marelle-revolution03115

« N’autre école », le titre de la revue est magnifique : une autre école qui NOUS appartiendrait (notre école). Pour le « autre », s’il y a le rejet de l’école actuelle, il n’y a pas ce qu’elle serait. Ce qu’elle serait est donc à construire dans le NOUS. Sous-entendu l’école actuelle est celle de EUX ; le EUX, nous le savons tous, ce sont les dirigeants successifs qui imposent LEUR école en l’appelant école de la République, République qui d’ailleurs leur appartient aussi.

Mais qui y a-t-il dans le NOUS ?

Ce ne peut être le NOUS d’un groupe d’enseignants défendant ses idées et perspectives, il y aurait alors une pléthore de NOUS différents, de NOUS contre d’autres NOUS (c’est d’ailleurs à peu près la situation actuelle). Le NOUS, celui de l’appartenance, ne peut être que celui de l’ensemble des enseignants, des familles, des citoyens et des premiers concernés, les enfants, les adolescents. Ce NOUS de l’appartenance est à la fois simple et grandiose, c’est celui qui fait peur. Il fait peur parce qu’il est inexistant ailleurs ou qu’il a été perdu dans les profondeurs de l’histoire de l’humanité ou qu’il est devenu inconcevable dans l’extension des macrostructures sociales et politiques, dans ce qu’on nous fait croire comme naturelle : la mondialisation.

Le nous qui inclut les je, tu, il, vous et qui exclut les ils. Le nous qui devient une personne collective. C’est beaucoup plus le NOUS qu’il importe d'abord de construire que le AUTRE école qui ne peut qu’en dépendre. Et c’est bien là NOTRE problème, ce d’autant que le NOUS induit que personne n’y a un pouvoir supérieur aux autres mais que tous y ont un pouvoir qui fait le pouvoir du NOUS.

 C’est peut-être avec l’école tant qu’il y en aura encore besoin que le NOUS pourrait émerger le plus facilement et par voie de conséquence changer le monde (N’autre monde) parce qu’elle concerne un sujet commun à tous : l’enfant, les enfants qui dans toutes les espèces sont ce qui les perpétue. Tous les adultes du NOUS ont des enfants, ont eu des enfants, auront des enfants, côtoient des enfants. On peut raisonnablement penser que la seule question qu’ils devraient se poser est « Qu’est-ce que NOUS pourrions faire pour eux pour qu’ils survivent, vivent, se construisent dans notre présent malade et construisent ensuite LEUR AUTRE monde ? »  Bien sûr tous n’estiment pas notre monde malade : la minorité qui se réduit mais qui en profite tout en commençant à craindre que cela ne dure pas. Peut-être la crainte les fera-t-elle rejoindre le NOUS. En attendant seul un NOUS enfin constitué aura suffisamment de poids pour les empêcher de nuire.

Le NOUS doit donc d’abord s’entendre sur ce qu’est la finalité d’être ensemble, dans le cas de « N’autre école » pourquoi les enfants auraient besoin encore d’un espace appelé école et quelle école. Je dis bien les enfants auraient besoin… et pas nous les adultes aurions besoin… c'est-à-dire qu’il faut absolument décaler la finalité que l’on attribue à un espace particulier qui semble encore indispensable dans l’état social où est notre société. Sans ce débat et un consensus obtenu, pas de NOUS possible. Est-ce que ceux qui font l’école peuvent parler avec ceux qui subissent l’école, les familles bien sûr mais aussi enfants et adolescents ? Est-ce que seuls ceux qui ont une expertise qu’un statut ou une notoriété leur aurait donnée peuvent savoir ce dont d’autres auraient besoin ? Est-ce que les paroles de ceux directement concernés, s’ils peuvent s’exprimer et être écoutés, auraient moins de poids que celles des autres ? Pour parler et faire ensemble, être un NOUS il faut abandonner toute position de domination, aucune n’a une légitimité quelconque, c’est un des sens fondamentaux de l’égalité.

La constitution d’un NOUS se heurte à beaucoup de choses : l’inégalité des situations et des points de vue (points d’où l’on agit, d’où l’on pense, d’où l’on regarde, d’où l’on subit), la croyance en l’inégalité des expertises, la diversité des certitudes, la diversité des intérêts à sauvegarder, la diversité des expériences (des vécus), l’inégalité des pouvoirs (pouvoirs sur d’autres, par exemple les enseignants, les parents, pouvoirs semblant impossible à octroyer, par exemple aux enfants…) … En apparence c’est impossible d’où les NOUS qui restent des entre-soi.

Pourtant il a été démontré que des NOUS peuvent exister lorsqu’ils se donnent le temps. Les quelques classes uniques que j’ai appelées écoles du 3ème type, des villages autogestionnaires comme par exemple un des plus célèbres Marinaleda en Andalousie, ceux dans le cadre de la pédagogie sociale, ceux qui ont été détruits comme la Commune de Paris ou dans l’actualité la ZAD de Notre Dame des Landes… Mais il est à remarquer que tous ces exemples se sont construits dans de petites structures sociales, territoriales ou économiques. Là où la re-connaissance des uns par les autres et par voie de conséquence l’acceptation des uns et des autres est la plus facile.

Le maître mot du NOUS c’est la re-connaissance. Envisager un NOUS qui se construirait entre des milliers de personnes différentes s’est toujours révélé impossible. Le projet d’une « N’autre école » parait ainsi voué à l’échec. Sauf si un NOUS global réunit, fait échanger, s’écouter plusieurs NOUS déjà constitués, confrontant leurs propres vécus, leurs propres réalisation, leurs propres aspirations, en même temps que leurs difficultés voire leurs échecs. Un NOUS global constitué des convergences d'autres NOUS. Il faut résolument passer des entre-soi qui ont été nécessaires à des entre-des nous. Ce n’est pas évident, pourtant l’actualité et ceux qui cherchent vainement les convergences montrent que sans cela tous restent dans une situation de faiblesse.