L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

11 novembre 2009

Parentalité et devoirs à la maison

Je reçois beaucoup de messages concernant les devoirs à la maison. Il est entendu que les enseignants de l’école primaire, impérativement, ne peuvent « donner » de devoirs écrits à faire à la maison. Lorsqu’ils disent comme la maîtresse de mon fiston « je le sais. Mais je m’en moque, j’en donne quand même » peu importe que ce soit au nom de croyances pédagogiques, peu importe que ce soit avec l’approbation d’un certain nombre de parents : en s’assoyant délibérément sur des textes qui régissent ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire, ils cassent ce qui constitue le cadre qui permet les relations entre la fonction publique et ses usagers, celui derrière lequel il se protège et qui les protège. Lorsque les ministères successifs et leur hiérarchie ne montrent aucun zèle pour faire respecter une de leurs instructions, ils n’ont plus aucune légitimité pour faire respecter les autres. En tolérant avec bienveillance des désobéissances, il justifie toutes les autres. Cela n’est pas nouveau. Tout le monde sait que les réformes précédentes n’ont pas été globalement appliquées dans les faits. Tout le monde sait que les désobéisseurs précédents viennent d’être décorés. Pour quelle raison, nous parents, devrions-nous accepter un certain nombre d’entorses et nous plier à ce que nos enfants subissent des pratiques au nom de ce qui devient de soi disant instructions que l’enseignant ne peut faire autrement que respecter ?

Revenons à nos devoirs : si les enseignants ne peuvent donner de devoirs écrits à faire à la maison, ils « peuvent » par contre donner du travail oral, en général des leçons. Ils « peuvent », et beaucoup ne s’en privent pas, les dites leçons à « apprendre » pouvant prendre un temps démesuré. Bien qu’il soit toujours dit, au moins sous-entendu, que ce « travail » doit rester dans des limites raisonnables. On peut les estimer à 10 minutes ou un quart d’heure à l’école primaire.

Mais, et ce mais est important, cela ne peut prendre le caractère de l’obligation. On peut remarquer que le qualificatif « obligatoire » n’est jamais présent dans les textes. Et pour cause ! L’autorité et le pouvoir de l’école est limité juridiquement à l’espace et au temps scolaire. A 16H30, l’enfant est sous la seule autorité et la seule responsabilité des parents. On n’arrête pas d’ailleurs de nous le ressasser et de nous renvoyer la responsabilité de tous les maux dont souffre… l’école ! La « parentalité », on nous la renvoie à toutes les sauces, on nous y confronte, on multiplie les « réseaux d’aide à la parentalité » (REAP) pour nous aider à mieux être les parents… dont cette société a besoin (et les enfants, de quoi ont-ils besoin ?). Au passage, celles et ceux qui sont payés pour « aider » les parents à être mieux parents ne sont que… d’autres parents ! on peut supposer qu’ils doivent être de « bons parents », eux, des parents professionnels ! J’exagère un peu sur les REAP où il s’y fait souvent des choses intéressantes, mais c’est leur principe qui interpelle.

Alors, cette parentalité, il faut aussi que nous ayons conscience de ce qu’elle est et que nous l’assumions. Dans la sphère familiale, c’est nous, parents, qui avons l’autorité, le pouvoir éventuel de décréter l’obligation. Le pouvoir d’apprécier ce qui bon, important, néfaste. Y compris d’apprendre ses leçons ! à la maison, on peut parfaitement juger que telle leçon, tel travail oral donné par l’école est stupide, inutile, contreproductive… C’est le risque que prend l’enseignant lorsqu’il s’immisce ainsi dans la sphère familiale.  Le parent ne serait plus le parent s’il s’ôtait, vis à vis de son enfant, de sa capacité d’appréciation que celui-ci attend de son activité, de l’activité imposée dont il n’est pas l’origine. Ce serait pris par l’enfant, et je pense que c’est pris, pour un abandon quotidien et répété de la référence parentale dont il a besoin. Ce qui ne veut pas dire que des parents ne puissent pas trouver utile, important, d’apprendre ses leçons, de faire ce que l’école a dit de faire. Mais alors l’obligation ne peut être décrétée que par eux.

