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Derrière (ou devant) les apprentissages informels : la liberté.

Le seul mot qui peut qualifier ces deux jours du forum : Un régal ! Des intervenants exceptionnels, des discussions passionnantes, des organisateurs empathiques, un public impliqué ! Un vrai forum qui fait émerger l’intelligence collective, dont on ressort avec de l'énergie.

Les intervenants : Jean-Guillaume Bellier (aussi co-organisateur du forum), Melissa Plavis, Charlotte Darteil - ([1])

Toutes les interventions avaient une particularité peu commune : elles étaient toutes étayées par une histoire de vie passée et présente d’une incroyable densité de chaque intervenant. J’ai rarement trouvé une telle intensité ; c’était bien plus que des conférences que ces intervenants nous offraient, c’étaient des moments à vivre… et à profiter ensuite.

Lorsque Jean-Guillaume parle des émotions, de celles qu’on enfouit au fond de sa poche avec le mouchoir par-dessus, lorsqu’il ne se contente pas de raconter et d’expliquer mais qu’il nous fait vivre ensuite dans nos propres corps comment on peut les accepter, ce n’est même plus une intervention qu’on écoute c’est une intervention qu’on ressent, des passés qui remontent, un  présent à pouvoir vivre autrement. Lorsque l’on constate sur soi-même que nous nous brimons, qu’on nous a brimé, comment on peut se libérer, on ne peut plus être les mêmes avec les enfants. Mieux se comprendre pour mieux les comprendre.

Lorsque Mélissa parle de la liberté, de celle des enfants en même temps que de la nôtre, cela est d’une telle évidence simple que cela en devient presque culpabilisant pour certains. J’ai souvent dit que l’utopie n’était pas dérangeante, c’est lorsque ce n’est plus de l’utopie que cela le devient. Mais nous avons besoin d’être dérangés et Mélissa est passionnément dérangeante autant par ce qu’elle est que par ce qu’elle dit.

Lorsque Charlotte parle du jeu et surtout vous fait jouer, que cela n’a plus rien à voir avec une pédagogie quelconque,  on se demande mais bon sang qu’est-ce que j’ai fait jusqu’à maintenant pour être si coincé,  ce d’autant qu’elle est elle-même l’image d’une légèreté que l’on a envie d’atteindre ! Finalement, bien au-delà du jeu, c’était encore la liberté et sa puissance créative que Charlotte nous faisait prendre conscience.  Sa séquence s’est terminée par un énorme et inextinguible fou rire collectif !

En somme c’étaient tous des OVNI ! Comme dans la rencontre du 3ème type de Spielberg, ils donnaient l’envie irrésistible de monter dans leur soucoupe volante et d’aller dans leur planète. En plus, ils nous donnaient les clefs.

Mais il y avait aussi l’école alternative Novagara qui nous recevait. Parmi les écoles alternatives urbaines que j’ai pu voir, c’est une qui dispose des plus vastes et magnifiques locaux (mais aussi à quel prix !). Comme tout ce qui est urbain, il lui manque évidemment l’extérieur. C’est une école de la mouvance écoles démocratiques, modèle Sudbury. Sans les enfants je ne peux pas en dire grand-chose, mais les membres de l’école participaient activement à tous les débats, en particulier à celui du samedi soir. Avec un public très diversifié comme pendant tout le forum (il y avait un lycéen qui ne se contentait pas d’écouter), immanquablement ils ont été quelque peu titillés à propos des règles ! Ah ! Ces règles ! Et il ne s’agit pas des règles de grammaire, encore que l’on puisse se demander s’il ne s’agit pas de la grammaire sociale. Ce qui est intéressant c’est qu’il ne s’agit pas d’opposer des pour et des contre (des opinions), mais d’examiner ce qui est nécessaire pour qu’existe une vraie vie sociale et une vraie humanité avec toujours, lancinant, le mot de liberté. Le poids des représentations, celui des modèles. Les débats sont d’autant plus vifs que les propos s’appuient tous sur des vécus, plus ou moins longs, plus ou moins positifs suivant les uns ou les autres. Il y a toujours une différence entre le projet, construction intellectuelle, et ce qu’il en advient. Finalement le problème des règles et de leur application se pose surtout pour « comment faire démarrer une vraie vie sociale ? », ensuite la vie se charge de les réduire à un bout de papier oublié si on ne veut pas que ce soit un bout de papier qui régente la vie.     

