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 L’histoire a commencé dans la Vienne avec la fédération départementale de l’ACEPP : le GICEP. Celui-ci avait installé son siège dans une ancienne école désaffectée au milieu des champs d’un hameau du village de Queaux dont le maire était Yves Jean, le président de notre première association de défense et de promotion de l’école rurale. De Moussac, il suffisait de traverser la Vienne et c’était à cinq minutes. Il était impossible que Françoise Giret la coordinatrice du GICEP et moi ne nous rencontrions pas. Elle découvrit ce que nous faisions dans la classe unique de Moussac, de mon côté ce qu’étaient les crèches parentales et leur philosophie éducative.  Le réseau d’écoles rurales que nous avions créé correspondait beaucoup au réseau des crèches parentales. Nous étions bien dans le même paradigme.

 Françoise participa donc immédiatement à nos rencontres viennoises pour défendre les petites écoles, que ce soit pour l’approche éducative que nous en avions ou que ce soit pour le rôle que tenaient ces petites écoles dans les dynamiques locales. Elle nous apporta alors tout le savoir acquis avec l’ACEPP dans l’organisation d’événements, en particulier pour notre premier colloque du Vigeant où sans elle nous n’aurions peut-être pas osé nous lancer.

Elle nous fit connaître par le bureau parisien de l’ACEPP où une autre Françoise, Françoise Brochet, s’occupait plus particulièrement du développement local et durable. Toutes deux inlassablement relayèrent les informations, notre bagarre et nos idées dans leurs bulletins et revues, touchant ainsi beaucoup plus de parents. Elles ont participé activement à la préparation de tous nos colloques, y sont chaque fois intervenues. L’ACEPP a fait partie avec les CREPSC et la FNER des trois associations françaises co-fondatrices de l’association européenne de défense de l’éducation de proximité.[1]

Lorsque nous les « ploucs » devions nous rencontrer à Paris, c’était dans leurs locaux de la rue des Charolais que l’ACEPP mettait à notre disposition que nous allions.

Ce n’est qu’après ma retraite, lorsque je suis devenu à nouveau père, que je me suis impliqué directement dans l’ACEPP. Avec ma conjointe nous avions participé à la création et au fonctionnement d’une crèche parentale à Sancerre. Puis, les deux Françoises m’ont fait rentrer au CA de l’ACEPP. Je découvris alors vraiment l’ampleur et l’envergure de toutes ces personnes, en immense majorité des femmes. Si nous dans nos classes uniques et leurs villages vivions la démocratie participative à une petite échelle, là-bas elle prenait une autre dimension. Je ne vous dis pas ce qu’étaient leurs congrès ou assemblées générales, quasiment les réunions d’une immense famille ! Pourtant j’avais vécu des congrès et AG dans le mouvement Freinet qui étaient déjà des bains régénérateurs.

  Les UPP

 

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Je ne narrerai qu’une seule des actions de l’ACEPP parce que pour moi une des plus significatives : les UPP, universités populaires de parents lancées depuis plus de 20 ans !.

Une des principales luttes de l’ACEPP était de faire reconnaître les parents comme principaux éducateurs de leurs enfants ainsi que leurs droits de citoyens d’avoir leur mot à dire, d’être écoutés dans leurs demandes et propositions, pour tout ce qui concernait leurs enfants comme leurs adolescents (ce qui inclut aussi les temps où ils sont capturés par l’école). Mais si les parents aisés et cultivés avaient les instruments intellectuels et politiques pour analyser des situations, concevoir et défendre des propositions avec les codes, il n’en était pas de même pour l’immense majorité des autres, en particulier dans ce qu’on appelle les banlieues populaires. Pour ne pas subir, il faut pouvoir se prendre collectivement en main.

D’où l’idée, pas de faire participer des habitants à des formations, mais de leur permettre de se former eux-mêmes en les aidant à réfléchir et agir ensemble sur leur terrain, à leur façon. Pour ce faire, dans chaque UPP qui se créait était adjoint un universitaire qui acceptait de les aider. Son rôle n’était absolument pas de les guider pas plus que de les orienter, mais de leur apporter au fur et à mesure les outils intellectuels pour observer et analyser une situation, la comprendre, percevoir et comprendre le système dans lequel chacun est, formuler des propositions qui ne soient pas vagues, etc. Le plus difficile était de trouver des universitaires capables de s’effacer.

Et les UPP ont commencé à se développer dans les cités populaires, les territoires dits défavorisés, là où les institutions ne vont pas demander l’avis des populations considérées comme incultes, au mieux dites défavorisées. Et très vite les UPP ne sont pas contentées de ce qu’il faudrait pour les enfants, mais ont réfléchi à tout ce qui faisait la vie économique, sociale et culturelle des cités, là où ils vivent et subissent. 

ACEPP2_1J’avais assisté à Paris à la présentation des travaux de chacune des quatre ou cinq premières UPP créées. Il y avait tout un parterre de messieurs en costume cravate et dames en tailleur qui représentaient les diverses institutions. Ils devaient s’attendre comme d’habitude à des présentations lues à un micro par le ou la plus apte de chaque groupe. Je ne vous dis pas leur stupéfaction lorsque, médusés, ils assistèrent à des présentations collectives, les unes par des chants plus ou moins rappés ou des slams, les autres par des mimes ou faisant parler des marionnettes, les autres par des scènes de théâtre avec le langage des HLM… De ma vie, je n’ai jamais entendu des revendications proférées aussi clairement et avec autant de force. Implacables ! À la fin, toute l’assemblée s’est instinctivement levée pour les saluer, comme si elle avait reçu une révélation. J’avoue que moi-même étais très ému. 

 

 

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 Cela n’a pas beaucoup changé l’approche politique des pouvoirs. Mais ce qu’ont trouvé les populations qui ont participé à ces UPP a été leur auto-reconnaissance, la fierté de proclamer ce qu’elles étaient, l’affirmation de leur identité, de leur dignité, leur soif de vivre autrement et de le faire vivre à leurs enfants. Beaucoup d’entre ces femmes m’ont expliqué que cela les avait complètement changées, qu’elles avaient retrouvé le goût de vivre, le goût d’être avec les autres, le besoin de lutter pour exister.

Il doit y avoir aujourd’hui une vingtaine d’UPP en France, il y en a en Belgique et dans d’autres pays.

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[1] J’ai évoqué tout cela dans des épisodes précédents.