Officiellement, juridiquement (1), il est impossible que l’école « oblige » les enfants à exécuter telle ou telle activité à la maison. Y compris au collège où, pourtant, la quantité de devoirs « à faire » est telle que cela en devient un prétexte à en donner, parfois dès la maternelle, pour y « préparer » les enfants. On passe d’ailleurs son temps à se préparer à subir, les maux, les vilénies, qui semblent devenirs naturels dans notre société. Y compris le chômage !

Ce qui fait qu’il devient illégal que le travail donné à la maison fasse l’objet, de retour à l’école, de contrôles, de pressions, de sanctions ! C’est un abus de pouvoir ! Et c’est même reconnu comme une stupidité éducative : toutes les enquêtes, tous les travaux, à l’échelle mondiale (études PISA par exemple), montrent que les résultats sont inversement proportionnels à la charge de travail donné, aux pressions et au stress. La France en étant le plus bel exemple.

Cette dérive néfaste est peut-être due justement parce que, à ce propos, il y a un abandon de la parentalité. Une ignorance du droit. Une absence des parents en tant que responsables aussi bien du devenir que du bien-être, de l’épanouissement de leurs enfants. Là, brusquement on ne se soucie plus de leur responsabilité sauf à être la courroie de transmission, l’exécutant d’une autorité qui étend son pouvoir sans contrôle, sans qu’il ait besoin de le justifier, à toute la sphère de l’enfant. Jusqu’à effacer, à ce propos, la notion de « personne en danger » parce que c’est souvent le cas.

Ce qui ne veut pas dire que l’école ne puisse pas suggérer des possibles, influer des pistes d’activité à la maison. Je n’ai, lorsque j’étais enseignant, jamais donné de devoirs ou leçons (il n’y avait pas besoin d’acheter des cartables !). Mais l’école donnait des envies. C’est l’envie de faire autre chose, de prolonger ce qui a intéressé, passionné, de lire, d’écrire, de rechercher, d’expérimenter. Pas toujours forcément à la suite de l’école, souvent pour entreprendre quelque chose qui revenait ensuite s’y poursuivre à l’école s’ils le désiraient. Jusqu’à oublier le refuge de la télé. Et des parents ravis et devenant alors des encourageants, des soutiens, des aidants.

Cela, ce devrait être le… « devoir » de l’école ! Ouvrir. Elle fait délibérément le contraire. Elle enferme. Prive du temps. Castre. A travers l’exemple des devoirs, ce devrait être sa plus grande honte. Et aussi pour nous, parents, qui acceptons sans rien dire, qui abandonnons à une institution et ses fonctionnaires des prérogatives et qui ne sont pas les leurs dans l’espace où nous avons une responsabilité.

La coupure entre les parents et l’école sera toujours aussi profonde et peu porteuse d’amélioration éducative tant qu’elle ne sera que rapport de pouvoirs, qui induisent les abus d’un côté, la soumission inconditionnelle de l’autre.

(1) S’il y a des juristes parmi les lecteurs de ce billet, j’aimerais avoir leur sentiment.

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15 décembre 2007

Ouvrir l'école aux parents

Je me suis à plusieurs reprises élevé contre la ghettoïsation de l’école, le cloisonnement hermétique de l’espace scolaire répartissant ce qui devient deux camps, chacun d’un côté d’une grille, avec un enfant qui passe quotidiennement d’un camp à l’autre.

A la demande de Philomène, lectrice (ou lecteur ?) de ce blog, j’ai publié sur mon site un extrait du « Dictionnaire d’une école du 3ème type », chapitre consacré à l’ouverture de l’école aux parents. Pourquoi ? Comment ?

http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/ouvrir_l'ecole.pdf

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23 novembre 2007

Être parent d'élève

Il m'est arrivé à plusieurs reprises et encore parfois d'animer des ateliers, séminaires et autres sur les thèmes de la parentalité (la coéducation, l'implication parentale, être parent d'élève…). En général, j'utilise une vieille technique qui consiste à demander d'entrée aux participants d'écrire en quelques secondes, sans réfléchir, le substantif, le verbe qui leur vient à l'idée à propos de l'objet de la réflexion. Ce qui permet d'ouvrir des pistes inusitées, d'impliquer d'entrée tout le monde, de balayer des non dits, de créer une dynamique.