Il y avait aussi Benoît Grunewald qui, avec sa compagne Muriel, vont ouvrir à la rentrée prochaine une autre école alternative. « Pour une éducation permaculturelle », vous vous doutez que cette expression me plait particulièrement et discuter avec lui a été passionnant. Leur projet (dans leur propre maison) a beaucoup de similitudes avec l’école « Les lueurs des champs » d’Emilie et Cédric, jusqu’à leurs parcours de vie qui les a amené à se lancer dans cette aventure. Dans tous les projets les parcours de vie ont une importance capitale. Je suis toujours impressionné, en particulier par le fait que la plupart de ces acteurs ont « bourlingué » auparavant non seulement dans de multiples activités mais aussi dans le monde entier ce qui interpelle le voyageur timoré que je suis ! L’audace nécessaire avec l’absence de peur de l’imprévu, ils l’ont tous largement et longuement forgée.

Il y avait aussi Grandir vert demain. Dans la densité et la variété des échanges je ne sais plus qui était qui dans nos discussions !  Et j'en oublie beaucoup d'autres parce que presque tous les nombreux participants étaient porteurs d'un projet, ne serait-ce que d'un projet d'une autre vie pour leurs enfants et pour eux et pour les autres (je souligne une fois de plus l'implication sociétale de tous les projets).

Un dernier mot pour Stéphanie Maurer, co-organisatrice du forum avec Jean-Guillaume, porteuse d’un projet d’école du 3ème type à Strasbourg. Il y a toujours quelqu’un qui apparait moins que les autres dans l’euphorie d’un forum, qui nous a hébergés dans sa maison, qui s’est occupé d’un tas de choses du pratique (avec l’équipe de Novagora) sans lesquelles rien n’a lieu, qui est là pour tous. C’était Stéphanie. Plus toutes celles dont j’ai oublié les prénoms et que je remercie.

Les apprentissages informels, c’est bien autre chose qu’une façon d’apprendre, c’est une façon de vivre, de permettre de vivre, de laisser vivre. On situe toujours l’éducation dans le devenir des enfants. Or c’est le présent qui fait un devenir qui n’appartient qu’à l’enfant, qu’aux enfants. Nous, les adultes, nous avons par contre besoin d’extirper les miasmes d’un passé pour vivre un peu mieux notre présent et laisser ou aider les enfants à vivre le leur. Comme il a été répété : c’est d’abord nous qui devons nous déscolariser !

PS : je ne veux pas passer sous silence la présence du stand de Lorenzo Altese. Un apiculteur professionnel… qui n’a que deux ruches ! Il a consacré toute son activité à faire connaître les abeilles, leur monde et ce qu’il peut inspirer comme réflexion. Dans les écoles, les centres de loisirs, l’éducation populaire, etc.  Il a conçu tout un matériel pédagogique que l’on peut manipuler et surtout il installe pour les écoles ou autres organismes qui le demandent une ruche d’observation vitrée (avec un seul cadre), installée en permanence à l’intérieur et bien sûr sans danger (entrée et sortie des abeilles par l’extérieur).  J’ai été apiculteur semi-professionnel pendant une quinzaine d’années et je n’ai jamais pu installer une telle ruche parce que c’est très technique dans sa réalisation et dans son installation. Si je l’avais connu, j’aurais fait appel à ses services à coup sûr ! C’est ici : www.apila-abeille.fr 


[1] Jean-Guillaume Bellier, se consacre actuellement à l’accompagnement et à l’aide réparatrice soit dans des consultations, soit dans des stages suivant ce qu’il appelle l’écologie intérieure. Il participe aussi au projet de Stéphanie Maurer d’une école du 3ème type à Strasbourg.

Charlotte Darteil, après avoir fait beaucoup de choses dont être rentrée à l’école des professeurs pour en ressortir aussitôt, a inventé un métier original : éducatrice ludique itinérante ! Et cela ne concerne pas seulement les enfants.

Mélissa Plavis, auteure de « Apprendre par soi-même, avec les autres, dans le monde - L'expérience du unschooling » ed. Myriadis, Doctorante en anthropologie à l'université Paris Nanterre