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Le blog de Bernard Collot
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16 janvier 2023

1940-2021 (185) - 2014... Les écoles alternatives

 

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À partir de 2014, c’est dans quelques dizaines d’écoles alternatives que j’ai été invité (sur plusieurs années !). Il m’est difficile de me souvenir avec précision de tous les lieux où je suis allé, ni du nom de toutes ces écoles, ni même de la chronologie de tous ces déplacements, mais ce sont ces écoles qui m’ont fait parcourir l’hexagone.

Le plus souvent je leur servais pour qu’elles créent un événement qu’elles intitulaient « conférence de… » ou « rencontre avec… ». Je servais ainsi de prétexte pour qu’elles puissent mieux se faire connaître des parents de leur proximité ou pour lever des doutes : qu’un ancien instituteur de l’école publique ait pratiqué pendant des années avec l’accord des parents ce qui se faisait dans ces classes, c’était rassurant. Je me voyais ainsi pour une soirée transformé en vedette éphémère avec parfois ma tête sur une affiche ! Quant à moi, ce qui m’intéressait c’était de les découvrir.

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 Parfois, c’était aussi pour leur apporter un regard extérieur : lorsque l’on a le nez sur le guidon du quotidien, on ne distingue pas toujours ce qui pourrait éventuellement être la cause de dysfonctionnements ou de difficultés. Quelqu’un d’extérieur n’ayant pas de préconçus peut ainsi rendre une sorte de photographie où peut apparaitre ce que l’on ne voyait pas. Il ne fallait pas en attendre de conseils, seules mes questions pouvaient être éclairantes.  Cet exercice, nous le pratiquions souvent entre collègues des classes uniques ou du mouvement Freinet.

Faire un grand nombre de km pour une soirée, avec une journée pour y aller, une journée pour en revenir, c’était une dépense d’énergie, de temps et de moyens qui semblait hors de proportion avec ce que je pouvais apporter et recevoir. Si bien que j’essayais de regrouper plusieurs interventions sur un même trajet qui durait alors plusieurs jours. Comme je demandais quand même le remboursement de mes frais de déplacement, ceux-ci pouvaient être partagés entre plusieurs associations et amortis par le panneau à l’entrée des salles de réunion « participation libre aux frais ». J’ai eu ainsi plusieurs axes de mes pérégrinations : direction Bretagne, direction sud-ouest, direction sud-est, direction Jura…

Montessori mise en avant.

Toutes ces écoles se référaient aux grands pédagogues, quelques-unes même aux classes uniques de 3ème type, ce dont mes ami-e-s des crepsc et moi étions un peu flattés. À partir de 2 015, il y a eu aussi les écoles démocratiques inspirées par les États-Uniens Daniel et Hannah Greenberg et leur école de Sudbury, mais j’en reparlerai dans un autre chapitre. 

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Un nom revenait souvent, celui de Maria Montessori (je n’ai vu Steiner pris en référence qu’une fois). Cela se comprenait : Montessori était beaucoup plus connu que celui de Freinet. D’une part parce que Freinet semblait réservé à l’école publique, encore que le mouvement Freinet semblait avoir oublié que finalement Freinet avait peut-être créé lui-même une des premières écoles alternatives à Vence en 1935 ! D’autre part parce qu’une association internationale Montessori avait été créée dès 1929 pour promouvoir « la méthode Montessori », développer et diffuser le matériel Montessori, développer des formations ; la préoccupation du mouvement Freinet était plus la recherche pour faire évoluer des pratiques, mais il n’y avait pas de « méthode » à reproduire. De ce fait et surtout pour les petites classes, il y avait une méthode à appliquer et du matériel spécifique avec son mode d’emploi ! C’était plus facile pour débuter, beaucoup d’écoles alternatives démarraient avec de jeunes enfants, et puis il fallait bien qu’elles recrutent des adhérents et le nom de Montessori était le plus porteur et le plus rassurant. Et puis les enfants grandissaient, d’autres arrivaient.