Je vous livre ci-dessous, brut de coffrage, ce qui surgit lorsque l'on pose la question : "Parent d'élève, c'est quoi ?" (récupéré dans mes notes lors d'un grand nettoyage !)

"Un rôle………une fonction……………… une partie de la vie familiale bouffée………un bouc émissaire……… un plaisir……… des corvées……… des droits……… une souffrance………un boulot……… un citoyen……… une responsabilité……… attendre les vacances……… attendre la rentrée……… une expropriation……… un partage……… se poser des questions……… une lutte……… un manque de temps……… un sous-citoyen……… un trou dans le budget……… défendre mon môme contre l'institution……… de la diplomatie……… courir, courir……… une obligation……… une impuissance……… une responsabilité……… l'avenir de mon môme……… des devoirs, encore des devoirs……… recommencer mes études……… attendre sur le trottoir de l'école……… la course le matin, à midi, le soir……… mon enfant qui m'échappe……… des convocations……… faire croire à l'école……… convaincre……… ne plus avoir de droits……… l'ignorance de ce qui m'attend et de ce qui attend mon enfant……… l'angoisse……… 20 ans de ma vie……… réparer, atténuer, compenser……… ne rien comprendre et faire comprendre……… un décret……… des réunions……… consoler, rassurer……… faire croire à ce qu'on ne croit plus……… l'avenir de mon enfant……… être accusé……… se démerder……… trouver des solutions pour faire garder les enfants……… ne pas savoir quoi faire……… s'engueuler avec les instits et avec son môme……… n'avoir pas grand chose à dire……… s'occuper d'un tas de trucs dont on n'avait pas l'idée……… parent le soir, plus parent dans la journée……… souffrir en même temps que nos rejetons……… être obligé d'être autre chose……… une obligation……… ignorer ce qui se passe une partie de la vie de l'enfant……… passer pour un imbécile……… subir ce qu'on réprouve……… coopérer avec l'école……… être un mouton……… ne plus être un vrai parent……… accepter qu'un autre ait du pouvoir sur mon enfant……… partager l'influence……… la roulette russe………  être avec d'autres parents……… enthousiasmant……… se remettre en question……… se coucher tard……… plus de temps pour souffler……… boulot, école, dodo……… subir et faire subir……… taisez-vous, vous ne savez pas……… devenir plus répressif……… un autre parent……… faire faire des devoirs……… demander des RDV……… essayer de comprendre……… une perplexité permanente……… acheter le cahier de 50 pages, réglures seyès et il n'y en a plus………

Suivant les contextes scolaires, les premiers jets varient entre le franchement négatif et le positif.

Qu'est-ce qui vous viendrait à l'idée ?

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10 septembre 2007

enseignante, parents, enfants... heureux !

Une fois n'est pas coutume : je me contente, pour ce billet, de reproduire in extenso un message reçu ce matin d'une jeune enseignante. Mêmes si ce système éducatif reste aberrant, il y existe des oasis de bonheur qui devraient donner des envies et des forces pour changer. Faites-le savoir !

"ça y est, je me décide à prendre la parole ! Suite à la réunion parents de ce matin, je suis sur un petit nuage. Cette année, je suis ma classe de Ce1/Ce2 en Ce2/Cm1. L'année dernière à cette fameuse réunion, 5 parents s'étaient déplacés, aujourd'hui ils étaient 14. J'ai présenté mon projet (classe coopérative, entraide, travail qui repose sur le vécu et les préocupations des enfants, leur besoins....). Même si j'avais mis en place des trucs l'année dernière : quoi de neuf, conseil, texte libre, journal, plein de choses m'échappaient mais cette année (bien que d'autres choses m'échappent encore !!!), je me sens davantage en confiance, sereine et plus libre aussi dans mes choix pédagogiques (ahrrr !!! comme cette fichue inspection m'a bridé l'année dernière ! Je suis T3). Les parents dont j'avais déjà les élèves l'année dernière ont alors pris la parole et ont témoigné du changement de comportement leur enfant face à l'école(cool). C'est peut être pour ça qu'ils sont venus plus nombreux à la réunion ?!

