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« Je me suis battu… », et de rajouter « … toute ma vie » : celles et ceux qui s’amusent à repérer les occurrences de mots ou d’expressions dans les discours et interviews doivent mettre celles-ci en bonne place ! Ben voyons ! On ne peut que respecter ceux qui se battent, puisqu’ils nous serinent qu’ils n’ont fait que cela.

Les champions de ces « combats » sont bien sûr les hommes et femmes politiques. À voir leurs bonnes mines dans leurs beaux atours, leurs belles bagnoles, villas et résidences secondaires, comptes en banque ou actions, leurs combats n’ont pas laissé beaucoup de traces ! C’est vrai qu’ils ont dû dépenser beaucoup de salive confortablement installés derrière un micro, tremper une plume qui se veut acérée dans la chaleur douillette de leur bureau, échanger des piques dans des studios avec des « adversaires » avec qui ils vont boire l’apéro à la fin de la joute spectacle.

En principe, dans un combat, on court des risques, on affronte un danger, on peut en être affecté physiquement, matériellement, affectivement et même y perdre la vie.

Apparemment ces « combattants » permanents se débrouillent tous très bien, tout au plus ils n’obtiennent pas la place convoitée mais en ont une autre que tous s’échangent au gré de leurs… « combats » entre eux.

J’en connais pourtant pas mal de vrais combattants, parmi lesquels ceux qu’on appelle les anciens combattants. Mon grand-père, poilu en 14-18, mais il n’en parlait jamais de ses combats qui n’étaient pas ceux qu’ils voulaient faire et qu’il préférait essayer d’oublier. Ceux qui y ont été fusillés parce qu’ils refusaient justement de combattre ou emprisonnés pour ceux qui objectaient de leur conscience. Ceux de la guerre d’Algérie tellement marqués par ce qu’on leur obligeait de combattre que beaucoup ne s’en sont jamais remis et parfois suicidés. Tous les grévistes qui en ont perdu la vie, leurs emplois, leur famille pour que nous ayons des congés payés ou une retraite que nous allons bientôt perdre. Les gilets jaunes, éborgnés, mutilés… etc.  etc.

Et puis toutes celles et ceux qui combattent chaque jour pour nourrir et habiller leurs mômes, essayer de survivre dans des taudis, trouver ou plutôt quémander un boulot,… etc. etc.

Et puis toutes celles et ceux qui risquent leurs emplois ou leur carrière, des sanctions, leur santé… pour atténuer les méfaits de ce qui est imposé aux autres dans les écoles, dans les entreprises, dans les hôpitaux, dans les quartiers, dans les syndicats (ceux de la base), dans des médias[1]… etc. etc. Le domaine de l’éducation a aussi comporté une kyrielle de vrais combattants qui, eux, l’ont parfois chèrement payé[2].

 Et puis toutes celles et ceux qui tentent de vivre autrement avec un État qui les empêche de vivre autrement que ce qu’il décrète.

Et puis… et puis…

MAIS VOUS NE LES ENTENDREZ JAMAIS SE PAVANNER AVEC  « JE ME SUIS BATTU ».

Et, qui nous dirigent, nous imposent de nous battre quotidiennement avec la vie qu’ils nous font ? Ceux qui disent s’être battus (pour obtenir et conserver leurs pouvoirs !), sans avoir jamais encouru le moindre danger, le moindre risque qu’il soit physique, matériel, financier… et qui de surcroit nous font la morale. 

Qu’est-ce que ce serait bien si nous,  nous n’avions plus besoin de combattre pour ne plus avoir à nous battre !


[1] Au passage un hommage à mon ami Marcel Trillat, journaliste à France 2, récemment décédé, qui s’est réellement battu pour informer sur ce dont on ne voulait pas nous informer, et pour lequel son employeur France 2 n’a même pas eu un mot.

[2] Tel un Francisco Ferrer en Espagne, fusillé pour cela.