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Après le colloque de Crozon, c’est avec Yves Jean que je me suis retrouvé plusieurs fois au ministère. Yves, maire, universitaire et avec des ambitions politiques, savait comment faire pour obtenir des rendez-vous comme président de la FNDPER. Le ministère ne savait pas très bien ce que représentait cette fédération, mais, vu la réussite du colloque de Crozon, les reportages que faisaient par la suite les télés et surtout FR3 dans des classes uniques, il pouvait supposer que c’était peut-être une certaine force qu’il ne fallait peut-être pas trop négliger et nous étions reçus avec une certaine considération, évidemment de circonstance. Yves était habitué, mais pour moi c’était assez curieux. La première fois, lorsque nous nous sommes retrouvés à la sortie, nous nous sommes regardés hilares :

- S’il savait que nous ne sommes qu’une poignée !

 Bien sûr nous n’avons jamais rencontré le ministre, mais une fois Yves était arrivé à remonter jusqu’à son directeur de cabinet. C’était beaucoup moins convivial qu’avec les chargés de mission qui étaient nos interlocuteurs habituels.

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- Vous avez deux minutes pour me dire qui vous êtes et ce que vous voulez !

 Glacial, il te faisait comprendre que nous étions bien gentils, mais que diriger le mammouth de l’Éducation nationale ne pouvait s’embarrasser avec le détail de quelques classes uniques. Avec les chargés de mission, c’était plus cordial, mais ils t’endormaient eux aussi. Voilà ce que nous a ressorti l’un d’entre eux qui avait été autrefois inspecteur d’académie de la Vendée.

- Mais j’aimerais bien moi aussi que ces classes uniques subsistent. Mais lorsque j’étais en Vendée, ce n’était pas moi qui voulais les supprimer, c’étaient les parents et les enseignants qui n’en voulaient plus !

Un jour, cela a été les CREPSC eux-mêmes qui cette fois ont été sollicités pour donner un avis sur je ne sais plus quoi. Un petit groupe de toutes celles et de tous ceux qui pouvaient aller à Paris s’est constitué, il fallait bien faire comprendre que ce n’était pas le CREPSC mais les CREPSC. Nous nous sommes retrouvés à cinq ou six à pénétrer dans ce lieu où était cogité ce qu’ensuite nous subissions. Je faisais le malin puisque j’y avais déjà été, mais rentrer dans le « saint des saints », passer toutes les barrières de contrôles, les fouilles des sacs et se retrouver avec un badge, croiser des messieurs en costume sombre et serviettes de cuir et nous, nous demandant quelle position les uns et les autres pouvaient bien occuper dans nos problèmes passés ou à venir, se retrouver installés confortablement dans les sièges rembourrés devant le beau bureau où trônait notre interlocuteur..., nous étions comme des mômes qui se retrouveraient dans le château du dragon qui momentanément ne pouvait pas les dévorer ! Finalement nous n’avions strictement aucun intérêt dans ce qu’on nous demandait ou proposait, mais nous ne regrettions pas… la visite ! Lorsqu’ensuite nous sommes retrouvés dans une brasserie proche, je ne vous dis pas la rigolade ! Et nos billets de train avaient été remboursés !

Encore une fois, si nous pouvions avoir quelque illusion, elles se sont toutes envolées ! Pas seulement pour l’école : il n’y a strictement rien à espérer du monde politique, des institutions et de leurs sbires sinon qu’au mieux y être enfumés.

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