gilets-jaunes

  En mathématique 2+3=5 ne signifie pas que 2 plus 3 produit 5 mais que 2+3 ou 5 représentent le même ensemble, on peut remplacer l’un par l’autre  et tout aussi bien écrire 5=2+3

  Dans ce sens la femme ≠  l’homme parce qu’on ne peut remplacer l’un par l’autre ! On ne dit d’ailleurs jamais  l’homme = la femme, ce n’est pas innocent ! Tous les hommes (hominidés) sont égaux proclame-t-on, et bien non, ils sont tous différents. Pourtant l’égalité serait ce qui fait la base de nos sociétés, on le dit mais qui le pense vraiment ?

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École

 

Société

L’école et l’égalité des chances

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Société et égalite… de quoi ?

     C’est ce que proclament depuis longtemps tous les partis politiques, tous les ministres et beaucoup d’enseignants. C’est d’abord un bel oxymore puisque par définition la chance est aléatoire (chance = coup de pot !). Les petits Manu, Edouard ou Jean-Michel n’avaient aucune « chance » de devenir SDF, ramasseurs de poubelles ou caissiers d’une grande surface et je doute que ces derniers pensent que « grâce à l’école » ils ont eu la « chance » d’être où ils sont. 

  Ah ! Mais ! La chance ça se mérite dit le soi-disant bon sens populaire, autrement dit il y en a qui ne savent pas « saisir leur chance » et travailler pour la mériter (ou ne savent pas traverser la rue !)

  Mais est-ce que l’école doit fabriquer des présidents, des élites de toute sorte d’un côté et des éboueurs de l’autre ? Oui ! Si on veut que les seconds aillent ramasser les poubelles des premiers ! Même notre élite des lumières, Voltaire, le disait dans une lettre à Louis-René de la Chalotais qui publiait un Essai d'éducation nationale (1763) : « Je vous remercie de proscrire l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés »

  Nous vivons dans un monde qui a été créé par les langages verbaux, mathématiques, scientifiques, il devient même numérique. C’est un monde qui a fini par occulter ce qu’est le monde des systèmes vivants et ses lois naturelles. Si ces langages[1]ont permis à une partie de l’humanité (une petite partie seulement) d’accéder à un confort et une facilité de vie qu’aucune autre espèce animale ne connait, il est probable que ce soit justement pour cela que ce monde créé de toute pièce pendant des siècles court à l’effondrement. Il n’empêche que dans l’instant présent c’est dans ce monde que les enfants vivent et il semble (IL SEMBLE !) qu’ils doivent développer les langages qui permettent de le comprendre, d’y évoluer à leur façon et surtout ne pas être asservis par ceux qui les manipulent (ex. les mathématiques, les statistiques avec les économistes ou les financiers, la science avec les Monsanto ou firmes pharmaceutiques, etc. etc. !) 

  Il semble normal que tous les enfants puissent développer ces outils de la compréhension, non pas pour s’insérer au mieux dans les places que leur désigne ou leur laisse notre société (ce qui est la finalité affichée de l’école), mais pour qu’adultes ils les utilisent ou les relativisent pour faire autre chose de notre monde.

  Au nom de l’égalité dite républicaine, l’État et même ceux qui critiquent l’école demandent que tous les enfants passent leur temps dans la même école publique, y fassent les mêmes choses (programmes), soient évalués de la même façon, essaient d’obtenir les mêmes diplômes, etc. Ce doit être « pareil pour tous ». Tous doivent bénéficier de la même chose ou subir la même chose de telle façon que l’on puisse dire : « Tu n’as que ce que tu mérites, tu n’es que le seul responsable », ce qui fait que chacun intègre sa condition comme normale.  L’égalité de l’école se traduit par uniformité, c’est d’ailleurs bien pour cela que les pédagogies alternatives n’ont jamais pu s’y imposer.

  Or, en fait de réduire les inégalités qui prolongent les inégalités de conditions sociales ou en proviennent (au passage ces inégalités sont nécessaires à l’économie de marché et du profit), elle les accentue. Les évaluations PISA, aussi critiquables soient-elles, n’arrêtent pas de démontrer que les enfants des classes inférieures « réussissent » moins bien que les autres, en particulier en France. Il n’y avait pas besoin de PISA pour le savoir depuis longtemps. Jusqu’à peu, on se contentait de mettre cela sur le compte de « moins doués » ou de « moins d’efforts », ce qui permettait de croire que les classes supérieurs et dirigeantes ne l’étaient que par leurs dons et leurs efforts (leurs mérites), ce qui laissait supposer que le don était héréditaire. 

