gilets-jaunes

Suite au billet précédent, je vais (à nouveau !) essayer de préciser pourquoi la communication avec l’environnement physique et social suffit pour que tous les enfants apprennent ce dont ils ont besoin.

En ces temps, la communication par l’intermédiaire de nos prothèses technologiques devient primordiale : téléphones, smartphones, vidéos, réseaux sociaux…

Paradoxalement c’est aussi la communication qui a plongé le monde dans cette crise sanitaire (et pas seulement sanitaire). Parce que la communication ne se réduit pas à l’utilisation de la parole, de l’écrit, de l’image… et l’information n’est pas que ce qui nous est transmis ou ce que l’on transmet par les différents outils et langages sociétaux.

Tout ce qui va suivre n’est que de la théorie qui n’a d’intérêt provisoire que lorsqu’elle donne un essai d’explication à ce qui se passe et permet d’orienter les actions tant que cela se confirme, ce qui a été notre cas en ce qui concerne les apprentissages (voir la 2ème partie).

 

I - L’information est tout ce que perçoivent et interprètent ou transforment nos cinq sens… et l’ensemble de notre corps. Tout notre environnement n’est qu’une masse infinie d’informations (et nous n’en sommes nous-mêmes qu’une parmi cette infinité).

La caractéristique de tout ce qui est vivant (microbes, plantes, insectes, mammifères, humains, groupes d’humains) est de s’adapter, d’évoluer suivant ce qui le perturbe ou le stabilise parmi cette masse d’informations qu’il perçoit en continu. Le biologiste Henri Atlan appelle ceci le bruit. Il s'appuie sur la théorie de l'information. Ce « bruit » est la cause de l'émergence de nouveautés dans un système vivant. On peut dire qu’il y a communication lorsque l’information perçue  provoque une interaction entre émetteur et récepteur, et il y a interaction  s’il en résulte une modification d’un ou des deux protagonistes ou de l’information elle-même[1]  [2]

D’autres biologistes comme Varela et Maturana disent même que les systèmes vivants s’auto-créent et évoluent dans les interactions avec leur environnement (autopoïese)

Cette évolution et adaptation des systèmes vivant s’effectue dans un tâtonnement expérimental continu. Un enfant tend sa main au-dessus d’un poêle, il sent la chaleur (information), il pose sa main sur le poêle, il ressent une douleur vive (information), il retire vite sa main (réaction à l’information), il ne reposera plus sa main sur un poêle dont il perçoit la chaleur (adaptation, c'est-à-dire apprentissage)

On peut donc considérer que tout n’est qu’information. Par exemple une feuille de salade est une information. Elle pourra être transformée (métabolisée) par notre tube digestif (interaction) qui s’est adapté à l’utiliser (vous ne la ferez pas manger à un nouveau-né !), la nouvelle information produite (digestion) étant transmise aux cellules. S’il n’est pas adapté ou n’a pu s’adapter, il y a le rejet (indigestion !), ou affaiblissement et maladie (surtout si la feuille de salade est bourrée de pesticides, autres informations !!!). La comparaison peut paraitre incongrue, mais par exemple n’avons-nous pas des indigestions des éditorialistes patentés de nos médias, ou le flot d’informations uniformes et orientées déversées par les télés n’ont-elles pas rendu notre société malade et incapable de se transformer ?

Vu sous cet angle, un virus n’est qu’une information dont l’interaction avec notre organisme devra provoquer son adaptation (on dira qu’il s’immunise). Dans cette vision particulière de la communication il y a celle de l’énergie, soit produite ou soit dépensée par les réactions, soit nécessaire à l’adaptation (d’où une hypothèse possible expliquant soit des réactions trop fortes soit l’impossibilité de réactions). L’hypothèse de la vaccination ou de l’homéopathie, c’est d’envoyer dans l’organisme l’information virus ou microbe, mais en moins forte, ou l’information du symptôme pour l’homéopathie, pour que l’organisme s’adapte préalablement (ce qui n’arrive pas forcément, voir la grippe). Le problème, c’est que soit le vaccin porte aussi d’autres informations qui perturberont autre chose (par exemple l’aluminium), soit que les granules ne portent pas la bonne ou n’en porte aucune.

