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Le jour de la rentrée c’était devenu un rituel : nous ne rentrions pas dans l’école ! Tout le monde le savait : nous avions RDV dans la cour, puis nous partions décontractés par les chemins, le long de la Vienne, dégustant des mûres, discutant avec les villageois rencontrés sans oublier le passage pour dire bonjour aux chevaux de Dédé... À midi, des parents nous apportaient le pique-nique en cours de route, certains restaient un moment avec nous, j’avais même la délicate attention d’avoir un café dans un thermo.

C’était le jour de retrouvailles, donner la main aux petits qui venaient de rentrer, faire connaissance avec des nouveaux s’il y en avait, des tas de choses à se raconter… Pour moi c’était aussi le jour où je pouvais bien mieux voir, écouter, ressentir chacun,... lorsque aucun mur ne limite ou contraint la liberté. Il fallait bien une bonne journée.

C’était l’alchimie qui fait qu’un groupe se reconstitue tranquillement, que l’on se sent à nouveau parmi les autres, reconnu des autres, heureux d’être avec les autres.

Ensuite il nous fallait bien une semaine très décontractée pour retrouver et ressentir le lieu où nous allions repasser une année à vivre, retrouver des repères et en créer d’autres, arranger, voir ce qui serait plus agréable d’installer, de changer ou de conserver, de décorer… Les lieux doivent s’apprivoiser suivant ce que l’on est si l’on veut qu’ils soient des lieux de vie. Nous avions l’inestimable temps, sa continuité et sa tranquillité qu’offrait une classe unique.

Un ami qui était devenu directeur d’une école à 6 classes pour impulser une autre vision à l’équipe enseignante et aux enfants avait organisé le jour de la rentrée le départ de toute l’école huit jours en classe nature ! Le jour de la rentrée, les enfants partaient au soleil, à la mer ou à la montagne quand tous les autres en revenaient. Les enseignants de fait se retrouvaient à avoir à collaborer, à se préoccuper de bien autre chose que du scolaire, à vivre autre chose avec les enfants, à les regarder différemment, à se comporter différemment et à vivre du quotidien avec eux. Le ministre veut l’école pendant les vacances, là c’était les vacances pendant l’école !

On pourrait se demander pourquoi tous ceux qui constatent qu'il y a des enfants défavorisés ne leur offrent pas tous les jours dans et par l’école ce qu’ils n’ont pas ou ce qu’ils ne peuvent pas faire chez eux au lieu de leur imposer l’austérité scolaire.

Au fait, à l’école chez nous les enfants n’avaient pas besoin de cartables et les parents d’en acheter !