photo

1940-1948

Bien longtemps avant le smartphone

La photo (1)

Mon père, qui jusqu’à la guerre avait été un urbain lyonnais, était mordu de photo comme de tout ce qui s’apparentait à la technologie. Jeune il s’était fabriqué un poste à galène où il fallait tâtonner avec deux aiguilles sur une pomme de terre coupée en deux pour tenter de saisir une onde et d’entendre quelque chose dans un écouteur. À l’armée il avait été radio au sol dans l’aviation où il fallait transcrire et envoyer des messages en morse, ce qui lui avait aussi valu la chance de ne pas avoir à combattre, de se trouver à Marignane en zone non occupée au moment de la défaite et d’être démobilisé sans être prisonnier. C’est peut-être aussi pour cela qu’il était rentré dans les Postes, TÉLÉGRAPHE et téléphone.

La photo souvenir était donc la marotte de mon père jusqu’à casser les pieds à toute la famille quand il fallait prendre des poses, mais tout le monde était quand même ravi de se voir collé sur un album, ledit album étant l’objet de la cérémonie obligatoire de son feuilletage lors des visites familiales. Beaucoup plus tard lorsqu’il s’est mis aux diapositives, il fallait que tout le monde se farcisse les interminables soirées de « séances diapos ».

À Virignin, même l’instituteur s’il avait une bagnole n’avait pas d’appareil photo. Le premier appareil de mon père a été la boite photographique, puis il a eu un kodak à soufflet. Là il fallait régler à la main ouverture, vitesse et estimer au coup d’oeil la distance. Les pellicules étaient au format 6x9 cm, les tirages aux mêmes dimensions ce qui allait parfaitement pour les albums.

Les moments photographiques les plus mémorables étaient ceux de la photo… à l'éclair de magnésium. Lors des grandes réunions familiales, à Noël, c’était immanquable. Si ce n’était pas la nuit, il fallait d’abord obscurcir toutes les fenêtres. Puis mon père installait l’appareil sur un échafaudage de table, chaise, bouquin pour que l’appareil soit à la bonne hauteur. Il avait auparavant pendu au plafond, derrière l’appareil, une ficelle au bout de laquelle il avait accroché un petit couvercle. Attaché au couvercle pendait un fil de laine. Dans le couvercle une pincée de poudre de magnésium. Ensuite c’était la mise en place de tout le monde pour que tous soient dans le champ de l’objectif et plus personne ne devait bouger. Mon père éteignait alors la lumière, ouvrait l’obturateur en pose, allumait la mèche du fil de laine, allait vite se placer derrière tout le monde, et on attendait l’éblouissement de l’explosion. Puis toujours dans le noir il allait fermer l’obturateur de l’appareil et rallumait enfin la lumière dans l’odeur du magnésium. Souvent il fallait recommencer, parce qu’un môme avait bougé pendant l’explosion ou parce que la mèche s’était éteinte avant d’atteindre le couvercle ou qu'elle était trop courte !

Plus que le résultat en noir et blanc c’est le souvenir de ces séances qui m’a marqué.

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Suite des souvenirs photographiques dans la période 1960-1975

 

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