L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

21 septembre 2009

Suppression annoncée du "défenseur des enfants"

Ci-dessous, lettre du professeur Hubert MONTAGNER adressée à DEI-France (Défense Internationale des Enfants) à propos de la suppression de l'institution indépendante "Défenseur des enfants".

(...)
Je suis évidemment consterné par l’annonce de la suppression de l’institution “défenseur des enfants”. Il est bien connu que lorsqu’on veut atténuer, bâillonner ou éliminer une personne, un groupe ou un organisme, on l’immerge et on le dilue dans un ensemble fourre-tout. Dans le cas présent, il me paraît évident que la défense et la promotion des droits des enfants seront encore moins lisibles, audibles et efficaces.

Malheureusement, la suppression de l’institution “défenseur des enfants” était prévisible, sinon programmée, dès lors que les atteintes aux droits de l’enfant se multipliaient au cours des deux dernières années. “Grincheux de service” mais sans jouer les “Cassandre”, j’ai essayé de faire prendre conscience aux personnes, associations, syndicats et mouvements concernés, que l’enfant n’a pas de place clairement reconnue dans la société française, quand il n’est pas nié ou maltraité. Mais, sans succès. Je regrette de n’avoir pas été entendu, au moins partiellement. Probablement parce que les problèmes que j’ai soulevés, et que d’autres ont soulevés, étaient jugés secondaires par rapport aux modifications souhaitables ou nécessaires de l’arsenal législatif. Pourtant, la défense des droits de l’enfant ne passe pas seulement et “simplement” par un combat juridique contre les décisions scélérates du gouvernement, les intérêts des parlementaires ... mais aussi par un combat de fond et de tous les jours contre les dommages et outrages que subissent les enfants ... et dont la défenseur des enfants ne s’est pas forcément ou vraiment occupée.

Juste deux exemples :
1. les effets désastreux de la semaine de quatre jours combinée à la pression relationnelle et intellectuelle due au poids augmenté de l’apprentissage des “fondamentaux” au cours de quatre journées scolaires très denses ... qui sont objectivement les plus longues du monde, sans compter les devoirs à la maison qui réduisent les espaces de détente, de liberté et d’expression pour les enfants de tous âges, surtout quand ils vivent dans un milieu familial en difficulté (ils ne peuvent plus jouer et rêver). En effet, au cours de l’année scolaire 2008-2009, tous les observateurs attentifs, par exemple les responsables de l’éducation dans les villes (ANDEV), mais aussi de nombreux parents et enseignants eux-mêmes, sans compter les enfants, ont constaté ce qui était prévisible : des élèves de plus en plus épuisés, stressés, démotivés, en désamour de l’école à mesure que l’année scolaire se déroulait. On peut faire l’hypothèse forte que la fréquence des demandes de consultation médicale par les familles pour “troubles” du sommeil, “troubles” du comportement, désordres psychosomatiques ont augmenté de manière significative au fil de l’année 2008-2009. Je suis prêt à prendre le pari. Parallèlement, la fréquence des arrêts de travail a augmenté chez les professeurs des écoles (qu’en est-il de dépressions nerveuses, des désordres psychosomatiques, voire des fragilités immunitaires et des maladies ordinaires ?). En outre, nombre d’enseignants se sont sentis dévalorisés en constatant leur impuissance dans la transmission du savoir et des connaissances aux enfants les plus vulnérables et en souffrance ... encore plus épuisés, stressés et démotivés que les autres. Des dégâts incalculables ont été engendrés par le système imposé par le Ministre DARCOS (et par le Président de la République puisqu’il décide de tout et de son contraire), surtout chez les enfants qui cumulent les difficultés personnelles, familiales, morales et sociales.
A l’exception notable de la FCPE et de quelques mouvements pédogogiques, qui s’en est vraiment soucié ? Il n’est pas acceptable que le secrétaire général du syndicat majoritaire du premier degré se dise “réservé sur le rajout d'une demi-journée de travail”, c’est-à-dire en fait sur une semaine de quatre jours et demi avec le mercredi matin scolarisé, accompagné d’une réduction de la durée de chaque journée. Ce monsieur a le toupet ou le cynisme de préciser (“on a raté l'occasion ... il est très difficile de changer à nouveau ces rythmes qui influent sur l'organisation des familles ...mais aussi des mairies de centres aérés et sur une multitude d'associations”. Autrement dit, les enfants sont la “cinquième roue de la charrette”. Ce monsieur n’est ni sérieux ni responsable : je lui ai écrit il y a quelques mois, ainsi qu’à son homologue du “deuxième” syndicat majoritaire, qu’en ne s’élevant pas contre la semaine scolaire de quatre jours, ils étaient objectivement des témoins complaisants du Ministre de l’Education Nationale ... au détriment des enfants-élèves. Posons une question naïve : pourquoi ... même si nous connaissons la réponse ? Quand la semaine scolaire de quatre jours a été instituée, il a bien fallu que les mairies, les centrés aérés, les associations, les clubs sportifs ... s’adaptent à un nouveau système, une fois de plus imposé sans concertations ni débats préalables. Cet exemple montre de façon caricaturale que la société française fait passer l’intérêt des enfants après celui des pouvoirs aux mains des adultes, au détriment des enfants qui ne peuvent résister aux dégâts causés par la semaine scolaire de quatre jours et par les nouveaux programmes, à cause d’un vécu quotidien dans des conditions anxiogènes, angoissantes, déstabilisantes et destructrices. Seuls ceux qui vivent au quotidien dans la sécurité affective et dont le rythme veille-sommeil est protégé, peuvent tirer leur épingle du jeu. Et encore, pas tous et pas tous les jours. Quelle honte et quel aveu d’impuissance de la société française à repenser son école pour qu’elle soit celle de tous les enfants ! Voilà un domaine essentiel pour le défenseur des enfants et les défenseurs des droits de l’enfant.

