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  Des années 1920 à celles de 1990, des centaines d’instituteurs et institutrices du mouvement Freinet ont vécu avec leurs enfants des centaines d’aventures tout aussi surprenantes et inattendues que les quelques souvenirs que j’ai extirpés de ma mémoire dans ce blog 1. On n’imagine pas aujourd’hui tout ce qui a pu se passer dans ce qui a été la longue construction de la pédagogie Freinet et dans son prolongement qu’ont été les classes uniques « de 3ème type ». Sans bouger de nos villages nous étions sans le savoir des aventuriers. Un dernier souvenir dans ce billet déjà publié : Aventure du 3ème type : 1990, Roumanie, révolution - Le blog de Bernard Collot (canalblog.com)

Si la pédagogie Freinet s’est élaborée dans l’école publique et pour l’école publique, sans oublier cependant que Freinet l’a quittée et créé une des premières écoles… hors contrat, elle l’a toujours fait à l’encontre de l’administration de l’EN, sans aide, soutien ou approbation de celle-ci 2.

Mais ne croyez pas que c’était parce que plus facile qu’aujourd’hui. N’oubliez pas l’affaire Freinet en 1932, suivie par beaucoup d’autres affaires du même genre mais moins connues jusqu’à aujourd’hui. Nous étions peut-être plus habitués à une certaine clandestinité, tenant le plus possible l’administration dans l’ignorance de ce que nous faisions, voire en trichant avec elle.

Par exemple nos premiers réseaux télématiques (1983) s’étaient créés en squattant des serveurs sans que l’EN ne le sache et qu’on en attende une autorisation qu’on ne demandait surtout pas, ceci en négociant directement avec leurs gestionnaires (serveur expérimental de Georges Chappaz de l’université d’Aix en Provence, serveur du CNRS de l’Isle d’Albot, serveur du Conseil général de la Vienne (Futuroscope), serveur de la ville de Châtellerault…). Chaque fois c’était avec le système D, la mutualisation des compétences (les techniciens qui bricolaient les listes de diffusion, les journaux télématiques suivant les demandes des enfants et des instits étaient quelques-uns d’entre nous) et la mise en commun des moyens.

Je pourrais évoquer bien d’autres choses comme les voyages-échanges, le fond documentaire des BT produit par les classes puis la base de données avant qu’existe internet, l’aventure du son, de l’image, du cinéma, de la vidéo, celle de la création musicale, des échanges internationaux mélangeant école primaire, collèges, lycées, etc., etc.3

Peut-être était-ce cela qui nous incitait en partie à rentrer dans le mouvement Freinet parce que nous le vivions aussi intensément que les enfants.

J’ai pensé qu’il serait peut-être utile et encourageant pour la génération de profs d’aujourd’hui de rappeler ce qu’a été la période où ce sont construites les pédagogies dites nouvelles, où ont été exploré tous les possibles impossibles, et les inciter à poursuivre l’aventure… avec leurs enfants !

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1 J’en ai relaté quelques autres dans « la fabuleuse aventure de la communication, du mouvement Freinet à une école du 3ème type » thebookedition.com. L’avantage de ma naissance (1940) a fait que devenu instit (1960) il y avait encore des pionniers compagnons de Freinet que je pouvais côtoyer, Freinet lui-même était encore présent jusqu’en 1966.

2 Bien sûr il y a eu quelques inspecteurs favorables, mais c’était relativement exceptionnel. D’autre part nous dérangions la plupart de nos collègues. Quant aux parents, il fallait dépenser une énergie considérable pour leur faire accepter et comprendre ce que nous faisions. Rarissimes et beaucoup moins qu’aujourd’hui étaient ceux qui avaient entamé une réflexion sur l’éducation et l’école. Ils avaient un poids important, l’administration n’attendant que la plainte de l’un seul d’entre eux, parfois d’un collègue, pour intervenir brutalement, ils ont été le point de départ de nombreuses « affaires », même quand l’ensemble des autres parents nous soutenait.

3 Dans l’ouvrage déjà cité.