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Lire, savoir lire proclamé grande cause nationale ! Prudemment ce n’est pas écrire qui a été proclamé grande cause : les français petits et grands se sont beaucoup trop mis à écrire sur n’importe quel support et à propos de bien trop de choses ! Et bien sûr lire des sms, des affiches, les endroits où il faut cliquer, des BD,… ce ne serait pas lire !

Tiens, reparlons de l’orthographe :

 L’orthographe

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les CV que de réflexions horrifiées n’entendons-nous pas ! « Comment osent-ils écrire ainsi ? » On devrait plutôt se réjouir : jamais au cours de notre histoire autant de personnes, jeunes ou vieilles, ont autant osé écrire sans crainte.

Or, toutes ces personnes n’ont pratiquement jamais écrit à l’école en dehors que d’exécuter des exercices dépourvus de sens immédiat. La plupart ont aussi appris à lire de façon phonétique : be-a-ba, elles lisent et écrivent donc de façon phonétique c’est à dire que leur cerveau traduit d’abord des signes en sons, puis doit mentalement prononcer une suite de sons qu’il vient de mémoriser, les aligner, les séparer pour retrouver un sens dans cet alignement, s’il n’a pas oublié le début !

Donc si ensuite ils écrivent et lisent par exemple les enfant il n’y a aucun problème, en somme ce ne sont pas les yeux qui lisent mais les oreilles. Il faut que le cerveau opère autrement (et bien plus rapidement) pour que visuellement quelque chose le gêne : s’agit-il de plusieurs enfants puisqu’il y a les ou d’un seul puisqu’il n’y a pas de s ? Le lecteur qui est gêné par l’orthographe est un lecteur qui lit bien plus rapidement sans avoir à oraliser ce qu’il lit.

D’où la sempiternelle polémique sur les méthodes sensées apprendre artificiellement à lire : syllabique, globale, semi-globale… D’autre part on apprend d’abord à lire par des leçons et exercices, puis à écrire par des leçons et des exercices, comme si pour apprendre à parler il fallait d’abord apprendre le sens du bruit continu entendu en le fractionnant en mots, puis apprendre à replacer et utiliser ces sons pour parler ! Heureusement que tous les enfants n’ont pas eu besoin d’école et de méthode pour apprendre à parler et marcher verticalement sur leurs deux pattes sinon nous serions une espèce faite de muets et de rampants !

On apprend à marcher en marchant, à parler en parlant, à écrire-lire en écrivant, faut-il encore avoir des raisons d’écrire, des raisons de lire ! Tout le secret des écoles du 3ème type tenait à ce qu’il y avait continuellement des centaines de raisons naturelles d’écrire et de lire, notre rôle n’étant que le même que celui de la maman ou du papa pour la parole : qu’est-ce que tu veux dire ? Il faut que tu l’écrives ainsi pour que ce soit compréhensif pour les autres. On risque de ne pas comprendre si tu ne mets pas un s à les enfant !… Et comme pour la parole et ses premiers arre-arre, tous les enfants de nos écoles apprenaient à écrire-lire correctement sans forcément que l’on sache comment ils avaient fait pour ces apprentissages d’une effarante complexité.

Voir un autre vieux billet : « comment vos enfants ont appris à parler ? »