marelle-revolution03115Je viens de lire les cahiers science et connaissance « Comprendre la physique quantique ». Je n’ai strictement rien compris… mais je l’ai lu jusqu’au bout avec passion !!!

L’incroyable force de l’imagination ! Ces Bohr, Einstein, Schrödinger, Heisenberg,… qui n’arrêtaient pas de confronter leurs expériences de pensée, de les interroger, de les faire rebondir, de les compléter… Ce n’était pas la centaine de milliards de neurones que chacun avait qui était mobilisée mais les milliards de milliards de neurones qu’ils avaient ensemble auxquels se rajoutaient les milliards de milliards de neurones de leurs prédécesseurs. Pour Archimède, Galilée, Newton…, tout aussi puissants, c’était quand même un événement concret qui déclenchait la mobilisation neuronale, une baignoire, une pomme… Là, même plus besoin ! Le concret était créé après, conséquence de l’imagination et il fallait encore d’autres imaginations pour qu’on le retrouve ce concret dans nos vies en ne sachant même plus qu’il n’avait été qu’une création de l'imaginaire humain : Laser, GPS, DVD, télé, IRM… centrales nucléaires, bombe atomique…

En lisant ce que je ne comprenais pas, je ne pouvais m’empêcher de penser à ces mômes, qui dans ma classe unique, imaginaient et dessinaient les flèches des rayons du soleil qui se frayaient un passage à travers des grains d’air en les réchauffant mais qui réchauffaient encore plus le sol parce que les grains de terre étaient plus serrés que les grains d’air ! Ou à d’autres dans une école précédente qui avaient imaginé la naissance de la vie, je ne me souviens plus ni comment ni pourquoi, avaient envoyé leur hypothèse à Jean Rostand, lequel leur avait gentiment répondu qu’ils n’étaient pas très loin de ce que les scientifiques d’alors pensaient. Ils étaient plein d’idées farfelues de toute sorte dont j’ignorais totalement si elles pouvaient se rattacher à une notion quelconque, ils s’amusaient à les confronter et je savais intuitivement que l’important était cela.

Ce qui est frappant c’est que toutes les hypothèses qu’ils lançaient ces physiciens les traduisaient immédiatement dans des équations cabalistiques, des schémas hermétiques, évidemment totalement incompréhensibles pour moi. Et c’était d’équations en schémas qu’il s’en construisait d’autres. Langages > représentations > expressions symboliques > langues > langages qui manipulent des langues !  J’ai toujours pensé que ce qui distinguait l’espèce humaine des autres espèces animales, c’est qu’elle avait pu tracer et fixer sur des supports les représentations que son esprit créait dans des signes symboliques. C’est en manipulant, agençant ces signes qu’elle créait d’autres mondes ayant leur propre cohérence, se prolongeant sans fin, pouvant créer d’autres concrets. Le monde III, celui des représentations que crée l’esprit, se retrouvant dans le monde I, le monde de ce qui peut être perçu par les sens, et le monde II celui de l’expérience que l’on a des deux autres. Les abeilles par exemple, avec leur petit million de neurones chacune (mais probablement plus en mettant ensemble les neurones de toute une colonie) ont les mêmes capacités que nous : les abeilles éclaireuses qui vont chercher où il y a des fleurs mellifères  peuvent interpréter ce qu’elles perçoivent de la lumière polarisée, indiquer à leurs consœurs la direction et la distance, du champ mellifère qu’elles ont repéré en le signifiant par une évolution très codifiée sur la planche de vol de la ruche (la « danse des abeilles » déchiffrée par Von Frisch). Et les autres peuvent même comparer pour décider d’aller plutôt là qu’ailleurs. Mais elles ne peuvent pas s’amuser à inventer autre chose avec cette création symbolique éphémère même si elle a été mémorisée (tout au moins à notre connaissance !). La question à laquelle on n’a pas encore trouvé de réponse c’est comment elles se transmettent cette langue, l’apprennent-elles ? On n’a pas encore repéré une école des abeilles !

Et je reviens encore à l’école : lorsque je demandais systématiquement aux enfants qui expérimentaient, élaboraient des hypothèses,… « Invente un croquis pour que j’essaie de comprendre », je ne faisais que les faire rentrer dans le monde des Einstein, des Bohr… Langage scientifique, langage mathématique, ne sont que des mondes symboliques que l’on crée et que l’on manipule. D’où commencer par oser le faire, oser la création. En somme tout enfant est un Einstein en puissance, lui-même le disait.          

Peut-être un jour un autre scientifique va dire que dans l’océan de poussière de l’univers rien ne bouge tout se translate ou je ne sais quelle proposition incongrue qu’il mettra en équation… et on ira se balader sur Mars les doigts dans le nez !  Oui mais, comprendre l’univers ce n’est pas y vivre. Si la physique quantique comme les autres sciences a modifié complètement le petit bout de planète où l’on vit, a apporté un extraordinaire confort au moins à quelques-uns, nous fait croire à notre puissance illimitée, elle porte aussi notre propre destruction. Norbert Wiener, le père de la cybernétique, le prophétisait déjà.

Alors la question : pourquoi sommes-nous incapables de mettre notre capacité créatrice au service de la survie et de la vie de chacun d’entre nous et de l’ensemble des nous ? Le monde sociétal dans lequel nous vivons est tout aussi né de l’imagination, de la création humaine que le monde quantique. Mais pour le monde sociétal l’imagination s’est figée, on ne peut plus l’imaginer autrement et quand on l’imagine on n’ose pas l’entreprendre ou on n’est pas crédible. Tous les scientifiques de notre histoire ont été tour à tour incrédibles mais ils ont quand même été explorés par d’autres, justement parce qu'ils étaient incrédibles. Le scientifique-historique ne s’est jamais arrêté, mais le social-historique s’est lui figé. Pourtant les Rabelais, Montesquieu, Rousseau, Voltaire… et autres Proudhon, Faure, Reclus, Marx… étaient bien, dans un autre domaine, des Galilée, des Einstein…  

C’est bien l’hétéronomie dont parle Castoriadis qu’il faut briser.

Naïvement je pense que la puissance créatrice qui fait ou bouscule une société ce sont les enfants qui l’ont encore naturellement tant qu’on ne l’a pas inhibée. Si l’espèce humaine doit être sauvée ce sont eux qui le feront. Quand on dit qu’à l’école c’est le devenir de chaque enfant qui se joue, en réalité c’est le devenir de notre espèce qui est en jeu. Le problème n’est pas de « leur apprendre » ce que de toute façon ils le font avec ou sans nous, mais de leur permettre de se construire plus librement et différemment de nous.