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Des journaux régionaux ont publié une page après les déclarations du président sur l'obligation scolaire, souvent avec les deux points de vue contradictoires. Dans le Berry républicain le défenseur de l'obligation était Philippe Meirieu. A tout hasard j'ai envoyé à ce quotidien un autre éclairage pour une tribubne ou un courrier des lecteurs... en pure perte jusu'à maintenant. Il est vrai que les journaux régionaux n'aiment pas ce qui pourrait provoquer la polémique et la tranquillité de leur clientèle et par voie de conséquence une défection de lecteurs. Je vous la joins ci-dessous bien qu'elle ne fasse que répéter ce que je dis et écris depuis longtemps.

Le Berry républicain a publié un dossier suite à la surprenante annonce du président de la République concernant l’obligation scolaire à trois ans et ses justifications quelque peu choquantes. Je voudrais apporter un autre regard sur l’absurdité de cette future loi.

Tout d’abord il faudrait que soit dit et que l’on sache que l’école dite publique a toujours été depuis son origine l’école de l’État au service des  finalités de l’État. Guizot, puis Jules Ferry, puis des institutions comme l’OCDE ne s’en sont jamais caché : former (ou formater) d’abord les sujets, puis les citoyens, puis les futurs travailleurs, dont la monarchie (Louis-Philippe), puis les républiques successives, puis l’économie de marché mondialisée, avaient ou ont encore besoin. Paul Bert le disait crument « Seul l’État a le droit d’éduquer ». Mon grand-père, poilu en 14-18, me le racontait : la boucherie de cette guerre avait été préparée plusieurs années auparavant dans les écoles des deux côtés du Rhin par les valeurs inculquées : patriotisme, sens du sacrifice, obéissance, marche au pas, désignation de l’ennemi (les boches)… En ce sens l’obligation d’aller à l’école dès trois ans n’est que la suite logique du rôle assigné à l’école sans que jamais il ait été demandé l’avis des citoyens.

Il n’empêche que simplement ce que nous connaissons aujourd’hui des constructions psychologiques, cognitives et sociales des enfants en adultes autonomes devrait provoquer des levées de boucliers. Il est aberrant que l’on puisse arracher obligatoirement et quotidiennement un enfant de trois ans de son milieu familial, d’où il sort à peine de la relation duelle avec sa mère et de sa famille, pour le plonger dans un lieu composé de dizaines d’enfants du même âge aussi désarmés que lui sur le plan relationnel sous la responsabilité d'une personne inconnue malgré toute sa bonne volonté. C’est semblable à un sevrage brutal qui serait répété alors qu’aujourd’hui on connait les conséquences psychologiques de ce qui est une rupture affective autant qu’alimentaire. L’école maternelle n’est plus ce que sa créatrice, Pauline Kergomard (1879), voulait qu’elle soit : un endroit de  développement NATUREL de l'enfant, ce que sont encore les crèches ou les jardins d’éveil. Depuis quelques années l’école maternelle doit officiellement préparer l’enfant à l’école primaire, au « métier d’élève » selon l’expression même de Philippe Meirieu. D’ailleurs, à partir de trois ans, l’école ne parle jamais d’enfants mais d’élèves, ils ne seront plus que cela de 8 H à parfois 18 H, de trois à seize ans, voire plus.

Il est étonnant que personne ne trouve anormal que tous les enfants de France doivent se lever aux mêmes heures, monter dans des cars de « ramassage », franchir les grilles d’un bâtiment au même moment, se soumettre au même emploi de leur temps, exécuter à peu près les mêmes activités édictées par un programme, rester assis sagement, contrôler leurs paroles, ne pas détourner leur attention de ce qui leur est demandé d’écouter et de faire, ne pouvoir faire preuve d’aucune initiative non autorisée, voire ne pouvoir assurer des besoins élémentaires comme celui d’uriner quand le besoin s’en fait sentir. Vous me direz que c’est à peu près ce à quoi vous devez vous-mêmes vous plier (métro ou voiture, boulot, dodo). C’est ce qu’on ose appeler la socialisation. Les stabulations scolaires indignent malheureusement beaucoup moins que les fermes de mille vaches, on ne les voit même plus.

Bien sûr, l’école pourrait être autrement ce qui limiterait fortement les fuites. Il y a les pédagogies Freinet, Montessori, actives… Depuis plus d’un siècle elles ont démontré qu’en dehors de l’épanouissement, de la vraie construction citoyenne, de la coopération, TOUS les enfants y apprenaient beaucoup mieux, ce qui est officiellement ce que l’école et tout le monde attendent. Or elles n’ont jamais pu se généraliser dans l’école publique et n’ont jamais été prônées ou soutenues par tous les ministères. Les enseignants qui tentent encore courageusement de les appliquer se heurtent à leur administration, parfois souvent aux parents eux-mêmes. Le système éducatif dans sa finalité et dans son architecture (programmes, contrôles, hiérarchie) est incompatible avec toute forme d’ouverture. Même les écoles alternatives ne sont tolérées que si elles  se plient aux directives et aux contrôles de l’Éducation nationale, c'est-à-dire si elles sont peu différentes de l’école publique. Les innovations prônées sont seulement celles qui ne bouleversent pas la conception et la finalité du système éducatif (exemple de la recherche des « méthodes » miracles).

Les propos du président auraient au moins pu enclencher une réflexion plus profonde sur cette institution qui nous a tous… formatés, jusqu’à ne plus oser penser incorrectement ! Si je voulais être méchant, je ferais remarquer que tous nos énarques incapables d’imaginer comment empêcher la société qu’ils dirigent de foncer droit dans le mur ont été les plus brillants et obéissants élèves du système éducatif pour arriver à son sommet l’ENA… et le pouvoir.