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Un jour, à Moussac, je ne sais pourquoi, j’étais d’une humeur exécrable et le colérique refoulé que je suis s’en prenait à Clément, de la façon la plus stupide qui soit.

Ce que je n’avais pas vu, c’est que trois loustics, le caméscope sur l’épaule, filmaient la scène avec commentaires en voix off. Le caméscope était dans la classe un outil aussi banal qu’un stylo et les enfants l’utilisaient presque comme des professionnels. Comme c’était un caméscope SVHS d’épaule, on pouvait même le confondre en plus petit à ceux qu’utilisent les cadreurs de la télé. L’éducation à l’image, c’est produire des images pour dire quelque chose.

Je ne m’étais pas aperçu que le sujet de ce qu’ils tournaient, cétait moi !

Le lendemain, à la réunion, l’un d’eux demanda la parole avec ses deux compères hilares :

M'sieur, on a quelque chose à montrer ! 

Tout le monde s’installa confortablement et j’étais comme tous les autres enfants très curieux de voir leur réalisation, mais pas du tout inquiet.

Et sur l’écran, et même le grand écran que nous avions obtenu du Conseil général, je vis se dérouler une vidéo, parfaitement cadrée et séquencée, avec des commentaires ironiques ou humoristiques en voix off qu’un Frank Lepage aurait enviés. Je me liquéfiai au fur et à mesure que je voyais le personnage qui apparaissait, mon personnage ! Imaginez un maître d’école qui ne sait plus où se mettre, qui ne sait plus quoi dire, qui aurait voulu être à cent lieues de ces enfants hilares au lieu d’être méchants.

Cela devait vraiment se voir parce qu’à la fin, mes trois loustics, Clément et toute la classe me réconfortèrent, il y en a même qui me tapaient amicalement l’épaule.

-  Mais Msieur c’est pas grave… ça arrive à tout le monde, à nous aussi !  

-  Faut pas vous en faire ! Il y a des moments comme ça !

 - On peut pas toujours s’en empêcher !

- Ma maman aussi ça lui arrive ! Surtout quand elle est fatiguée.

- On ne vous en veut pas !

- On n’y pense même plus.

Etc.

C’était une bande d’enfants de cinq à dix ans qui me donnaient la plus belle leçon que j’ai pu recevoir !

J’ai eu quelques nuits difficiles qui ont suivi ! Par la suite, de temps en temps quand je sentais que j’allais mal, je l’ai regardée cette vidéo ! Je l’ai toujours conservée comme mon garde-fou. Mais je n’ai jamais osé la montrer en public ce qui aurait été le pas définitif et finalement peut-être la seule vidéo utile qui pouvait illustrer tout ce que je pensais de l'école. J’étais aussi fier de ce que ces enfants avaient pu faire et dire… et paradoxalement un peu fier de ce que je leur avais permis d’être.

Les trois loustics étaient Mathieu, Samuel et Sylvain !

Clément ressemblait à Renaud ! D'ailleurs son père, Jean-Paul, qui conduisait les cars de transport scolaire sonorisait son car avec tout le répertoire du chanteur !

Prochain épisode : l'espéranto -  épisodes précédents ou index de 1940-2021 les billets concernant l’école à Moussac de 1976 à 1996 

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