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Dans la période 1960 à 1975 à Lantignié, j’ai déjà évoqué l’introduction de l’image animée dans le mouvement Freinet et dans mon école du Beaujolais. Nous en étions restés à la caméra super8.

À Moussac, nous avions à partir de 1983 un magnétoscope et la télévision. Cela nous permettait d’enregistrer des documentaires de la télé mais nous ne pouvions rien produire.

Dans les années 90 nous avons eu un caméscope. C’était un caméscope superVHS, ressemblant aux caméscopes d’épaule betacam de la télé, mais en plus petit et plus léger. Même des professionnels s’en servaient dans des reportages. Pour obtenir son financement, j’avais répondu à un appel à projets, européen je crois. Les appels à projets fourmillent, mais il faut être au courant et à l’affut, savoir comment les formuler astucieusement pour rentrer dans leurs objectifs. C’est un ami universitaire qui m’indiquait ceux avec lesquels je pouvais tenter d’obtenir un financement.

Son seul problème c’était qu’il enregistrait encore sur bande magnétique. Faire des coupes, des montages était impossible pour nous. Si nous l’utilisions simplement pour nous essayer, saisir des moments et les revoir en différé, cela n’avait pas d’importance et la bande pouvait être réutilisée. Mais si c’était pour envoyer, faire des reportages, envoyer à des correspondants, alors comme avec le super8 il fallait anticiper et faire une sorte de synopsis des séquences dans l’ordre que nous voulions enregistrer, ce qui n’était d’ailleurs pas sans intérêt.

Avant son acquisition nous nous étions inscrits dans le réseau international « vidéo-correspondance » instigué par Micheline Maurice et le BELC (Bureau d'enseignement de la langue et de la civilisation française à l'étranger) du CIEP de Sèvres (Centre international d’études pédagogiques). Pour ce faire, j’allais de temps en temps emprunter pour une semaine un caméscope au CRDP de Poitiers (Centre régional de documentation pédagogique).

L’idée de Micheline Maurice était d’utiliser ce moyen pour les classes de langues, mais nous avions été quelques écoles élémentaires à nous y inscrire, pas pour l’apprentissage d’une langue mais pour échanger par ce moyen avec des enfants dont nous ne connaissions justement pas la langue. Les lettres-vidéo étaient pour nous un genre bien particulier puisqu’il fallait arriver à se faire comprendre, par exemple lors de la présentation, sans que la parole ne donne une indication à ceux qui ne comprenaient pas. Faire parler les images.

Nous avions fait ainsi quelques échanges avec une école des États-Unis.

La première semaine avait été bien particulière : le lundi, j’eus l’idée d’installer le caméscope face à l’entrée de la classe, relié à un moniteur, ceci avant que les enfants ne reviennent de manger au restaurant de Lulu. Et j’attendais avec curiosité pour voir leurs réactions. C’est surtout lorsque les petits sont rentrés que je ne fus pas déçu : leur surprise lorsqu’ils se virent sur l’écran, mais comme ils ne s’étaient jamais vus, c’est-à-dire pas comme dans un miroir ! Et je sors de l’écran, et j’y rentre à nouveau ! Du coup, je déplaçai mon installation dans le coin de l’atelier bibliothèque, appris aux petits comment enclencher et arrêter le caméscope fixé sur son pied, puis regarder à nouveau, ce qui est finalement très simple, et je les laissai continuer d’expérimenter librement. Cette semaine-là, les plus grands n’ont pas pu faire leur lettre vidéo, les petits avaient occupé tout le temps le caméscope, mais cela valait la peine. J’ai expliqué par ailleurs dans mes textes sur la pédagogie comment cela avait déclenché l’apprentissage et l’utilisation de l’écrit chez une enfant. Écrire c'est aussi oser se projeter sur une feuille et se voir puis se faire voir.

Lorsque nous avons eu notre propre caméscope, très vite il est devenu un objet aussi banal qu’un crayon ou un pinceau. Les visiteurs étaient surpris de voir un ou plusieurs enfants se balader dans la classe ou dans le village avec un caméscope sur l’épaule. Ce fut d’ailleurs une fois à mes dépens, je devrais plutôt dire à mon service, je le raconterai dans le prochain épisode.

Je m’en servais aussi comme moyen d’analyse et d’évolution : je le fixais sur son pied en plan fixe sur une partie de la classe, par exemple au moment de la réunion quotidienne, le laissais tourner en continu. Puis soit avec tous les enfants, soit seul le soir, nous visualisation ce qui c’était passé et ce que nous ne pouvions pas voir dans le feu de l’action. Je le conseille aux enseignants !

Cela est même devenu drôle lors du tournage du documentaire "Les enfants d'abord" par Suzanne Forslund lorsqu’on pouvait voir des enfants, le caméscope sur l’épaule, filmer… le caméraman de l’équipe avec son plus gros caméscope.

Comme tout le matériel de l’école, le caméscope était à la disposition des parents et du village. Il arrivait qu’il soit emprunté hors du temps scolaire par les uns ou les autres pour enregistrer un événement familial. Il y a eu une fois l’entraineur de l’équipe de football du village qui l’a emprunté pour filmer un match et je les ai retrouvés un soir dans la classe en train de visionner leur prestation comme le font les professionnels.

Comme tout cela est facile aujourd’hui avec un simple Smartphone !

Prochain épisode : Lorsqu'un instit se fait piéger par les mômes et leur caméscope ! 

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