1988- 1989, Média-jeunesse, le fax (la télécopie)

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Les circonstances ont ainsi fait qu’une partie des écoles du mouvement Freinet et des classes uniques ont été pendant une période les pionnières de l’usage populaire des technologies de la communication. Ces technologies commençaient à intéresser le monde de l’éducation, en particulier les éditeurs qui reniflaient un marché. Il fallait donc que des vitrines montrent les nouvelles possibilités en même temps que ce qui pouvait motiver les enseignants, les jeunes, c’est-à-dire les expériences déjà entreprises.

Dans le mouvement Freinet il y avait un prof de techno, Alex Lafosse, qui avait un talent certain pour pêcher toutes les informations qui provenaient de toute part, mettre en relation les uns et les autres, nous faire profiter des moindres occasions et qui était un malin et redoutable négociateur. Dès qu’il a eu vent que la MAIF organisait le carrefour Média-Jeunesse sur les technologies nouvelles dans l’éducation à Niort, il négocia un stand et un hébergement gratuit pour que deux écoles et lui présentent ce que nous faisions avec la télématique. Ce furent ma classe unique et la classe de 3ème de Georges Bellot venant, elle, de Védène dans le Vaucluse.

Un beau matin du printemps de 1988, nous partîmes ainsi pour deux jours et deux nuits avec quatre plus grands des enfants dans la bagnole et le coffre chargé d’un TO7, de l’imprimante et de quelques affiches réalisées pour donner une idée de ce que nous faisions. Arrivés à Niort, débarquement du matériel, installation du stand dans l’immense parc des expositions, vraiment impressionnant pour nous et déjà rempli de personnes qui s’affairaient dans leurs stands bourrés de matériels de toute sorte. Le plus stressé était certainement moi, parce que les mômes, eux, étaient ravis et fiers d’être les plus petits qui se mêlaient avec des adolescents, quasiment une promotion !

Le soir nous allions dormir dans un village voisin, Ménigoute, renommé pour son festival international du film ornithologique. 

Plutôt que de faire une présentation, ce que nous ne savions pas faire, nous avions décidé de continuer tout simplement ce que nous faisions en classe. À Niort, la télématique nous reliait à ceux restés à Moussac avec mon remplaçant qui était un copain passionné d’informatique et à toutes les autres classes du réseau. Tous étant prévenus, les messages n’arrêtaient pas de tomber sur l’écran avec toutes les questions et demandes auxquelles il fallait répondre. Plus, évidemment, les questions des visiteurs quelque peu interloqués. Les ados de Georges Bellot faisaient de même.

Le stand a eu du succès. Il intéressa en particulier une dame dont la fonction était de proposer à des entreprises des opérations de promotion pour leurs produits et d’obtenir le budget correspondant pour les réaliser. À l’époque, le fax (télécopieur) commençait à être très utilisé aux États-Unis, mais l’entreprise Alcatel avait du mal à intéresser les entreprises françaises. Elle discuta avec Alex. Je vous ai déjà dit qu’il était un redoutable négociateur. Il lui proposa alors qu’Alcatel nous prête 60 fax qui coutaient plus de 6 000 F à l’époque, pour les répartir dans soixante écoles du réseau télématique. Nous expérimenterions alors pendant un an tout ce que nous pourrions faire avec et au carrefour suivant nous ferions le même stand, mais sous l’appellation de la télécopie à l’école. Et ce fut accepté.

Bien sûr, dans la répartition des fax, les écoles du réseau de la Vienne furent les prioritaires. Nous n’avons eu aucun problème pour l’intégrer à la télématique. Il permettait encore plus de travailler avec d’autres écoles en temps réel. Recherches de maths faites en commun, transmissions instantanées de documents attendant une réponse, transmission de pages de nos hebdos pour des réactions immédiates, échanges de courriers en continu, recherche documentaire avec l'école de Joel Blanchard à Aizenay qui possédait un superbe centre documentaire et à qui nous envoyions une requête aux enfants de la classe de Joel, ceux-ci cherchant ce qui pouvait correspondre et nous le télécopiant dans la foulée, etc.

1989, retour à Média-jeunesse, mais cette fois nous étions des chevronnés ! Et nos fax crépitaient ! Les collégiens de Georges Bellot en recevaient même de l’étranger ! Et il y a eu du monde, mais cette fois pas forcément du monde de l’éducation : beaucoup pensaient que les enfants étaient là spécialement préparés pour promouvoir la machine et des enfants venaient me voir : « M'sieu, ils nous demandent où cela s’achète et combien ça coute ! ».

Nous faisions sensation. Mais nous avions quand même été très déçus : Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, devait inaugurer le Carrefour. Les organisateurs nous avaient prévenus qu’il allait probablement s’arrêter à notre stand. Les enfants attendaient donc ce moment avec impatience pour voir un ministre qui allait leur parler et pouvoir le raconter à la maison et Alex, Georges et moi lui parler un peu de pédagogie. Il est bien passé devant avec une foule de messieurs bien habillés, sans s’arrêter ni même jeter un regard !

Évidemment Alex savait bien que si dans le contrat le prêt était pour un an seulement, au moment de les rendre, soit Alcatel les aurait oubliés, soit il n’y aurait eu pas grand intérêt à venir récupérer du matériel ayant servi. Et nous les avons gardés !

Nous avions acquis dans la Vienne une petite notoriété pour l’utilisation du numérique et à plusieurs reprises les enfants avaient été sollicités pour participer à des manifestations. Par exemple nous nous étions retrouvés au Futuroscope de Poitiers à l’occasion d’un grand truc sur l’utilisation éducative du numérique organisé par le lycée du Futuroscope. Avec les lycéens du lycée autogéré de Paris, nous étions chargés de réaliser dans une salle une exposition explicative sur ce que nous faisions . Nous n’avions pas vu grand monde passer : ces messieurs-dames bien habillés et importants s’intéressent aux discours des vedettes, pas tellement à des enfants ou des adolescents. Mais les enfants de ma classe avaient passé une délicieuse journée avec ces plus grands et très grands Parisiens qui eux les considéraient comme des égaux, s’intéressaient à ce qu’ils faisaient, les questionnaient avec intérêt. Les enfants n’étaient pas peu fiers d’être ainsi considérés. Par la suite je me suis retrouvé à plusieurs reprises à intervenir avec les lycéens du lycée autogéré qui était, comme j’ai appelé nos classes uniques, un lycée du 3ème type (d’une autre planète) !

Prochain épisode : Enfin, la photocopieuse ! épisodes précédents ou index de 1940-2021 

À leur demande de quelques abonnés, pour celles et ceux qui sont surtout intéressés par les billets de ces périodes sur l’école et l’éducation

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