   Les neurosciences, voire même la génétique (Albert Jacquard), mettent à mal ces croyances très arrangeantes. Ce qui est égal, c’est le nombre de neurones que chaque enfant possède à la naissance ! On sait aujourd’hui qu’ensuite le développement des outils neurocognitifs (réseaux neuronaux) se fait dans l’infinité des interactions informelles avec l’environnement où l’on vit et les interrelations dans l’environnement social.

  Il y a ainsi des enfants qui vivent dans de belles et grandes maisons, avec jardins ou parc, pouvant y faire de multiples activités plus ou moins librement, pleines de livres et de bien d’autres choses, pleines d’amis différents, avec des parents disponibles qui lisent, écrivent, jardinent, bricolent, jouent du piano, manipulent la langue de Voltaire…

  Et il y en a d’autres qui vivent dans les quelques mètres carrés d’une tour, dont les parents sont au boulot ou à la recherche de boulot et dont le principal souci est d’avoir de quoi manger le soir,…

 Autrement dit les possibilités d’interactions (et non les chances) pour le développement des outils neurocognitifs qui vont permettre aux enfants devenus adultes de naviguer dans les meilleurs places de la société actuelle (ou d’y naviguer comme ils l’entendent) sont beaucoup plus grandes pour les uns que pour les autres, les premiers n’auraient d’ailleurs même pas besoin d’école si ce n’était pour leur formatage.

  Si vraiment on voulait que tous aient les mêmes possibilités, ce n’est pas dans les méthodes, les contrôles, les programmes qu’il faudrait chercher, ce serait leur permettre d’être librement, dans le temps et l’espace de l’école, dans un environnement et des conditions que tous n’ont pas chez eux. L’école fait l’inverse : entassement dans ce qui ressemble à des cabanes à lapins, environnement interne aseptisé, pas d’autres activités que celles qui sont imposées, interrelations réduites à celles des cours de récréation bétonnées, etc. …

  Les enfants se construisent avant l’école et en dehors de l’école dans la culture de leur environnement familial et social, avec les comportements, les langages, les codes, les valeurs, les productions de cette culture. Les cultures ouvrières, paysannes,…, celles des banlieues… sont de belles cultures qui comportent entre autre la valeur solidarité. La culture de l’école avec ses codes, ses langages, ses valeurs, est celle de la bourgeoisie qui l’a instituée. Il est logique que les enfants possédant cette culture y soient plus à l’aise, plus adaptés, plus… « performants » ! Non seulement il faut que les autres réussissent à la comprendre et à se plier à ses codes, mais tout ce qui leur a permis de se construire dans leur propre culture est nié… dans une société de plus en plus multiculturelle. Combien de fois avons-nous entendu fustiger, entre autre par les Finkielkaut ou Zemmour, les enseignants qui permettaient aux enfants de parler et d’écrire d’abord à leur façon, d’utiliser le rap, d’apporter leur histoire et leur vie dans celle de l’école avant de se pencher sur les « grands textes » seuls dignes d’exister. L’école traditionnelle est d’abord castratrice, autant que lorsqu’elle punissait l’utilisation des langues régionales pour créer artificiellement une nation.

  On proclame le droit à l’éducation. Mais ce droit n’est pas celui des enfants il est celui de ceux qui ont un pouvoir sur les enfants, dont les États. On ne dit pas « les enfants ont le droit d’avoir les conditions pour s’éduquer eux-mêmes ». Seul l’État a le droit d’éduquer disait Paul Bert, ministre de l’Instruction publique (1881), pour contrecarrer le droit que s’était octroyé l’Église. Tout est dit !

  L’école, telle elle est conçue, pour réduire les inégalités est un mythe. À l’inverse, en prédestinant à des occupations futures, en formatant à SA culture dont fait partie la compétition, elle nuit aux possibilités du développement présent de chaque enfant comme à son devenir.

L’inégalité est la privation pour beaucoup de l’infinité des possibles dans lesquels, enfants, ils devraient pouvoir vivre et se construire.

  Les « jacqueries » ont peut-être échouées parce que les jaques avaient une insuffisante compréhension du monde auquel ils s’attaquaient.

[1] Encore une fois, pour la notion particulière des langages que j’utilise, je renvoie au livre « L’école de la simplexité » ou plus succinctement à l’autre livre « Chroniques d’une école du 3ème type » ou immédiatement à une série de billets dont le premier « Les langages c’est quoi »

 

 

   La Révolution n’avait pas été celle du « pouvoir d’achat » mais celle de l’abolition des privilèges de la noblesse et du clergé.