Ensuite je leur ai présenté les différentes choses que nous avions fait dans la classe depuis le début de l'année : quoi de neuf et marché des connaissances, bilan après les ateliers. Là les parents des nouveaux élèves dans la classe (4) ont aussi pris la parole et ont exprimé à quel point ils avaient été surpris de l'enthousiasme de leur enfant dès la rentrée ! Puis je leur ai montré le petit arbre en train de pousser sur l'ordinateur et là un "oh" unanime,  émerveillés ils étaient ! Enfin, présentation des différents fichiers, projet d'une correspondance, un journal mensuel (+ un journal quotidien que je rédige pour le moment et que nous lisons tous les matins), une classe découverte.

Un échange très riche à suivi (ce qui ne m'étais jamais arriver les deux années précédentes : j'avais parler de maths, français, les évaluations les programmes et tout le bazard !) Des parents m'ont remercié pour le journal quotidien qui leur permettait enfin de savoir ce qui se passait dans la classe, m'ont demandé pourquoi ce "système" ne se faisait pas dans les autres classes (hmmmm) ect...ect.

Bref, autant vous dire que je me suis sentie super bien, calme, détendue et reconnue en tant qu'enseignante par le travail que je mets en œuvre pour les élèves et avec les élèves. J'ai été valorisée par ces regards de parents confiants, qui m'ont aussi proposé leur aide (youpi!). Je me sens d'autant plus responsable d'eux et motivée pour commencer cette nouvelle année scolaire ! J'ai aussi plein de questions mais ce sera pour un prochain mail ! Il faut que je digère tout ça !"

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05 novembre 2006

Les parents d’élèves, c’est quoi ?

pBien sûr c’est un parent dont l’enfant va à l’école ! Comme dès l’instant où l’on est parent on est amené à être très rapidement « parent d’enfant allant à l’école », bizarre cette espèce de dichotomie imposée à tout parent dès que ses enfants atteignent 2, 3 ou 4 ans.

En effet, l’enfant comme ses parents deviennent chacun deux personnages complètement différents, voire complètement indépendants, parfois antagonistes. En psychiatrie on appellerait cela de la schizophrénie instituée !

Le premier cesse d’être un enfant pour devenir un élève. Un pédagogue renommé a même osé dire qu’il devait « apprendre son métier d’élève »[1] ! Et sa qualité « d’enfants » disparaît carrément, « l’élève » étant lui non plus un sujet mais un objet qui doit répondre à un certain nombre de critères soigneusement normalisés et dont on vérifie ou évalue très fréquemment s’ils sont bien remplis.

Le parent devenant « parent d’élèves » perd lui aussi ce qui faisait de lui un parent : un adulte qui a choisi (le plus souvent) d’assumer la croissance physique, psychologique, cognitive, sociale d’un être jusqu’à l’autonomie de ce dernier. Ce qui est d’ailleurs le propre de toute parentalité chez la plupart des mammifères (le plus souvent le parent femelle). Mais, par la grâce de la loi, un humain cesse d’assumer cette responsabilité et ce droit, dès l’âge de 3 ou 4 ans, la plus grande partie de la journée, plus de la moitié de l’année, ce pendant une bonne quinzaine d’années. Dans le monde animal si on sépare ainsi brutalement et régulièrement l'enfant de sa mère, celle-ci rapidement cesse d'assumer sa responsabilité de mère.

C’est alors le propriétaire d’un objet (un élève) qui doit répondre à ce qu’attend la machine scolaire. Cette propriété d’un « objet » est d’ailleurs quasiment inscrite dans le code civil puisque, au regard des tribunaux, un enfant doit être « rendu » le soir à ses parents dans l’état où il était le matin. S’il a déchiré sa veste ou s’il s’est égratigné, le « propriétaire » est en droit de demander « réparation » à l’État qui, lui, cherche des responsables en son sein.

