gilets-jaunes

  Je ne reviens pas sur la notion centrale de la communication largement abordée dans ce billet de la série "école et éducation" et dans celui-ci .(je fais simplement remarquer que depuis peu de temps seulement, tous les travaux de la sience s'accordent pour constater que tout ce qui est vivant dans la nature n'existe, ne se dédeloppe et perdure que par la communication)

  À la plupart des questions que vous posez ou des problèmes sociétaux à résoudre on vous répond "Oulala ! Mon pôvre ! C'est trop complexe pour que tu comprennes !". En réalité on confond complexité et complication parce qu'on ne sait pas résoudre n'importe quel prolème autrement qu'en le compliquant ! La complication arrange bien ceux qui ne veulent pas que vous mettiez votre nez dans leurs affaires, de plus et bien souvent ils ne comprennent même plus eux-mêmes ce qu'ils ont compliqué.

  La complexité, quand elle n’est pas la mesure (formule mathématique... très compliquée !)  de toutes les opérations et interactions entre les éléments d’un système nécessaires pour aboutir à sa finalité (notion en physique, mathématique, algorytmique), s’entend au contraire dans le sens courant comme l’impossibilité de déterminer tous les paramètres qui agissent, jouent un rôle dans un phénomène. Soit parce qu’ils sont infinis, soit parce qu’on en ignore une partie. On parle alors de complexité quand on ne peut plus la mesurer.

  Tous les processus d’apprentissage sont complexes et s’effectuent dans la complexité. Comme il est impossible d’en déterminer tous les paramètres et de les maîtriser, il faut alors simplement permettre la complexité et lui en donner les conditions.

    Intervient alors un autre concept, celui de la simplexité récemment défini par le neurobiologiste Alain BERTHOZ (1)« La simplexité, telle que je l’entends, est l’ensemble des solutions trouvées par les organismes vivants pour que, malgré la complexité des processus naturels, le cerveau puisse préparer l’acte et en projeter les conséquences. Ces solutions sont des principes simplificateurs qui permettent de traiter des informations ou des situations, en tenant compte de l’expérience passée et en anticipant l’avenir. Ce ne sont ni des caricatures, ni des raccourcis ou des résumés. Ce sont de nouvelles façons de poser les problèmes, parfois au prix de quelques détours, pour arriver à des actions plus rapides, plus élégantes, plus efficaces.»

  Le cerveau, sans que personne ne le commande, tâtonne sans cesse à sa façon parce qu'il sait ce que disait Einstein : "C'est pure folie que de refaire sans cesse la même chose et d'en espérer des résultats différents" ! Le problème c'est qu'on l'en empêche.
 
  Dans une école du 3ème type c'est bien d'une « nouvelle façon » que nous posons les problèmes : 

  - À la notion de transmission des savoirs nous substituons celle de la construction des différents langages (outils neurocognitifs) de par les interactions et les interrelations dans un environnement et dans une entité sociale. 

  - À la conduite collective d’activités demandées, maîtrisées, motivées et contrôlées par un enseignant pour aboutir à des apprentissages catalogués et découpés, nous substituons l’aide, notamment par le questionnement,

  - Aux programmes qui édictent et uniformisent toute l'activité, nous substituons la réalisation de l’infinité de projets nés des besoins, des envies, des curiosités, des pulsions, des plaisirs, nés de la vie personnelle de chacun ou de la vie dans un collectif. La construction complexe de tous les langages s’effectue dans ces réalisations (les « faire ») et dans les différentes entités sociales (dont l'école) où elle a lieu. 

  - Aux méthodes prétendant connaître les processus d’apprentissage, nous substituons un environnement et une structure provocateurs de processus propres à chacun et que nous ne pouvons connaître. 

  - À l’organisation et au découpage préétablis du temps, des activités, d’un programme, nous substituons l’auto-organisation induite par les projets, la vie dans le collectif.

-  Aux finalités qui ne concernent pas ceux qui sont captifs et visés par l'école nous substitons la finalité de la vie. La finalité de la vie est la vie (Edgar Morin). Le seul projet d'un être humain est celui d'être (Jean-Paul Sartre, "l'être et le néant") auquel on peut rajouter d'être parmi les autres.
 
  Ce faisant nous permettons, « par des chemins détournés », que les processus s’effectuent dans la complexité.

  C'est... simplexe ! Ceux qui se penchent sur la constitution d'une autre société devraient s'imprégner de la simplexité.

(1) Alain Berthoz : Neurobiologiste de renommée internationale, professeur au Collège de France. "La simplexité" , "La vicariance", éd. Odile Jacob... (et "L'école de la simplexité" de votre serviteur chez thebookedition.com !)