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- Le principe du foot c’est qu’on ne se sert pas de ses mains. Il parait évident que si les joueurs s’empêchent de jouer en se ceinturant, s’accrochant aux maillots, il n’y a plus de foot possible. Dans les autres sports collectifs celui qui enfreint ce qui fait le principe du jeu est exclus puisqu’alors le jeu ne devient plus possible. Or qu’est-ce que les enfants voient sur les écrans, qui plus est souligné chaque fois par les ralentis de la vidéo ? Des maillots tirés, des joueurs poussés, des coudes baladeurs… Qu’est-ce qu’ils apprennent ? D’abord qu’il ne faut pas se faire prendre, ensuite que ce n’est pas grave puisque lorsque c’est sifflé c’est un banal coup franc, mieux, cela peut être commenté comme tactique (mais pas dans la surface de réparation !), mieux comme héroïque, comme le sacrifice d’un joueur qui n’a plus que cela à faire pour empêcher le but et sauver son équipe.

- Le prétexte d’un jeu appelé sport collectif est qu’il y ait un adversaire. Il paraît évident que 11 personnes avec un ballon sans 11 autres personnes en face ne sauraient pas quoi faire, bien qu’on s’amuse aussi très bien ensemble avec un ballon sans besoin d’adversaires, mais bon, admettons. Gagner n’est donc en principe que le prétexte pour construire quelque chose ensemble, y compris avec les adversaires. Il est impossible qu’à chaque fois il n’y ait pas un gagnant et un perdant, c’est ce qui permet le jeu. Mais dans le foot, perdre est une catastrophe, en particulier pour ceux sensés être les plus forts (et les mieux payés !) ! Des joueurs en pleurs, des commentateurs qui les couvrent d’opprobre, des  supporters qui se déchainent… Mais aussi on aime bien ricaner quand ce sont les plus forts (les autres !) qui prennent des claques, nous sommes vengés ! Qu’est-ce que j’aurais dit si cela avait été des enfants ? « Eh ! Les gars ! Si vous ne pouviez pas perdre il ne fallait pas jouer ! » Oui, mais là ce n’est plus un jeu, c’est un enjeu. L’enjeu c’est quoi ? Un récipient ? Eh oui disent les moralistes,  la vie est un combat, tu perds ou tu gagnes et il vaut mieux être du côté des gagnants ! C’est vrai, ne vous demandez pas pourquoi vous êtes condamnés dans la vie à vous battre, à courir après… une coupe que vous n’aurez jamais et dans laquelle vous ne pourrez même pas boire ! La gloire, les honneurs, les privilèges qui vont avec ? Oui, mais il n'y a toujours qu'un seul premier !

- Un but marqué et c’est l’hystérie ! Si on voyait dans la rue des personnes se comportant comme les auteurs de buts et leurs copains, on  appellerait la police, le samu ou l’hôpital psychiatrique. Mais non, là c’est normal. Et que dire des supporters des vainqueurs dont beaucoup frisent la crise cardiaque ou l’apoplexie, des supporters des vaincus dont le moindre but signifie la fin du monde.  Tout ça parce qu’un ballon a franchi une ligne. L’insignifiant absolu provoque l’enthousiasme, la colère collective immense, mais pas le sdf au coin de la rue. Les spécialistes vous diront qu'avec le foot et Jhonny Haliday vous faites une Nation... devant sur un stade ou devant sa télé. Ils vous diront aussi que plus ils se défoulent avec ça plus ils vous laissent tranquilles (du pain -enfin quelques croûtons - des jeux et un ennemi)

- « Ils ne sont pas assez agressifs, ils ne mouillent pas assez leur maillot, c’est une honte, un déshonneur pour… leur drapeau ». Pour gagner, puisqu’il est capital de gagner, il faut être agressif, pas jouer avec les autres mais empêcher les autres de jouer. L’agressivité est une qualité première. Moins vous faites partie des plus forts, plus il faut être agressif  pour faire partie du peloton de tête ou des « premiers de cordée » qui se gardent évidemment bien de tirer les autres à leur niveau.

Dans le foot, il faut avoir un drapeau à défendre. D’accord, vaut mieux le brandir pour courir après un ballon que dans des tranchées sous la mitraille,… mais il paraîtrait que ça prépare…

- Lorsqu’un joueur trébuche, que ce soit ou non à cause d’un croche-patte, il faut impérativement qu’il se roule par terre comme s’il avait les deux jambes brisées. L’important est de pouvoir faire accuser l’adversaire, ou plutôt l’ennemi. Si l’arbitre ne s’y laisse pas prendre, pas d’importance, le joueur se relève frais comme un gardon : si des règles sont à respecter, il faut savoir comment tromper les contrôleurs des règles. La tricherie devient un art important pour gagner. Les commentateurs le disent « Il est malin, il a une grande expérience des grandes compétitions ! » parce que lorsque vous atteignez un  statut privilégié, tous les moyens sont bons et ils ne vous sont pas reprochés, comme nos politiques qui sont en quelque sorte de grands footballeurs.

- « On-a-ga-gné ! On-a-ga-gné ! » Sans la transformation d’un petit jeu de cour de récréation en un événement et un but plus important que tout le reste, par tous les médias, les moyens économiques mis en œuvre (combien de logements sociaux pourrait-on construire avec le coût des infrastructures mises en place uniquement pour cela ?),   est-ce qu’il y aurait quelqu’un qui aurait l’impression d’avoir gagné quelque chose ? Mais dans la culture de la gagne, de la compétition réitérée partout, il faut bien donner à ceux qui sont continuellement les perdants une occasion d’être des gagnants… de rien du tout. Le plus extraordinaire, ils croient bien avoir gagné !

- Tout ça se passe dans les flonflons, les paillettes, le grandiose… Les rois ne seraient pas rois s’ils n’avaient pas de châteaux, s’ils n’étaient pas admirés, s’ils n’avaient pas d’ennemis. Le but n’est pas le plaisir mais d’être adulé. Il ne suffit pas aux plus forts la dextérité, le sens du collectif, il faut qu’ils soulignent leur exceptionnalité par la coiffure, les muscles que l’on montre en enlevant le maillot, le top modèle que l’on trimballe devant les caméras,… Il faut devenir une vedette qui se vende… et finir par le défilé grandiose des vainqueurs perchés sur un carrosse dans la plus grande avenue de la capitale comme les empereurs… ou les présidents (ces derniers ne sont pas élus, ils ont gagné !) 

Vous vous plaignez des enfants et des jeunes, de leur violence, de leur manque de civilité, de leur délinquance… mais voyons, ils ont fort bien été éduqués… par la coupe du monde !

Bon, d’accord, j’exagère un peu ! Il y a quand même des trucs sympas. Il y a parfois des spectacles esthétiques. Et puis, si c’étaient les petits islandais qui gagnaient la coupe je crois que nous serions des millions à être enchantés. Dans le for intérieur de tous il doit bien y avoir « Si ce ne sont pas les nôtres, pourvu que ce soit eux ! » Et oui, moi aussi je suis pris par la coupe du monde de foot !!!!!

J'avais fait il y a deux ans un autre billet sur le foot ! C'est ici