On arrive au paradoxe saisissant : si un enfant n’est pas « l’élève » conforme, ce n’est même plus le fabriquant d’élève (enseignant) à qui on demande des comptes mais au parent propriétaire dudit élève ! Les parents d’élèves convoqués par l’école quand ça « ne marche pas comme il se doit » ont la même attitude coupable qu’un petit épargnant qui va solliciter un découvert auprès de sa banque : il va quémander en s’excusant… ce qui fait rire le banquier qui s’engraisse sur son dos… en étant remercié !

Le parent d’élève, individuellement, est condamné, en tant que tel, à n’être qu’un soumis ou qu’un « lèche-bottes » ou qu’un emmerdeur! Mais il lui sera demandé d’être à nouveau « responsable » quand « l’objet » en grande partie façonné par l’institution scolaire, posera problème. L’école, elle, n’étant responsable de rien, puisque alors il ne s’agira plus d’élèves mais d’enfants et surtout d’ados ou de « jeunes ». Et tu te construis en étant tour à tour élève soumis à une machine, enfant qui ne peut plus que retrouver sporadiquement le milieu et les personnes avec qui tu dois vraiment passer peu à peu du stade d'enfant à celui d'adulte.

On pourrait croire que, collectivement, le parent d'élève retrouve alors ce qui a fait de lui un adulte responsable capable de donner la vie et de l’assumer. Collectivement, c’est à dire lorsqu’il est invité à participer en tant que parent d’élève à un minuscule bout d’institution dans un conseil d’école ou encore dans une association spécifique appelée « association de parents d’élèves ». Et bien il vaut mieux être chasseur que parent d’élève ! Dans le premier espace où il est reconnu en tant que tel, il a le droit de parler de tout… sauf d’école ! On lui demande seulement d’essayer de se dépatouiller avec les conséquences collatérales de l’obligation scolaire : comment faire manger l’élève entre la classe du matin et celle de l’après-midi, comment faire pour récupérer l’élève lorsque l’école s’en débarrasse à des heures où toute la société est elle encore à l’usine, dans les champs, les ateliers ou au bureau. Et lorsqu’il se retrouve en association, l’essentielle de son énergie doit être consacrée justement à trouver des sous pour faire fonctionner la cantine, compenser la pingrerie des mairies et permettre aux enseignants (aux enseignants, pas aux enfants… ceux-ci ne sont que des élèves) parfois d’acheter des « manuels » au mieux une petite sortie scolaire pour se détendre en fin d’année. Mais surtout pas de parler d’école et de leurs enfants. C’est assez ahurissant, mais dans ces associations de parents on ne parle jamais du fait d’être parent et d’avoir des enfants, et de ce qui se passe quand l’école et ses fonctionnaires les retiennent ! Et on s'étonne qu'il y a si peu de parents qui s'investissent dans ces APE.

Toutes celles et ceux qui font comme moi partie d’une APE ou qui en ont fait partie savent que je n’exagère même pas.

Alors ? Pourrait-on espérer que le sujet soit abordé par exemple dans un projet politique quelconque ? éducatif quelconque ? pédagogique quelconque ? Cela existe bien dans de rarissimes micro-endroits (classes uniques, école de handicapés…). Il serait d’ailleurs intéressant que ces exemples soient connus. Mais d’une façon générale et qui perdure depuis longtemps, on se garde bien de… libérer le parent et le citoyen qui normalement dorment bien sous l’objet inerte qu’est le parent d’élève. Avec de bonnes raisons évidemment, dont celle que « le parent d’élève », c’est quelque chose qui de toutes façons « ne sait pas », pourrait avoir tellement d’idées et de positions contradictoires impossibles à gérer si on réveillait les deux personnes qu’il est… malgré tout.

