entre vous se sont battus en vain avec les parents d’élèves, parfois avec le village, pour conserver leur petite école. Vous saviez l’intérêt qu’elle présentait, non seulement pour les enfants et les familles, mais aussi pour le village, sa vie, sa dynamique. Vous n’avez rien pu faire.

Or de nombreuses associations cherchent désespérément un local pour implanter une école dite alternative. Ces écoles, toutes très laïques, ne sont en rien des écoles dangereuses pour la République (à ne pas confondre avec les écoles privées qui formatent les enfants au radicalisme). Bien au contraire elles mettent au plus au niveau l’apprentissage de la citoyenneté. Dans presque toutes il y a des enseignants qui proviennent de l’école publique, insatisfaits de ne pouvoir y assumer pleinement une autre pédagogie pour les enfants.   Elles ressemblent beaucoup aux classes uniques qui partout ont satisfait enfants et parents. D’ailleurs les travaux commandités par le ministère de l’Education nationale lui-même à son département de l’évaluation et de la prospective avaient démontré que les résultats de ces classes uniques étaient supérieurs à la moyenne nationale (Françoise Oeuvrard, DEP, 1990 - Alain Mingat, IREDU 1991 - Rapport Ferrier, Inspection générale, 1993 - Observatoire de l’école rurale…).

Quelques-uns de vos collègues ont compris l’intérêt de maintenir une école, des enfants et une vie dans leur village, en mettant les locaux de leur école désertée à la disposition de ces associations (St-Sornin 17, Pérignac 16, Monclus 30, Chouppes 86,…), soit avec une modique location, soit gratuitement. Certaines de ces municipalités prennent même en charge les frais de scolarité des familles du village qui désirent y inscrire leurs enfants. On pourrait même imaginer que ce soient les communes elles-mêmes qui recréent leur école, cette fois vraiment communale… hors contrat ! (financièrement il n’y aurait qu’un salaire supplémentaire).

L’enjeu n’est pas qu’immédiat : ces écoles ont une approche différente de l’acte éducatif et des apprentissages qui a démontré depuis bien longtemps son efficience (voir l’exemple des classes uniques). Or vous savez comme moi l’impasse dans laquelle se trouve depuis longtemps l’école publique (exemple des études PISA). Il est à prévoir, qu’à un moment ou à un autre, nos dirigeants retrouveront les pieds sur terre et que ce que préconisent, expérimentent, démontrent ces écoles sera reconnu comme un exemple à s’inspirer… et qu’elles redeviendront écoles publiques (ou sous contrat, ou « expérimentales ! »…).

D’ailleurs le courant de l’opinion publique en leur faveur commence à s’étendre. Non seulement le nombre de familles qui en cherchent croît, mais beaucoup d’entre elles sont prêtes à venir s’implanter là où elles existent. Le mouvement de population de la campagne vers les villes est en train de s’inverser, mais le choix de vie des jeunes parents qui font la population active d’un territoire dépend de la présence d’une école, vous le savez d’ailleurs très bien dans tous les efforts que vous faites pour empêcher la désertification de vos villages. Depuis quelques années le nombre de familles demandant où il y a une école différente, conviviale, de proximité… est de plus en plus important.     

Il ne s’agit pas d’une concurrence avec l’école publique… qui n’existe plus chez vous. Dans les interrogations cruciales que posent aux parents comme aux enseignants les problèmes de l’école (exemple des rythmes, des évaluations, des échecs scolaires, des programmes...etc.) la possibilité du choix, d’une offre différente, au-delà d’être démocratique permettrait à l’ensemble du système éducatif de pouvoir enfin orienter sa politique éducative en s’appuyant sur des exemples. Ceci sans prendre de risques puisque ce sont ceux qui font un choix différent qui le prennent mais en toute connaissance de cause. Toutes ces écoles alternatives sont des laboratoires que n’ose pas se permettre l’école publique.

Il y a aussi tout l’enjeu des petites structures qu’elles soient éducatives, territoriales, agricoles, économiques... Vous subissez les concentrations de tous ordres, vous savez qu’elles ne sont même pas des économies d’échelle (C’est ce que Alain Mingat du très officiel Institut de la Recherche en Économie de l’Éducation avait démontré pour les petites structures scolaires). Lorsque dans les mégapoles la vie ordinaire s’y étouffe, les malaises, les violences de tous ordres y compris politiques s’accentuent, vous savez que dans vos petites structures territoriales une vraie citoyenneté et une vraie vie collective sont possibles. D’ailleurs beaucoup d’entre vous expérimentent d’autres gouvernances dans des exemples remarquables, impossibles dans les macrostructures. Il en est de même pour les petites structures éducatives multi-âges… quand elles existent.

 En aidant toutes ces écoles dites alternatives à s’implanter dans vos locaux abandonnés par l’Education nationale, vous ne seriez même pas subversifs, vous anticiperiez simplement sur une nécessaire transformation annoncée par tous ceux qui se penchent sur le devenir de notre société, même s’il n’y avait pas de changement climatique.