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Le blog de Bernard Collot
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16 avril 2020

Désobéir !

vieux

On commence à beaucoup reparler de désobéissance civique. Dès le XVIème siècle La Boétie dans le magnifique Discours de la servitude volontaire expliquait que notre obéissance passive et crédule nous amenait dans un état d’esclavage dont nous ne ressentions même pas la réalité.  Gandhi en Inde, Martin Luther King aux États-Unis, Mandela en Afrique du Sud, les Grands-Mères de la Place de Mai en Argentine… on fait une arme de la désobéissance civique.

C’est bien sûr dès l’enfance et en particulier à l’école que l’on apprend à « ne pas désobéir », ce qui est encore pire que d’apprendre à obéir. Le « non », quand il est la réponse à une demande qui est un ordre y est impossible. L’éducation (voir le billet précédent) est faite d’obéissance : « Fais ou ne fais pas ». C’est l’obéissance automatique qui empêche toute construction de l’autonomie, toute individuation (affirmation de soi parmi et avec  les autres), jusqu’à l’idée même qu’il pourrait y avoir d’autres choix que ceux proposés et tolérés, jusqu’à ne plus distinguer ce qui est légitime et utile de ce qui est illégitime. D’ailleurs c’est l’illégitime qui devient le seul légitime, dès l’instant où il est proclamé loi par ceux sensés être au-dessus ou acceptés comme au-dessus. Dès l’enfance l’obéissance est intégrée comme un habitus (comportement dont on n’a même pas conscience – voir Bourdieu).

Dans une école du 3ème type la désobéissance n’a pas de sens puisque rien n’est imposé. Les demandes de l’adulte quant à des impossibilités de faire sont acceptées s’il est perçu que son expérience plus grande et non son statut permet d’anticiper sur des conséquences néfastes et aussi si elles sont expliquées et discutées. C’est l’adulte qui doit gagner la confiance des enfants et prouver qu’ils peuvent la lui accorder. D’autre part, par définition toute proposition ou suggestion est faite pour être discutée, acceptée ou refusée.

Mais nous n’avons pas pu faire ou aller vers une école du 3ème type sans désobéissance à l’Education nationale et à ses courroies de transmission et de surveillance que sont ses inspecteurs. Il y a deux sortes de désobéissances (elles se côtoyaient pendant l’occupation) :

- La désobéissance frontale qui est la résistance active. Les enfants la connaissent bien, celle dont résultent claques, punitions et qui finit pour beaucoup par le renoncement. Des enseignants aussi ont proclamé leur désobéissance, en particulier contre base-élèves ou contre les évaluations. Leur désobéissance était légitime (intérêt des enfants) mais contre le pot de fer qui a toutes les armes du pouvoir les pots de terre sont régulièrement brisés, ne serait-ce que parce que tout pouvoir ne peut accepter d’être remis en cause même une fois, il perdrait alors ce qui fait sa seule force. Et quelques-uns de ces enseignants ont été exclus, du coup leurs élèves ne pouvaient plus bénéficier de l’approche plus bienveillante qu’ils leur apportaient. Mais leur action visible avait permis de faire apparaître l’absurdité et le danger de ce à quoi ils devaient obéir. Ils auraient réussi si la désobéissance avait été massive. Pas facile dans une société habituée à obéir.

- La désobéissance qui est aussi la résistance passive. C’est surtout elle  qui nous a permis d’aller jusqu’à une école du 3ème type. Nous nous sommes souvent trouvés dans le choix soit de résister et de désobéir ouvertement mais en sachant alors que si on pouvait assumer le risque immanquable pour nous-mêmes nous ne pourrions plus continuer avec les enfants, soit la désobéissance invisible. Cette désobéissance invisible a deux armes : la tricherie assumée (tricherie civique) ou le faire semblant. Par exemple pour les évaluations, nous faisions semblant d’en faire ou les transformions en jeux. J’ai raconté certaines de ces tricheries dont un Courteline aurait pu faire des scènes (l’enveloppe des évaluations pour l’entrée au collège contenant un cahier vide pour faire le même poids que les autres !). La seconde c’est de savoir que tous les contrôles qui nous font obéir, tous ceux que nous devons faire, ne sont eux pratiquement jamais vérifiés. Leur force est qu’on le croit. Une amie roumaine me racontait qu’à l’époque de Ceausescu, au lit avec son compagnon ils se parlaient à voix basse de peur que leurs propos soient espionnés. Par exemple je ne demandais jamais le carnet de vaccination lors de l’inscription des enfants d’abord parce que je n’avais pas à m’immiscer dans ce que les parents considéraient comme utile ou néfaste pour leurs enfants, ensuite parce que personne ne vient vérifier si un carnet de vaccination a été présenté. Et on peut multiplier les exemples.

Pour mon cas il est vrai que mon enfance et en particulier mes années dans un cours complémentaire où la violence aussi bien de l’institution que des plus grands élèves serait inimaginable aujourd’hui, m’avait forgé de très solides capacités de résistance passive !

J’avais écrit par provocation dans un billet que dans notre société l’école devrait apprendre aux enfants à tricher ! Dans une école du 3ème type il n’y a aucune raison de tricher, aucune raison d’obéir et par voie de conséquence de désobéir. On m’a parfois dit que nous lâchions des enfants trop innocents ensuite. On oublie que de ne pas avoir à obéir est beaucoup plus difficile que de se contenter d’obéir.

Dans notre société et ce qu’elle montre de façon cruelle aujourd’hui, nous les adultes devons apprendre à désobéir… de façon efficace. Le problème c’est que l’école a fort bien rempli son rôle et que désobéir massivement est devenu impensable et que les risques de la désobéissance sont soigneusement entretenus ; parfois même nous inventons nous-mêmes ces risques.

On ne devrait jamais oublier : en 1914, des millions de personnes des deux côtés du Rhin ont obéi pour aller s’entretuer. Trois ans plus tard, des deux côtés des tranchées, des poilus ont refusé d’en sortir pour aller massacrer et se faire massacrer. Ils ont été fusillés. Ces vrais héros de cette guerre n’ont pratiquement jamais été réhabilités ou à peine du bout des lèvres, n’existent pratiquement pas dans l’histoire funeste officiellement racontée aux enfants des écoles, contrairement au maréchal (Pétain) qui justement est celui qui a ordonné des châtiments exemplaires contre ces désobéisseurs, ce qui n’est pas dit.

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Commentaires
D
Il y a les astuces --- mal payés... on traine la patte, on en fait le moins possible... Il y a aussi les abrutis qui harcèlent... et ont des gros ennuis ensuite... bien fait !
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C
j'ai vu deux choses intéressantes dans ce sens : <br /> <br /> Les gens protestent contre le confinement à Berlin  (où la police est formée à la médiation, pas à la répression, m'a t-on dit)<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=47d7m0yUZbA&feature=youtu.be   <br /> <br /> <br /> <br /> Une présentation par Didier Raoult en mai 2015.<br /> <br /> "Vous dites qu'il faut désobéir à un cadre de pensée, à un mode de fonctionnement."<br /> <br /> "Je ne désobéis pas, mais je ne me laisse pas faire par les personnes qui surinterprètent les textes par crainte, ce qui se fait beaucoup dans l'administration."<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=thaxON18uJs&fbclid
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