Mais on parle beaucoup de lui. On s’intéresse beaucoup à lui. Il est vrai que si on pouvait le façonner comme on essaie de façonner sa deuxième moitié, l’élève, ça irait mieux pour l’appareil sociétal. Et les commissions, réseaux d’aide à la parentalité fleurissent. On se penche beaucoup sur nous. On, c’est qui ! des gens qui doivent avoir une qualité particulière, être vraiment au-dessus du lot, peut-être avoir fait de longues études sur l’animal « parent d’élève ». Pas du tout ! Ce sont des gens qui ont en général trouvé un emploi dans la fonction publique, fait un petit trou quelque part (CAF, DAS, DDJS, Académie…). Le plus stupéfiant, le plus ahurissant, c’est que dans ces instances qui ont malheureusement du pouvoir, "ils" parlent des parents à la troisième personne en oubliant complètement… qu’ils font partie de ceux qu’ils dénigrent, manipulent, traitent, de leur petite hauteur administrative ! J’en sais quelque chose : participant par hasard à une de ces commissions, je faisais remarquer à une docte et pompeuse représentante de l’académie qui traitait avec un mépris certain ces parents indignes, qu’elle parlait de moi (« les parents »). Puis je lui demandais si elle avait des enfants… et lui faisais observer alors qu’elle parlait aussi d’elle et que d’autres parents pouvaient très bien parler d’elle comme elle parlait d’eux. Il s’en suivi un certain malaise dans la réunion… et je n’y ai plus jamais été convié !

Et pourtant, tant qu’on n’aura pas transformé cette vision du « parent d’élève », sa place réelle dans le système éducatif (aussi bien dans sa conception que dans son fonctionnement), aucune avancée, transformation, amélioration ne sera possible. C’est la république qui va se trouver dans la nécessité d’accepter la démocratie pour survivre.

[1] Philippe MEIRIEU


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25 mai 2006

Les parents bientôt citoyens ?

Les méandres des décisions gouvernementales sont bien souvent surprenants. Voilà un ministre de l’Éducation qui s’illustre en imposant une vision des apprentissages pour le moins simpliste et quelque peu idéologique. On se demande bien d’ailleurs à quel titre : que dirait-on si un ministre de l’agriculture imposait une méthode de taille de la vigne, un ministre du transport une type de moteur aux routiers, un ministre de la santé la seule façon officielle de se soigner ?

Et voilà que le même ministre, catalogué me semble-t-il à juste titre de réactionnaire, va peut-être permettre aux parents d’accéder, dans le cadre de la parentalité, au statut de… citoyen ! Le monde à l’envers me direz-vous puisque les gouvernements se réclamant du progressisme se sont bien gardés d’ouvrir la porte de l’école à la démocratie.

PARIS (AFP—23-05-06) - Les parents d'élèves auront bientôt un vrai statut au sein du monde scolaire, un rôle "institutionnel"(…). « Ils devraient avoir un statut d'ici fin juin », explique-t-on dans l'entourage de Gilles de Robien.

Un "statut" des parents, qui permettrait de formaliser leurs droits et leurs devoirs dans l'enceinte scolaire, d'inciter, par exemple, les professeurs à tenir compte de leur avis, n'est jamais apparu dans un texte alors qu'ils le réclament depuis longtemps.(…)

(…) Un rapport d'étape de l'inspection générale de l'Education nationale (Igen) récent propose d'aller dans ce sens et même plus loin. Il suggère de "redéfinir" les droits des parents en matière de participation dans les projets éducatifs de l'Ecole, et de faire un effort particulier auprès des familles en difficulté.

L'Igen suggère même la mise en place de lieux de paroles, une sorte de "salle des parents" dans les établissements.(..)

Je sais bien qu’il faut toujours se méfier des déclarations qui ne sont que d’intentions. Mais il est toujours stupéfiant de constater qu’après près d’un siècle et demi de fonctionnement, l’institution scolaire reste un État dans l’État, une zone hors contrôle des institutions républicaines dont se réclament pourtant les principaux défenseurs du « temple » scolaire, un lieu où des fonctionnaires ont tous pouvoirs au nom de ce qu’ils appellent « liberté pédagogique » sur des enfants dont les parents, eux, n’ont aucune liberté de choix (obligation scolaire + carte scolaire) (1).

A contrario il faut dire que les parents dans leur ensemble ne sont pas tellement demandeurs d’un droit de regard quelconque qui induirait bien entendu une coresponsabilité. Parler de l’école, de ce qui s’y fait, est encore tabou, même dans pas mal d’associations de parents d’élèves, ce qui est un comble !

