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Vous pouvez décrire de façon imparable ce que pourrait être et devrait être la société, expliquer pourquoi en démontant le factuel de l’existant, pas de problème, vous pouvez même intéresser, on peut même en débattre avec vous, même être d’accord avec vous. Depuis la nuit des temps les plus grands noms l’ont fait. Vous êtes gentiment utopiste, mais vous n’êtes pas dangereux.

Mais si vous montrez que c’est possible parce que vous l’avez fait à votre niveau, alors vous devenez dangereux, vous exacerbez tout le monde, oreilles et yeux se ferment. C’est encore pire si vous l’avez fait sans vous référer à ceux qui font métier de penser pour les autres en se gardant bien de faire ce qu'ils disent qui devrait se faire.

Dans mon domaine de vécu, l’école, c’est peut-être encore pire que dans tous les autres, et pourtant elle touche la chair de chacun : vos enfants.

À la rigueur si une modification pas trop importante des pratiques est proposée dans ce qu’on appelle une « expérience »1à condition qu'elle soit  bien encadrée, réduite à une seule classe, bien limitée dans le temps,  autorisée, avec la surveillance de l’Institution et la caution de quelques « experts » patentés, cela n’est que momentanément toléré à condition que cela ne dérange pas l’ordre établi et que très très éventuellement l’Institution n’en tirera que ce qui ne changera pas grand-chose 2

Mais si l’on parle de l’expérience qui est celle du vécu de centaines et de centaines d’enseignants au moins depuis le début du siècle précédent, entre autre celle du mouvement Freinet, vécu malgré toutes les contraintes, les contrôles, les brimades de l’Institution, alors ce vécu n’a strictement aucune valeur quoi qu’il ait pu démontrer et prouver.

Ce déni de l’Éducation nationale s’explique très bien : comme je l’ai dit et redit les finalités de l’école publique qui est d’abord l’école de l’État sont celles qui répondent aux intérêt de l’État et des pouvoirs et idéologies qu’il défend. Toutes les approches différentes vont à l’encontre et troublent ce qui est d’abord un système (système éducatif) qui n’est absolument pas fait pour elles. Autrement dit, même quand les unes sont universellement reconnues comme par exemple la pédagogie Freinet, qu’elles répondent bien mieux à la fonction qu’on attribue officiellement à l’école c’est à dire « apprendre », elles sont de facto révolutionnaires et à combattre.

Par contre il est beaucoup moins compréhensible que l’immense majorité des parents, les premiers concernés avec leurs enfants, refuse obstinément ne serait-ce que de constater les effets de ces autre conceptions de l’école qui depuis plus d’un siècle n’ont strictement rien d’expérimental. Je sais bien l’ignorance dans laquelle elle est soigneusement maintenue par l’information institutionnelle. Je sais bien que constater qu’autre chose a existé et existe encore, induit qu’il va falloir se questionner, peut-être remettre en cause ce que l’on croyait, peut-être faire des choix et prendre le risque de faire un choix, peut-être s’engager à l’obtenir ou le défendre. Je sais bien qu’il n’y a jamais eu de débat public (auquel participeraient tous les citoyens) à propos de l’école et de son rôle.

Il n’empêche, alors que jamais dans l’histoire les parents n’ont été aussi attentifs à leurs enfants et à leur devenir, alors que jamais leurs enfants n’ont été autant source d’anxiété voire d’angoisse, alors que jamais ils n’ont autant mobilisé leur temps, il est ahurissant qu’ils se cramponnent aussi passivement à une institution immobile depuis son origine et dont il est de plus en plus manifestement visible qu’elle ne répond plus à aucun de ses intérêts possibles en dehors du formatage des comportements.

Tout ceci est vrai dans tous les domaines. Tous les possibles existent déjà, ne sont plus de l’utopie. Rationnellement, chaque fois qu’ils sont mis sous les yeux, on ne peut dire que oui, auquel immanquablement on rajoute… mais ! Plus vous avez pignon sur rue, plus vous faites partie de ceux qui ont des pouvoirs pour rendre les possibles possibles pour tous, plus le ...mais devient le ...MAIS de l’impossible. Ne rêvez pas ! Je me demande d’ailleurs si beaucoup rêvent encore, à part que tout redevienne comme l’avant qui nous a justement conduit à l’effondrement devenu lui prévisible.

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À propos de l’école que nous avions faite, j’avais écrit une petite brochure « Oui ! Mais... » complètement inutile !

 1 Théoriquement une expérience est quelque choise qui n'a jamais été fait !!!

 

2  À Mons en Bareuil, la création d’une école entièrement Freinet avait été acceptée dans une banlieue où violence et résultats scolaire étaient catastrophiques même pour l’Éducation nationale. Cette « expérience » avait été suivie pendant 5 ans par une équipe pluridisciplinaire de l’université de Lille. Son rapport final officiel était sans ambiguïté : la violence scolaire avait pratiquement été réduite à zéro et les fameux résultats scolaires très notablement améliorés, même les familles étaient satisfaites. On aurait pu croire qu’au moins dans tout ce qu’on appelle pudiquement « zone d’éducation prioritaire » les pratiques allaient être généralisées. Pas du tout ! Pire, petit à petit des bâtons sont mis dans les roues de l’équipe enseignante sous divers prétextes habituels.