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À propos du retour des enfants à l’école, j’ai entendu ceci :

Un épidémiologiste  expliquait qu’il était impératif que les fenêtres des classes soient ouverte lors du déconfinement des enfants, ce qui semble du simple bon sens, ce d’autant que la chute de la pollution a rendu l’air un peu plus respirable. Ce à quoi répondait une enseignante « Mais on ne peut pas, il est devenu interdit d’ouvrir les fenêtres ! »

Cette interdiction dans les écoles casernes date du jour où un enfant est tombé d’une fenêtre de je ne sais plus de quel étage. Bien sûr en même temps étaient pointées les pratiques de l’enseignant qui laissait une relative liberté dans sa classe et permettait une certaine mobilité. Donc, fenêtres fermées et maintenons les enfants assis pendant des heures, il n’y aura plus de risques et l’ordre avec l’autorité scolaire pourront d’autant mieux s’appliquer.[1]

Avec l’épidémie, dans le déconfinement à l’école, les enfants ne devront plus s’approcher à moins d’un mètre les uns des autres (auront-ils chacun un mètre pliant pour le vérifier ?), plus se toucher, porter un masque, faire continuellement des gestes barrière… ! Je ne parle pas des maternelles ou des crèches !

Est-ce que ceux qui décrètent ces dispositions ont eu un enfant, vu un enfant, des enfants ensemble ? Comment peuvent-ils imaginer qu’après avoir été isolés dans leurs appartements exigus pendant des semaines ils vont pouvoir passer des journées enfin avec d’autres en ne s’approchant plus d’eux, en gardant un masque,  sans pouvoir libérer l’énergie accumulée ? Est-ce que ces experts concevraient un match de foot où les joueurs devraient respirer à travers un masque (qui doit rester toujours en place) sans s’approcher à moins d’un mètre des adversaires ou des partenaires, de fait pratiquement sans courir ?

Quels dispositifs, activités vont bien pouvoir inventer les enseignants, ne serait-ce que pour brider les besoins physiques et affectifs des enfants ? L’école n’était déjà qu’artificialité et contraintes mais là cela va dépasser ce qu’on peut imaginer, je crains fort que l’imagination n’y arrive pas. Je suggère à notre ministre d’assurer lui-même avec la bienveillance qu’il affiche la première semaine de déconfinement dans une classe, et avec un programme à reprendre ! D’ailleurs il découvrirait peut-être ce qu’est SON école.

Il semble jusqu’à présent que les enfants ne sont pas touchés par le virus mais qu’ils peuvent être porteurs et transmetteurs. Dans la logique de la  limitation de l’épidémie par le confinement, le retour des enfants à l’école relève donc de la débilité la plus complète. Mais continuer à les maintenir isolés dans les quelques mètres carrés de leurs habitats est tout aussi débile.

Alors, où déconfiner les enfants ? Certainement pas dans les espaces fermés et réduits des écoles, c'est-à-dire les confiner ailleurs, en pire ! Mais il y a tous les espaces verts, les parcs, les terrains vagues, les forêts, les prés, les ruisseaux, les plages… : grands espaces à l’air libre et avec le printemps. En plus, espaces encore interdits aux adultes, enfin appropriables par les enfants. Tout ce qui justifie les gestes barrière pratiquement inutiles, il n’y aurait pas plus de contacts rapprochés qu’il y en a dans la famille. Des adultes, qui eux peuvent à la rigueur être masqués si cela assure leur tranquillité, pour veiller à l’état sécure de tous. On s’apercevrait peut-être du même coup que dans le paysage urbain les enfants n’y ont aucune place. Facile alors, comme pour les masques, de dire que c’est sans intérêt  à envisager.

Oui mais ! Ils ne feraient plus l’école ! Ils ne seraient plus en-saignés ! Ils n’apprendraient plus rien ! Souvenez-vous des craintes exprimées par une sommité de l’Education nationale lors de la menace d’un premier confinement en 2009 (voir ici) : au retour à l’école on ne pourrait plus les tenir, peut-être même plus tenir les parents !

Ah ! Le prétexte des apprentissages ! Même les vacances trop longues leur seraient défavorables ! La dite continuité pédagogique depuis l'âge de 3 ans (versus ministère) n’est que le maintien de la pression et de la soumission scolaire (pour assurer ensuite la soumission sociale) [2]. Je comprends qu’on n’accorde aucun crédit à ce qu’un vieil instit comme moi ait pu dire et prouver à propos des apprentissages, mais même lorsque ce sont des personnalités mondialement connues qui le disent, cela ne franchit pas la première oreille de nos savants experts ès éducation et décideurs si tant est que cela arrive à leurs oreilles. Si vous n’aviez pas encore compris que les soi disant experts soigneusement choisis sont ceux qui cautionnent la ligne des dirigeants et sont bien meilleurs polémiqueurs  que les autres, l’actualité à laquelle nous sommes tous confrontés tous les jours devrait ouvrir les yeux.

Cette débilité, ou aveuglement pour faire moins péjoratif, c’est dans tous les domaines que ce sacré virus la révèle. Mais chaque fois que nous croyons, acceptons ce que les experts dûment patentés et les majorités élues (par nous !) nous disent, ne sommes-nous pas aussi débiles qu’eux ?

Au fait, qui fabrique massivement de la débilité si ce n’est l’école telle elle est et acceptée par tous  sans sourciller ? On peut presque excuser nos dirigeants : ce sont eux qui en ont été les meilleurs élèves !

[1] Dans les écoles où la mobilité et l’initiative est restreinte pendant le temps de classe, c’est l’explosion dans les cours de récréation… et la cause des accidents !

[2] Aux alentour de 1815 s’était développé l’école mutuelle. Elle concernait surtout des adolescents et adultes volontaires ; ils n’avaient jamais été dans une école avant. Avec des méthodes ultra-simplistes (dès qu’un élève savait lire il apprenait à d’autres) les résultats étaient remarquables, trop remarquables : ces ouvriers ou futurs ouvriers lisaient les écrits de Proudhon et autres révolutionnaires, participaient aux journaux syndicaux naissant, en discurtaient, échangeaient… Bref Guizot y mit fin et calqua l’école publique qu’il a créé sur le modèle des frères de l’école chrétiennes, modèle repris par Jules Ferry et accentué avec le développement du taylorisme. Ce modèle n’a pas changé de nos jours dans sa concetion et sa structure générale.

Les exemples d’enfants n’ayant pas été à l’école ou absent de l’école pendant de longues durées et entreprenant ou reprenant des études au même niveau que les autres ou les rattrapant rapidement fourmillent.

PS : je viens de lire les "recommandations" de la commission de la culture du Sénat pour la réouverture des écoles pour répondre de manière "concrète" aux préoccupation de la communauté éducative (tiens ! voilà qu'elle existe celle-ci !), après consultations des scientifiques (on peut suposer que ce sont les mêmes que ceux du gouvernement). Autrement dit, débrouillez-vous pour résoudre la quadrature du cercle, mais on y tient beaucoup à cette quadrature ! La synthèse de leurs "travaux" (!) se trouve ici Enseignants, enfants, parents (et même virus) ont bien de la chance d'avoird des sénateurs qui réfléchissent !