Si l’on est certain que les bactéries sont des systèmes vivants, on en est moins sûr pour les virus (certains pensent qu’ils sont plutôt des déchets produits par les organismes). Mais nous, nous sommes bien des systèmes vivants tout comme les bactéries, les mouches,  les plants de salade…

Ceci pour situer succinctement la communication dans son sens large. Dans le cas des épidémies, c’est bien par la communication qu’elles se propagent : transport par les personnes (mondialisation, promiscuité ), puis émission de l’information virus, interaction avec les organismes d’autres personnes, adaptation ou non adaptation.

Si on s’attarde sur les systèmes vivants, tous sont en interaction et en interdépendance, constituant des écosystèmes, également systèmes vivants. Ainsi chacun d’entre nous est inclus dans d’autres systèmes vivants ou qui devraient être vivants (systèmes sociaux) : la famille, la famille dans le quartier, le village,… s’inclut temporairement dans d’autres systèmes qui devraient aussi être vivants : l’école, l’entreprise… Ils sont tous régis par par le même principe de la communication. Dans tous et entre tous il y a l’interdépendance qui est annihilée quand il n’y a plus que la dépendance (ce qui est devenu malheureusement le cas presque général). La dépendance empêche toute adaptation, toute évolution (actualité des crises successives, ou impossibilité d'apprentissage lorsqu'il dépend seulement d'un appreneur).

On peut encore mieux saisir le rôle de la communication dans la façon dont nous sommes nous-mêmes constitués : nous sommes un ensemble d’organes vivants (cœur, poumons, intestins, cerveau…) en interdépendance et en interaction. On sait aujourd’hui qu’il y a émission permanente d’informations par les uns et les autres à l’ensemble (entre autre par les secrétions hormones, le système nerveux…). Nos organes communiquent entre eux… et à nous (douleur) ! Les perturbations internes (dysfonctionnement) ou externes (virus !) provoquent soit un réajustement des uns par rapport aux autres, une adaptation, soit un dysfonctionnement général et c’est la maladie… ou la fin. L’acuponcture agit ainsi sur les circuits de communication ou la circulation de l’énergie (vous avez mal au foie, on vous place une aiguille dans l’orteil pour rétablir le circuit avec le poumon qui défaille !).

En résumé, tout système vivant, que ce soit un enfant, un adulte, un groupe de personnes vivant en permanence ou périodiquement ensemble (école, entreprise autogérée…) se construit, s’adapte, évolue de par la communication interne entre les éléments qui les constituent, externe de par la communication avec tout son environnement.

 J'ai développé cette notion centrale dans l'école du 3ème type dans "L'école de la simplexité" (chez thebookedition.com) dont je vous joins cet extrait « communication, information, interaction »  

 

II - Ceci dit, j’en reviens à la communication dans ce sens très large pour les apprentissages. Tous les apprentissages ne sont que des adaptations aux environnements dans lesquels des êtres vivants doivent survivre. Dans plusieurs ouvrages j’ai pris l’exemple des deux apprentissages les plus fondamentaux et les plus complexes qu’un petit d’humain doit réaliser et qui se réalisent exactement par le « bruit », les interactions comme l’explique Atlan. Ce qui se crée dans ces interactions ce sont des outils neurocognitifs que j’ai appelé les langages dans une conception plus larges que celle communément utilisée qui ne concerne généralement que l’utilisation de langues.