Mais, et c’était en cela que c’était intéressant pour moi, très vite ces écoles cernaient les limites de ce qui était utilisé comme une méthode, mâtinaient les journées avec des pratiques Freinet pour les plus grands, puis introduisaient beaucoup plus de multi-âge. Surtout le dogmatisme des formations de la fondation Montessori leur devenait de plus en plus pesant. Si bien que, quels que soient les pédagogues auxquels ces écoles s’étaient référées, très vite elles se trouvaient confrontées à devoir évoluer, à se retrouver dans un tâtonnement expérimental, à s’inventer.

Pratiquement tous les grands pédagogues ont fait l’impasse des parents à qui ils n’ont pas attribué de rôle direct dans l’école. Dans le contexte de leur époque, on peut le comprendre ou les en excuser. Mais l’époque avait changé ! Lorsque l’école avait été créée par une personne (exemple de Sophie Rabhi avec la Ferme des enfants en Ardèche, ou Fleur Mathet avec la Croisée des Chemins à Dijon), c’était son projet et elle pouvait le mener à sa guise. Mais lorsque c’étaient des parents qui avaient créé l’école, même si des permanents étaient recrutés il était impossible que les parents n’aient qu’à y amener leurs enfants. Et cela était bien un des problèmes majeurs de l’alternative.

En somme, nous les vieux des classes uniques du 3ème type devenions intéressants de par notre long vécu concret d’une autre école qu’il nous avait fallu réaliser et faire perdurer dans la durée, sans mode d’emploi, et de par l’expérience que nous avions de la collaboration avec les parents ce d’autant lorsque comme moi j’avais aussi un passé dans les crèches parentales.

Des locaux parfois improbables.

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Les locaux qu’avaient trouvés ces écoles pour s’y installer me surprenaient toujours. Les unes c’était dans les bâtiments d’entreprises qui avaient fermé, les autres c’était dans des yourtes que les parents montaient, certaines même dans une partie de l’habitation des fondateurs comme par exemple en Bretagne à Blech aux « Lueurs des champs » (j’en reparlerai) ou à Plaimpied-Givaudins dans le Cher où l’école avait démarré dans le salon des fondateurs avant qu’ils aient eu le permis de construire pour installer des yourtes dans le champ de leur propriété. À l’école-collège Montessori de Saintes (L’île aux enfants) la fondatrice avait même investi un héritage dans l’achat d’un vieux bâtiment et financé une extension construite en bois avec l’aide de bénévoles.

 

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Et puis il y avait celles qui s’étaient installées dans les bâtiments des écoles publiques, surtout des classes uniques, qui avaient été fermées par l’Éducation nationale. Soit elles avaient négocié leur location auprès de la mairie, soit c’étaient des maires eux-mêmes qui le leur avaient proposé. Dans notre bagarre pour sauvegarder les petites écoles rurales, j’avais bien constaté que de nombreux maires étaient désespérés de voir leur école disparaitre, le village se vider d’enfants. Pour certains, trouver une école alternative qui s’installe dans leur ancienne école était même un acte subversif comme pour le maire de Chouppes dans la Vienne (« l’écolautrement ») ou celui de Champagné St-Hilaire qui disait lui-même « C’est probablement l’école de demain ». Il faut dire aussi que des écoles alternatives comme celles de Pérignac en Charente-Maritime (« graines d'arc-en-ciel ») ou de Montclus (« Le Tourrihou ») dans le Gard étaient installées dans d’anciennes écoles avec un tel environnement qu’on se demande comment parents et population ont pu se laisser déposséder de leur école publique. Cela avait été avec un certain ravissement que j’avais vu s’installer une école alternative (école démocratique) à Moussac même : la mairesse, ancienne parent d’élève de la classe unique de 3ème type qui avait perduré 35 ans, avait soigneusement conservé les locaux pour les enfants et avait permis qu’une école s’y installe à nouveau, même si elle n’était pas tout à fait dans la même ligne que la classe unique qui y avait eu une certaine renommée.

