chroniques

Un ami m’a demandé d’extraire quelques phrases de mes bouquins pour donner une idée générale de ce que je poursuis. Je commence par les « Chroniques d’une école du 3ème type » éd. L’Instant présent

On ne se rend plus compte de l'étonnante création humaine qu'est le langage oral. Lorsqu'on en réalise la complexité, on peut se demander comment un enfant a bien pu apprendre à parler ! (p. 17)

Ce qui est simplexe est ce qui est simple parce que cela va permettre ce qui est complexe. (p. 20)

Un enfant qui dessine, qui gribouille, cela ne parait pas important. Et pourtant, il est en train de construire les outils qui lui permettront ensuite de nager dans les langages écrits, mathématiques, scientifiques... Encore une affaire de neurones ! (p. 21)

Qu’est-ce que vous faites quand vous essayez de comprendre ce que votre enfant a dessiné ? Vous lisez ! Qu’est-ce qu’il fait quand il essaie de deviner ce qu’un autre a dessiné ? Eh bien il lit ! (p. 23)

Ce dont tout individu a besoin, c’est d’être reconnu. Reconnu parce qu’on a besoin de lui, parce qu’il joue un rôle dans l’histoire du groupe où il existe et qu’il fait exister. C’est cette reconnaissance des autres qui le fait se reconnaître lui-même, qui le fait exister et qui lui permet de vivre. (p. 43)

Le langage mathématique a ceci de particulier : il crée des mondes où les personnes, les choses n’existent pas en tant que telles.(p. 47)

Le monde mathématique : un monde dont je suis le créateur et le maître.(p. 51)

La construction des langages s'effectue à notre insu dans des cheminements complexes qui nous échappent. Nous sommes souvent surpris lorsque nous le découvrons. (p. 57)

Dans une école du 3e type, le plus important pour les éducateurs c’est d’observer. Encore faut-il qu’ils aient quelque chose à observer. (p. 68)

Apprendre est une conséquence du faire, du pouvoir faire, de l’envie et du besoin de faire. On n’apprend pas avant de vivre, on apprend en vivant. (p. 69)

Il (l’enseignant) devient le capitaine, le pilote d’un navire qui doit pouvoir naviguer à travers des turbulences, conduire vers des horizons lointains, permettre à l’équipage de bénéficier du voyage et de prendre la barre. Régler les haubans, réduire la voilure ou hisser la voile de misaine. (p. 80)

Le rôle pédagogique ne se situe plus dans un amont programmé, mais pendant la réalisation de projets, au fur et à mesure des besoins. (p. 82)

L’évaluation (traditionnelle) est aussi un moyen de pression que l’on pense être  une motivation.

Lorsque la compétition et l’obligation de résultats sont éliminées, lorsque l’environnement est aménagé pour inciter, lorsque l’école offre un éventail immense de possibilités de faire, lorsqu’une auto-organisation complexe et harmonieuse peut en naître, alors l’évaluation et l’auto-évaluation font partie des processus naturels qui permettent de repousser toujours plus loin les conquêtes à faire. (p. 90)

Le langage scientifique, un langage qui fait percevoir le monde sous forme de phénomènes, qui invente des causes, des relations, des fonctionnements de ce que l’on ne peut voir. C’est aussi, un langage créatif. (p. 91)

L’important n’est pas qu’une représentation soit conforme. L’important c’est qu’elle ait pu exister. (p. 97)

Le déclenchement de la mobilisation du langage scientifique est imprévisible en même temps que ses occasions en sont infinies (p. 101)

Il n’y a pas besoin de provoquer la curiosité, il y a surtout à ne pas l’étouffer, à lui donner les conditions d’être exercée. (p. 105)

Ce qui nous importait, ce n’était pas la justesse ou la fausseté d’une opinion, c’était de pouvoir l’argumenter, d’écouter les arguments des autres, éventuellement de la modifier.(p. 11)

C’est le temps de l’enfant qui n’est propre qu’à lui qui va moduler son temps scolaire (p. 117)

Une idéologie se heurte toujours à d’autres idéologies, en particulier à l’idéologie dominante quand celle-ci n’est pas ouvertement exprimée et n’arrive même plus à se percevoir comme idéologie (p. 123)

La pauvreté est moins dans ce qu’on ne possède pas que dans ce qu’on ne peut pas faire (p. 133)

Les systèmes vivants se constituent par les interactions, les interrelations et surtout les interdépendances entre les éléments qui les constituent. Celles-ci ne sont possibles que si ces éléments sont différents et ont des apports et des besoins différents, si une synergie peut s’établir entre eux (p. 139)

« personne n’est nul en quoi que ce soit », il suffit qu’un autre vous le fasse découvrir en faisant appel à vous. (p. 143)

L’école actuelle est un espace a-socialisant, désocialisant. Ce qui est plus grave, délibérément a-socialisant.(p. 148)

 Il est criminel de condamner des êtres vivants en pleine construction à cette promiscuité que dans d’autres circonstances on qualifierait de barbare (à propos de l’espace) (p. 152)

Le langage artistique crée des mondes internes, uniques, personnels, il ne les extériorise que pour celui qui crée, contrairement aux autres langages qui, s’ils partent du sujet, créent des mondes communs à tous. Nous avons profondément besoin des deux, du premier pour forger les seconds (p. 166)

. Que trouveraient nos enfants s’ils n’avaient que le village pour poursuivre leur évolution ? Même plus le garde-champêtre de la « guerre des boutons ». (p. 179)

Nous pouvons parler de coéducation lorsque la création et la vie des espaces et des entités où vont vivre les enfants sont la résultante de pouvoirs différents de par la nature des protagonistes qui ont à les exercer, affective pour les parents, experte pour les professionnels, et dans l’acceptation réciproque de ces pouvoirs. Il s’agit essentiellement des pouvoirs sur l’espace de vie, pas sur les enfants.

À l’école traditionnelle, le parent est castré de sa nature de parent et l’enfant de sa nature d’enfant. (p. 187)

Les adultes d’une école du 3ème type sont le plus souvent dans la position d’écoute que dans celle de se faire écouter.(p. 193)

La société se voudrait de plus en plus éducative et le territoire, l’environnement deviennent de moins en moins éducatifs. (p. 198)

A l’école l’enfant est encore partie du parent et le parent partie de l’enfant. (p. 201)

Une règle n’est acceptable que grâce à ce qu’elle rend possible : je ne roule pas à gauche pour éviter la suppression de mon permis de conduire, mais pour pouvoir me déplacer sur des routes employées aussi par d’autres. (p. 214)

 C’est l’enfant l’acteur, l’auteur, le détenteur d’un pouvoir qui n’est que le pouvoir de vivre. C’est dans l’exercice de ce pouvoir, au sein d’une entité dont les membres détiennent aussi le même pouvoir que va s’effectuer la socialisation. (P. 217)

Au lieu d’être dans la soumission à un pouvoir, c’est dans l’exercice d’un pouvoir que l’enfant va poursuivre sa socialisation, c'est-à-dire la construction de son autonomie dans de nouvelles interdépendances. (p. 217). Il ne subit pas ce qu’on appelle par ailleurs l’État, il est co-auteur de l’État. (p. 223)

On ne peut pas discuter de la valeur du sentiment d’injustice, quand il est exprimé, parce qu’il est propre à celui qui le ressent et qui l’exprime. Il est toujours vrai. (p. 228)

Si on tue le sentiment d’injustice on tue l’individu, on tue les collectifs et leurs possibilités de progrès. (p. 229)