-  L’apprentissage de la marche qui ne pose aucun problème… pédagogique. Il s’effectue dans la communication avec un environnement tout nouveau qui n’est plus celui du ventre de la maman et dans le tâtonnement expérimental provoqué par cette communication : je vous joins cet extrait des « chroniques d’une école du 3ème type »

- L’apprentissage de la parole, d’une effarante complexité. Cet apprentissage se réalise encore par la seule communication et son tâtonnement expérimental. La construction du langage oral est peut-être bien plus complexe que l’apprentissage de la physique quantique, celle-ci n’étant aussi que la création de représentations !  Je vous joins cet autre extrait de « La pédagogie de la mouche ». Dans ces deux premiers apprentissages, ce qu’on appelle l’appareil cognitif (constitution de réseaux de neurones) sera déjà extraordinaire et prêt à être utilisé et à se développer encore pour tous les autres apprentissages.

- Je reprends également souvent l’exemple de l’apprentissage de la natation. Vous connaissez l’histoire des bébés nageurs qui ne se noient pas dans la piscine ou vous savez que les bébés dauphins n’ont pas besoin d’apprendre à nager : tous deux avaient construit un schéma corporel (réseaux neuronaux) avec les informations perçues dans le liquide amniotique du ventre de leur mère. Mais le bébé humain est confronté à sa naissance à d’autres informations inconnues dont la pesanteur. Le neurobiologiste Alain Bertoz m’expliquait que le cerveau du bébé devait inhiber ce qui ne lui servait plus, et plus tard, il devra ré-apprendre à nager (c'est-à-dire à évoluer dans l’eau sans se noyer !) Mais ce n’est certainement pas à plat ventre sur un tabouret en répétant des mouvements. Ce sera en pouvant percevoir d’autres informations en provenance d’un nouvel environnement : en étant plongé dans un environnement aquatique ou il n’aura pas pied et dans le tâtonnement expérimental provoqué par cette communication. Je vous mets un autre extrait de « l’école de la simplexité » cette fois.

Avec ces trois exemples on peut comprendre comme s’effectuent tous les apprentissages, c'est-à-dire la construction et l’évolution de tous les langages dont l’enfant aura besoin. La plus grande partie de ces apprentissages se fera à notre insu, sans d’ailleurs que l’enfant lui-même s’en rende compte, dans l’infinité des interactions avec son environnement physique et social. Combien d’entre vous sont ainsi entrez à l’école en sachant lire sans savoir comment ils avaient pu l’apprendre, parfois sans même savoir qu’ils savaient lire… et la maîtresse ou le maître ayant cru que c’étaient eux qui leur avaient appris… avec leur méthode.

Autrement dit, parents, enseignants, éducateurs, n’ont pas grand-chose d’autre à faire que laisser les enfants être et faire dans un environnement qu’ils rendront le plus provocateur possible, les enfants, eux, jouant à tout, même à travailler !  Exemple : si dans la maison il y a des livres (il y a aussi plein d’écrits, sur les pots de confiture, sur l’écran d’un ordi…), des feuilles de papier, des crayons… si vous lisez, écrivez… immanquablement, à un moment ou à un autre l’enfant rentrera dans le monde de l’écrit. C'est simpliste ? Non, c'est simplexe !

 J’ai explicité, illustré cela dans tout ce blog, dans tous mes ouvrages. Dans « l’école de la simplexité » j’ai essayé de le développer plus longuement et d’une façon un peu plus théorique, en particulier sur la notion  de langages ou celle de systèmes vivants  que j’utilise sans arrêt (langage écrit, langage mathématique, langage scientifique, langage artistique). 

 Je suggère aux lecteurs d'aller jusqu'aux commentaires (quand il y en a !), et d'y participer : le seul l'intérêt d'un blog, c'est là aussi l'interaction !

[1] « L’interaction n’implique pas seulement l’idée pure et simple de collision et de rebondissement mais quelque chose de bien plus profond, à savoir la modificabilité interne des agents de la collision ». ORMOND, cité par PARK et BURGESS dans Introduction à la science de la sociologie.

[2] Ce qui veut dire que les informations déversées en masse par nos médias ne sont pas de la communication puisqu’il n’y a pas d’interaction possible entre les émetteurs et les récepteurs passifs.