 

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Il est vrai que toutes les familles qui fréquentaient ces écoles provenaient pour la plupart des environs des lieux où elles étaient implantées, parfois certaines venaient d’assez loin. Même si le coût demandé était généralement, comme pour les crèches, proportionnel aux revenus, ce ne pouvait être gratuit ; pour le devenir, il aurait fallu que ces écoles deviennent « sous contrat » comme l’étaient les écoles privées catholiques, très peu y sont arrivés, elles embarrassaient trop l’État et seraient devenues des concurrentes de l’école publique.

Pendant des années, ces multiples déplacements ont été pour moi comme des vacances !

Sans cela je n’aurais jamais fait tous ces voyages. D’abord, je n’ai jamais été attiré par le tourisme. Pourquoi aller voir ailleurs des paysages exceptionnels alors que sous ses pieds, dans un talus, au bord d’un ruisseau c’est tout aussi exceptionnel et puis qu’il suffit de regarder la télé pour voir à quoi ressemblent les ailleurs ? Suivre un guide, qu’il soit Michelin ou autre, qui nous dit ce que l’on doit voir ne m’a jamais intéressé. Et puis ces déplacements ne me coûtaient pas grand-chose puisque mes frais m’étaient remboursés et que j’étais logé. Je ne suis pas pingre, mais il s’est trouvé que la façon un peu anormale pour un instit dont j’avais vécu avait fait que je n’avais pas les moyens qu’aurait dû avoir un retraité de l’Éducation nationale.

Entre les canapés de salon, les chambres d’amis, les chambres d’enfants libérées momentanément rien que pour moi, les greniers aménagés, les gites, les résidences secondaires inoccupées, les appartements d’immeubles… j’ai dû tester tous les types d’habitats. La seule chose qui m’a souvent gêné c’était que je pénétrais involontairement dans les intimités de mes hôtes. Bien sûr qu’ils me faisaient confiance, mais je me prenais quand même la tête pour être le plus invisible possible, ne rien déranger, ne pas laisser de trace[1].

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J’y ai aussi découvert, plusieurs fois en Bretagne, une fois dans la région lyonnaise, l’habitat coopératif. Étonnant comment des familles ont pu se retrouver avec la même idée, mutualiser leurs moyens et leurs compétences, cogiter et concevoir un projet où chacune est indépendante et autonome mais où des parties communes sont prévues pour le bricolage, les réunions, les enfants… et même pour loger les visiteurs (c’est là où j’étais hébergé). Ensuite leur organisation complètement horizontale pour gérer, améliorer l’ensemble, organiser un vivre ensemble. L’humanité aurait vraiment les capacités pour être autre chose que ce qu’elle est !

Partout où je suis allé, j’avais beau prévenir qu’en déplacement et en raison d’une digestion que l’âge me rendait plus difficile j’étais un peu comme un chameau qui se contentait de très peu, j’ai partout été reçu comme un roi à qui on veut faire déguster ce qui caractérise une région ou ce dont était fier le cuisinier ou la cuisinière de chaque famille. Avec parcimonie pour ne pas grever la suite de mon séjour, partout je me suis régalé.

La plupart des personnes qui se lancent dans la création d’une école alternative ont aussi à côté des modes de vie en accord avec leur philosophie. J’ai, entre autres, beaucoup appris sur le jardinage, l’artisanat, le yoga… mais aussi sur les grands problèmes auxquels est confrontée chaque région, les luttes qui y sont entreprises…

Si je rajoute que c’était toujours le printemps ou l’automne que tous ces déplacements avaient lieu, la route avec les arbres qui reverdissaient et les floraisons printanières, l’explosion des couleurs automnales, pour arriver et voir tout ce qui fleurissait dans les têtes, dans les groupes de femmes et d’hommes qui veulent voir s’épanouir les fleurs des enfants, c’était pour moi de merveilleuses vacances.


[1] À partir de 2 019, j’ai cessé de répondre aux invitations : je ne pouvais que rabâcher les mêmes choses, voir radoter, et aussi les petits problèmes inhérents à l’âge qui avançait faisaient que j’avais du mal à m’adapter même momentanément à cette sorte de nomadisme !

Prochain épisode : un périple dans l'alternatif - épisodes précédents

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