  Ce n’était pas moins de servitudes, c’était l’abolition des servitudes. Au lieu de cultiver leur terre pour les seigneurs les paysans voulaient pouvoir les cultiver pour se nourrir et nourrir leur famille ! Certes, ils ont peu à peu été grugés, les privilèges devenant ceux obtenus par l’argent. La même Révolution a été brutale : nationalisation des biens du clergé et de la noblesse ! Cela n’a pas été la catastrophe annoncée. Mais la noblesse possédante a été remplacée par la haute bourgeoisie possédante. Le cercle infernal n’avait pas été brisé.

  La possession, la propriété ! C’est bien le tourment de toute notre histoire, même des possédants qui ne cessent de craindre d’être dépossédés.

  Certains chercheurs pensent même que, dans les tréfonds de l’histoire de notre société passant d’une société de chasseurs-cueilleurs à une société agraire puis industrielle productrice,  c’est à partir de la possession et de la propriété que s’est développé notre langage mathématique puisqu’il fallait bien mesurer les espaces et fixer les frontières (géométrie) où chacun devenait propriétaire pour produire, quantifier ce qu’ils produisaient d’abord pour des échanges (troc), puis pour des ventes et achats  (monnaie et arithmétique). Des sociétés dites primitives étudiées par les anthropologues n’ont pas créé la possession (et n’ont donc pas créé le nombre !), tout appartient à tout le monde ; elles perdureraient tranquillement si nous n’avions pas été les détruire ou leur apporter nos maux.

  Les révolutions qui ont suivi celle de 1789  partout dans le monde sont celles des réformes agraires qui ont tenté d’offrir des terres aux paysans qui les cultivent, en les confisquant à leurs propriétaires. Elles ont eu bien du mal à être effectives (voir le Brésil) et les petits paysans ont été laminés par les économies de marché. En 1789 ce devait être la finalité de la confiscation des biens de la noblesse et du clergé, mais au lieu de devenir des biens communs (nationalisation) ou d’être partagés et offerts à ceux qui y travaillaient, ils ont été vendus… à ceux qui pouvaient les acheter !

  Dans notre société la possession n’est pas partagée équitablement dans l’intérêt de tous et du commun : elle doit être conquise ou s’accaparer (compétition, concurrence, guerres), c’est elle qui donne le pouvoir, c’est elle qui doit s’accroître pour mettre les moins possédants et les non possédants à son service, puis à sa merci, en les menaçant de la dépossession du peu qu’ils peuvent avoir (expulsions, huissiers…) et en leur laissant l’espoir de posséder ou de posséder plus à leur tour, ce qui permet de leur faire accepter leur exploitation. La principale liberté est celle d’accumuler, d’où l’appellation société libérale.

  Au XIXème siècle les Marx, Proudhon… ont bien perçu et analysé que le mal venait de la propriété et de la possession (la propriété c’est le vol), que l’accroissement de la richesse ne pouvait être que celle de la richesse publique. Tous deux voulaient supprimer la possession par quelques-uns des moyens de production qui asservit les autres,  Marx voulait carrément abolir la propriété individuelle, Proudhon la défendait mais en la limitant à l’essentiel. L’échec du marxisme est peut-être (entre autre) l’élimination de cet essentiel qui permet l’individuation, l’expression des particularités, le refuge, l’espace-temps de la liberté absolue mais raisonnable, la créativité, l’entreprise individuelle… Mais où sont les limites acceptables de la propriété individuelle ? L’égalité quand elle devient uniformité ne résout rien. L’égalité si elle tue l’individuation (être différent parmi les autres) tue aussi la liberté, la liberté d’être. L’État quand il s’impose comme une personne morale devient tout aussi oppresseur que les oppresseurs qu’il remplace !  

  PAS FACILE TOUT ÇA !!! Cela l’est d’autant moins que l’on dépend de macrostructures qui ne sont même plus des nations (c’est pour moi le problème n°1 : Société et école (3) La taille des structures )

  Ce que demandent les Gilets jaunes n’est que posséder l’essentiel.  Ils ne demandent même pas l’égalité, ils demandent simplement les conditions pour pouvoir vivre dignement. Peu importe si d’autres croient avoir besoin pour leur épanouissement de châteaux, de yacht, de liasses de billets dans leurs coffres-forts ou de zéros sur leurs comptes en banque s’ils ne privent pas de l’essentiel la majorité. Pourtant, la seule égalité mathématiquement possible serait celle du montant de tous les revenus.  Cette égalité simple résoudrait pourtant la plus grande partie de nos problèmes, y compris les problèmes écologiques. Je n’ai jamais entendu des révolutionnaires la proposer et personne n’y songe… encore.

