L’arrivée du progrès !

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Pour le lavage du linge il y avait bien un lavoir au bord de la rivière près du vieux moulin, mais bien trop loin. Il fallait toujours se débrouiller avec les lessiveuses même si avec l’eau sur l’évier c’était plus facile pour le rinçage. C’est en 1953 que la première machine à laver est arrivée à la maison. Cela avait été un très grand jour, surtout pour ma mère. La première mise en route avait été mémorable. Le principe c’était une sorte d’hélice qui créait le courant devant brasser l’eau à travers le linge. Pour essorer le linge après son brassage il y avait deux rouleaux en caoutchouc entre lesquels on faisait passer le linge et j’étais de corvée pour tourner la manivelle. L’évacuation de l’eau c’était dans l’évier, autrement dit il n’y avait plus besoin de faire la lessive dehors. S’il y a bien une révolution que ma mère avait approuvé, cela avait été celle de la machine à laver.

Et bien sûr le jardin tout aussi indispensable qu’à Virignin. Nous en avions un derrière la poste partagé avec monsieur Yamalis, le voisin grec. Nous avions de la chance : le grand cerisier était de notre côté, mais il y avait suffisamment de cerises pour tout le monde. Le jardin contigu était celui du boucher ; il y avait mis un vieux fût dans lequel il entassait sa viande avariée pour faire un élevage d’asticots qu’il vendait aux pêcheurs, je ne vous dis pas l’odeur certains jours ! Les dimanches c’était sympathique. Les surplus de récolte ou celles qui réussissaient plus chez les uns que chez les autres s’offraient, le grec était un spécialiste des poivrons et des piments, et il y avait toujours la bouteille de rosé qu’un des jardiniers apportait pour finir la matinée. Avec un salaire qui avait un peu augmenté, mon père, adepte inconditionnel du progrès, était devenu incollable sur tout ce qu’il fallait pulvériser, répandre, pour maîtriser insectes, limaces, faire pousser bien plus vite salades, carottes, etc. Finie la corvée du ramassage des doryphores que j’étais chargé de faire pendant les année 40. Nous étions toujours embauchés pour le désherbage et je commençais à devoir bêcher. Les jeudis d'hiver ma mère m'emmenait dans les champs hors du village ramasser la doucette (la mâche sauvage).

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Pour les achats que nous ne pouvions trouver ou trop chers dans les magasins de Pont de Cheruy étaient apparu dans la maison les catalogues de la Redoute et des Trois Suisses pour les vêtements et de la Manu pour le bricolage (Manufrance de St-Etienne, manufacture d’armes et de cycles !). Il fallait bien réfléchir avant de faire une commande par courrier. Je ne sais plus comment il fallait payer puisque les carnets de chèques n’ont été généralisés que fin des années 60 et que les payes étaient versées en liquide. Cela donnait lieu à multiples comparaisons, discussions avec les tantes ou les voisines qui se donnaient des tuyaux sur la chemise ou le tablier pas cher qu’elles avaient trouvés. Certes ma mère tricotait toujours mais nous étions de plus en plus habillés par la confection industrielle et les vêtements en synthétique ne se rapiéçaient plus, en plus l'usine du village en fabriquait les fils (moulinage et retorderie de Chavanoz !). Quand avant la serpe de mon père était faite par le forgeron du village, maintenant c’était la Manu. Nous étions rentrés dans le monde de l’achat dont on ne savait plus comment et qui l’avait fabriqué, dont on ne voyait pas qui le vendait.

Mais nous n’avions toujours pas la télé !

Si le progrès aujourd'hui sera l'arrêt définitif des pesticides ou l'abandon des achats chez Amazon, lorsque l'on n'aura plus de machines à laver ou que l'on ne pourra plus les faire tourner,... ça va être dur !

Prochain épisode : le vélo. épisodes précédents