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Le blog de Bernard Collot
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23 mars 2022

1940-2021 (69) - 1976 - Dans le Montmorillonnais, le cadre

Le hameau

Nous étions en bout du hameau à 5 km du bourg. Il y avait cinq feux. Ses habitants ne disaient pas cinq maisons, cinq familles, mais cinq feux, c’est-à-dire cinq maisons habitées dont les cheminées pouvaient fumer, preuve qu’elles étaient vivantes.

La plus proche était une bonne femme acariâtre qui nous faisait plein d’histoires pour la moindre branche qui dépassait sur son terrain, qui n’aimait pas mon chien celui-ci le lui rendant bien ! Heureusement elle avait une autre maison ailleurs et on ne la voyait pas trop et comme elle avait une mare je m’étais fait un passage dissimulé dans sa haie et j’y allais l’été remplir mes arrosoirs pour le jardin.

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Puis il y avait une très vieille femme, habillée tout en noir avec sa canne, ressemblant tout à fait à une sorcière, elle en avait même le balai en fagot qu’elle ne chevauchait quand même pas. Mes enfants adoraient « la vieille ». Le terme de « feu » pour qualifier une maison était particulièrement approprié parce que sa cheminée où pendaient la crémaillère et le chaudron était constamment allumée, jour et nuit, été comme hiver. Un jour on l’a retrouvée morte dans sa cheminée éteinte. On n’a jamais su si elle était morte parce qu’elle y était tombée ou si elle était morte puis tombée éteignant avec elle le feu.

Un peu plus loin deux frères célibataires. Ils étaient ouvriers agricoles chez un châtelain d’un autre hameau mais lorsqu’on leur demandait ce qu’ils faisaient ils répondaient « domestiques agricoles ». Juridiquement leur patron devait bien avec eux se conformer au statut d’ouvrier agricole avec les droits, les horaires, je ne sais plus à quelle date cela était devenu légal et obligatoire. Les deux frères avaient été employés depuis leur enfance chez lui et il continuait à s’en servir comme des domestiques, un peu corvéables à temps plein. Mais il faut reconnaître qu’ils en tiraient aussi des avantages, se servant pour leur propre compte des tracteurs et machines agricoles pour leur lopin de terre et leurs quelques moutons, ponctionnant dans les récoltes faites au château pour leurs provisions, etc.

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Puis c’était la Marie, une veuve agricultrice avec ses moutons et deux vaches. Mes mômes ne l’aimaient pas trop, elle non plus n’aimait pas les gosses. Nous y allions cependant de temps en temps y chercher le lait.

Et puis enfin Daniel et la Germaine. On ne disait jamais « le » Daniel ! C’était avec eux que nous avions le plus de relations. Daniel était tondeur de moutons, il était même chef d’entreprise puisque de temps en temps il embauchait un aide. Germaine était plus âgée mais c’était vraiment une brave femme.

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Lorsqu’on a eu un enfant elle avait bien vu que nous n’étions pas très argentés et elle nous avait donné un landau datant du début du siècle. Il nous a bien servi pour les promenades quotidiennes sur le bout de route goudronnée. Si nous nous étions baladé avec dans une ville nous aurions fait sensation, nous aurions peut-être eu des offres d’achat pour un objet de collection rare, à moins qu’on ne nous ait donné quelques pièces pour nourrir le bébé !

Les étrangers que nous étions auraient dû susciter quelque peu la méfiance : pensez donc, un grand bonhomme barbu et chevelu avec une compagne qui ne travaillait pas (je veux dire qui n’avait pas de travail rémunéré !) habitant dans une maison qu’ils n’auraient pas voulue. C’est ma fonction d’instituteur qui nous a en quelque sorte protégés. Au début les habitants se sont bien demandés qui pouvait être cet hurluberlu avec sa 2CV camionnette rouillée qui ne correspondait en rien du tout à l’image des instits qui avaient pour beaucoup un vrai appartement ou une villa moderne. Mais bon, s’il était instituteur ce ne pouvait pas être un bandit ! Et puis nous vivions comme eux (enfin presque !), avions un jardin et des poules comme eux, pouvions parler comme eux et avec eux des mêmes choses, avions les mêmes problèmes des ruraux comme eux. Et nous avons été adoptés pour une vingtaine d’années. Nous réactivions le cinquième feu et le hameau avait à nouveau deux mômes.

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