   L’égalité des droits n’a pas beaucoup plus de sens du fait que les modalités de leur garantie,  de leur l’obtention et de leur l’application  sont édictées par les classes dominantes. Que signifie par exemple le droit récent au logement qui parait élémentaire ? Que vous pouvez toujours le réclamer ! Si vous obtenez quand même une pièce au sommet d’une tour HLM pour toute votre famille ou si vous êtes logés dans un appartement pourri avec un loyer qui vous prend votre salaire, vous l’avez votre droit ! Taisez-vous ! Ce logement est indécent ? Il va falloir vous battre, entamer des procédures pour le faire reconnaître et si vous y arrivez,… on vous dira d’attendre. N’est-il pas indécent que les femmes doivent toujours se battre pour faire respecter non pas leurs droits qui seraient particuliers aux femmes mais les droits de tout humain et de tout citoyen ?......

  L’égalité devant la loi et les punitions de la loi aussi édictées par les institutions des dominants et des possédants, tout le monde sait qu’elle n’a jamais existé et ce qu’on appelle injustices n’arrivent même pas à provoquer des scandales républicains ( !) ou une révolte générale qui serait tout aussi républicaine. Au demeurant, face à la loi que leurs représentants ont faite il y a les armadas d’avocats et juristes que s’offrent les riches.

  Revendiquer auprès des possédants ce qui les dépossèderait un peu est voué à l’échec. L’abolition des privilèges est tout aussi difficile parce que ces privilèges ne sont plus marqués dans le marbre et attribués délibérément à des castes comme au temps de la monarchie, ils sont ceux diffus du pouvoir de l’argent. Seule l’égalité des revenus les abolirait de facto.

  Alors ?

  Alors c’est bien une Révolution qu’il faut engager.

  Mais avant il faut que se construise vers où elle veut conduire. Ce ne peut évidemment se construire avec ceux qui sont aux manettes (« grand débat national »). C’est en dehors des institutions qu’elle peut s’élaborer, et cela demande du temps vu la complexité dans laquelle le système à changer nous a imbriqués.

  C’est en partie ce que les Gilets jaunes ont entrepris avec leurs assemblées autonomes. Il faudrait que tous ceux qui ont déjà entrepris des révolutions personnelles ou collectives y participent. En attendant, c’est peut-être leurs actions (manifestations) qui sont tournées contre le gouvernement qu’il faudrait réorienter, inventer : le gouvernement comme tous dans l’histoire sait utiliser les manifestations pour dénaturer ce qui les provoque et ce qu’elles demandent et les décrédibiliser. Or, jamais depuis longtemps il n’y a eu un tel nombre de personnes, toutes dans des situations financières inégales (l’inégalité fait leur force !), qui se soient rassemblées quasiment en permanence dans une multitude de lieux, en respectant chacun : l’égalité dans le respect, l’égalité dans la parole. C’est vers l’ensemble de la population qu’il faudrait se tourner directement, directement puisqu’il ne faut pas compter sur les médias pour faire le relai. C’est là qu’il y a besoin d’être inventif. On cherche toujours à convaincre et c’est opinion contre opinion, nombre contre nombre. Or c’est d’abord faire comprendre que les problèmes cruciaux des uns sont aussi par voie de conséquence les problèmes des autres et c’est ce que les GJ ont mis sur la table. C’est à cette table qu’ils peuvent avoir la capacité d’y faire venir beaucoup d’autres, le jaune au lieu d’être pris comme dérangeant pour la tranquillité deviendrait le symbole de la citoyenneté et de l’égalité citoyenne revendiquée ce dont peu de monde est encore convaincu.

  Aucune révolution n’est possible sans qu’une masse n’y adhère et ait participé à son élaboration. Ce ne sont pas quelques personnes qui doivent rassembler derrière elles, ce sont des personnes conscientes qu’aucune n’est supérieure à l’autre qui doivent se rassembler partout.

  La première égalité source de toutes les autres, c’est que personne ne puisse être et ne puisse se penser supérieur ou inférieur.    

 Livres de Pierre Bourdieu « La reproduction », « Les héritiers »…  De Jacques Rancière : « L’égalité radicale ». De Rejane Senac « L'égalité sans condition : Osons nous imaginer semblables »… De Krpotkine "Il n'y a pas de gouvernements révolutionnaires

Quelques textes : L’école et l’égalité des chances, finalité… - L’égalité des chances (note aux candidats à l’élection présidentielle) - Les diplômes ne sont pas le but d’une école du 3ème type ! - Education, école, système éducatif : une affaire de pouvoirs, mais lesquels ?

Les billets précédents "école et société"

Prochain billet : (14) Le risque, l'incertitude