La barrière infranchissable entre l’espace qui appartient aux enseignant et ce que l’on peut presque appeler la société civile ne peut pas se contenter de brandir vigie pirate pour justification. Si la sanctuarisation de l’espace scolaire est très certainement due à l’angoisse des enseignants face à un regard quelconque qui risquerait de découvrir l’extrême incertitude dans laquelle ils assument soit une fonction, soit une mission, elle est aussi due à l’accord tacite des parents qui n’ont pas forcément envie de retourner dans un enclos dont ils n’ont pas forcément ou consciemment de bons souvenirs. Ce qui aboutit d’ailleurs à des situations parfois dramatiques quand un enseignant tortionnaire ou pédophile a pu sévir pendant des années sans qu’aucune personne extérieure puisse ou n’ose même jeter un regard par la fenêtre.

Mais on assiste alors à ce paradoxe : les enseignants en pensant se protéger se retrouvent du coup à assumer la totale responsabilité de ce que produit l’école ; ce dont les parents ne se privent pas de les accuser, je dirais presque à juste titre puisqu’ils sont totalement exclus de cet espace étatique où leurs enfants sont captifs.

La seule façon d’amorcer une sortie à la crise actuelle est que s’amorce une coresponsabilité sur l’école, que celle-ci devienne démocratique et que les professionnels qui y exercent le fassent dans des stratégies coproduites avec les usagers et sous le contrôle de ces derniers : les professionnels qui craignent ce qu’ils prennent pour des confrontations futures devraient savoir que toute organisation est possible quand tous ses membres ont un intérêt commun. Or je ne connais aucun parent qui n’ait le même intérêt de réussite et d’épanouissement pour son enfant. Ce serait très certainement une révolution ; mais qui n’a rien d’impossible puisque, dans les conditions ordinaires de l’école publique, j’ai pu être parmi les quelques-uns qui ont pu faire vivre l’implication parentale dans les stratégies éducatives pendant près de 30 ans(2) (Voir « Une école du 3ème type ou la pédagogie de la moouche » éditions L’Harmattan)

Alors l’Histoire deviendrait piquante si l’ouverture démocratique de l’école était entreprise par un gouvernement des plus à droite de la cinquième République ! A suivre ! (4)

(1) J’assume ces propos en tant qu’ex-enseignant qui pendant plus de trente ans a ouvert sa classe et son école aux parents, y compris pendant le temps scolaire et les a associé à tous les choix pédagogiques (voir « une école du 3ème type »)

(2) Dans la classe unique de Moussac/Vienne.

(4) Ces idées sont développées dans deux ouvrages : « Une école du 3ème type… » déjà cité et « Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant » aux éditions Odilon.

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24 mai 2006

L'école obligatoire, service public gratuit ?

C’est moi qui suis « l’homme » à la maison, c’est donc moi qui  doit surveiller l’horloge tous les soirs pour être à 16H20 pétantes à la sortie de l’école. Et je suis un privilégié. Si vous avez des enfants qui doivent aller à l’école, que les deux parents doivent travailler et qu'aucun des deux ne travaille à domicile, ou si vous n’êtes pas très riche, ne venez pas à la campagne !

D’abord, l’institution scolaire qui a créé aussi l’obligation scolaire (1), conçue il y a bientôt un siècle et demi, n’a pas prévu que la mère allait de plus en plus devoir être elle aussi salariée ou même conquérir le droit de travailler en dehors de la maison. Elle n’a donc pas prévu ce qu’allait pouvoir faire l’enfant, livré à lui-même après les heures scolaires. D’ailleurs, y compris aujourd’hui, elle s’en fout.

Il est quand même assez ahurissant de voir les portes des écoles ne s’ouvrir pour la plupart qu’à partir de 8H30 ou de 9 heures, ce qui supposerait que le parent qui amène l’enfant en classe ne devrait pointer à son boulot que vers 9 H 30 ! Il est tout aussi ahurissant de se retrouver à 16H35 devant des portes closes, les enseignants étant les seuls fonctionnaires qui ne sont pas astreint à rester sur leur lieu de travail un certain nombre d’heures. Mais si vous voulez obtenir un RDV, ce sera alors à 16H30, débrouillez-vous avec votre employeur pour quitter votre boulot… sans perte de salaire ou sans risque de mise à pied ! Et vous serez de toutes façons fustigé comme mauvais parent.

