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Pendant une quarantaine d’années, nous avons tous les jours, les enfants et moi, attendu… le facteur. Et pratiquement tous les jours il y avait du courrier, même lorsqu’à partir de 1983 il y avait aussi les messages qui tombaient sur l’écran du minitel puis des ordinateurs.

Ah ! Ces lettres ! Individuelles ou collectives qui provoquaient de l’émotion pas seulement par leurs mots mais aussi par leurs agencements, leurs couleurs, les dessins qui faisaient bien plus que de les décorer et qui racontaient, faisaient ressentir ceux qui écrivaient. Les grandes lettres collectives, écrites sur le dos d’affiches récupérées, qui dégoulinaient d’affect coloré autant que d’informations, affichées jusqu’à couvrir les murs et qui maintenaient la présence des autres en permanence avec nous, auxquelles on se référait souvent… pour leur causer à nouveau. Il y avait aussi les lettres d’un Jean Rostand, parfaitement calligraphiées, celles d’un Albert Jacquard avec son écriture en pattes de mouche, et bien d’autres qui répondaient aux enfants et qui émouvaient d’ailleurs plus le maître que les enfants eux-mêmes.

Lorsque nous avions correspondu pendant plus d’un mois avec un marin de la Calypso du commandant Cousteau en expédition sur la barrière de corail australienne, les enfants lui envoyaient de grandes lettres collectives avec des dessins, des recommandations des petits (Fais attention aux requins ! As-tu le mal de mer ?...). Celles-ci lui arrivaient par hélicoptère sur le pont du bateau à peine quelques jours après. Il les affichait dans sa cabine ou dans le carré et toute l’expédition était intriguée par ces missives colorées. Et il répondait par de longues lettres dignes de la littérature épistolaire[1].

Oui, une lettre est porteuse d’un tas de choses que l’on ignore, que peut-être celui qui l’écrit ignore aussi. C’est bien un morceau de soi-même qui est transmis, reçu, les enfants ne s’y trompaient pas quand ils conservaient précieusement leur courrier personnel, qu’ils léchaient la réponse avec différents feutres de couleur, en y collant images ou photos, parfois en y joignant un petit bout de quelque chose dont eux seuls savaient pourquoi c’était important. La musique de la lettre. Et on n'écrit pas pour faire de l'orthographe !

Ne vous privez pas de l’attente du facteur qui aurait autre chose à vous apporter que des factures ! 


[1] J’ai raconté cette aventure dans « la fabuleuse aventure de la communication » thebookedition.com