Bien sûr les municipalités urbaines ont pour la plupart mis en place des garderies, peu chères sinon gratuites. Cela n’empêche pas des journées de 10 heures sans moments de vrai repos ou détente, le temps de la cantine ne pouvant pas être considéré comme de la détente ! Et encore, s’il n’y a pas de devoirs à se farcir à peine réintégré le domicile !

Mais à la campagne, il n’y a pas toujours de garderies ! Chez nous les 3 mairies, puisqu’il s’agit d’un RPI, ne veulent pas dépenser un sou de plus pour l’école. « Les bonnes femmes n’ont qu’à rester à la maison. De notre temps c’étaient les grands-mères si les bonnes femmes ne le pouvaient pas. Et puis il y a les nounous ». La campagne, ce n’est plus ce qu’il y a encore dans les fantasmes citadins si tant est qu’elle l’a été un jour. Tout le monde doit bien bosser. Même quand il reste des fermes ce sont maintenant des entreprises. Les populations se sont renouvelées. Rares sont les familles où il y a encore une grand-mère à la maison ! Il va donc falloir se débrouiller… et payer pour que les mômes ne se retrouvent pas seuls à la maison après l’école.

Mais ce n’est pas tout. Depuis une trentaine d’années on supprime à tour de bras les petites écoles à une ou deux classes au nom du taylorisme pédagogique (l’Éducation Nationale est bien la dernière entreprise ou le fordisme est toujours à l’honneur). Au mieux ce sont des regroupements éclatés (le CP dans une commune, le CE dans une autre, le CM dans une troisième…), au pire les concentrations cantonales. Du coup vos enfants passeront l’essentiel de leur scolarité, de la maternelle à l’université, en dehors de la commune où vous habitez. Ce qui veut dire qu’ils prendront le car qui s’arrête … devant les écoles seulement (généralement gratuit celui-là) mais vous devrez l’y amener (les géographes vous diront les tendance de la dispersion de l’habitat rural depuis l’inversion des flux migratoires). Vous devrez donc avoir deux voitures si les deux parents ne travaillent pas au même endroit (exceptionnel à la campagne !) et au prix du pétrole, des assurances….

Ce qui veut dire aussi qu’il faudra bien qu’ils mangent à la cantine ! Ce qui coûtera quand même un peu plus cher que s’ils partagent le repas familial !

Alors si vous avez deux ou trois enfants, faites les compte ! La bagnole et l’essence pour les amener et les chercher à l’école ou aux cars(2), la garderie ou la nounou pour attendre l’ouverture de l’école et le retour des parents, la cantine… Et je ne compte pas le temps passé sur les routes ou à attendre la succession des cars de ramassage sur le trottoir de l’école (un maman qui avait 4 enfants a décompté 2 heures d’attente quotidienne, et sans la complaisance d’autres mères de familles, cette attente aurait aussi été celle de ses enfants les premiers « ramassés »).

Je ne parle pas ici des cahiers de telle dimension, ou de la calculette, ou des feutres… normalement, les fournitures scolaires figurent bien comme lignes budgétaires des communes, mais il semblerait que cette gratuité là, spécifiée dans les textes elle, ne figure pas dans les informations données dans les IUFM.

Vous avez dit service public ?

(1) Bien sûr ce n’est pas l’école qui est obligatoire mais l’instruction. Mais là aussi la déscolarisation sciemment voulue n’est à la portée que d’une poignée de privilégiés… et encore.

(2) Il y a seulement 15 ans les enfants faisaient facilement un kilomètre à pied, 2 ou 3 kilomètres en vélo pour aller à l’école. Il n’y en a plus, non pas par paresse mais par peur des parents. Peur qui n’est pas tout à fait injustifiée.

Posté par bernard_collot à 11:53 - Côté parent - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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