2 Un deuxième exemple est constitué par la création des ”jardins d’éveil”. Est-ce qu’on a entendu des responsables politiques, syndicaux, associatifs, sociaux développer une argumentation convaincante et de fond pour dénoncer cette initiative ... qui considère les enfants de deux à trois ans comme des pré-élèves (génétiquement ou culturellement déterminés ou prédestinés à devenir des élèves à l’école maternelle ? Au nom de qui et au nom de quoi ?), et qui porte en germe la disparition des petites sections de l’école maternelle puis des moyennes et grandes sections ? Laissons les enfants grandir, façonner et révéler leurs différentes particularités, s’épanouir dans toutes leurs dimensions, structurer leurs différentes constructions, épouser la liberté, parler, penser, gribouiller ... sans les enfermer dans l’obsession et le formatage d’une préparation à l’école. Assez de raisonnements simplistes, assénés, dogmatiques et idéologiques : chaque année n’est pas une propédeutiques de l’année suivante.

Ces deux exemples illustrent la volonté du Président de la République et de son gouvernement de réduire les coûts de fonctionnement des structures et institutions publiques : disparition de la défenseur des enfants, passage de la semaine de quatre jours et demi à la semaine de quatre jours, “bourrage de crânes” par les fondamentaux, disparition concomitante d’une partie de la culture qui n’a plus de place à l’école (arts plastiques, musique, biologie, histoire, géographie, main à la pâte) ... remplacement des classes d’école maternelle par des “jardins d’éveil” privés et donc payants par les familles. Je pourrais ajouter : suppression de maternités, suppression progressive des intersecteurs de pédopsychiatrie, tentative de diminuer le congé parental à la suite d’une naissance, volonté “avortée” de réduire les avantages accordés aux mères pour leur retraite ... Dans le même temps, les espaces de liberté et de façonnement de l’esprit critique et de l’humour se réduisent comme des peaux de chagrin. Serait-on revenu à l’enseignement tel qu’il a été dispensé par les Jésuites ?

L’objectif du Président de la République et de son gouvernement est donc de réduire les dépenses publiques. Les enfants sont particulièrement frappés par leurs mesures. Cependant, il y a aussi une dimension idéologique : les mesures sont particulièrement dommageables pour les enfants dont la famille cumule les difficultés personnelles, morales, sociales, culturelles et “ethniques”. Elles affectent ou affecteront de façon marginale, ou pas du tout, les enfants des ministres, parlementaires, universitaires, “capitaines d’industrie” ... qui peuvent échapper aux destructions et déstabilisations, ou être mis à l’abri.

Le malheur est que les contre-pouvoirs, les mouvements et organismes les plus généreux, les esprits les plus éclairés, les élites intellectuelles ... ne peuvent pas, ne savent pas ou ne veulent pas ouvrir les yeux sur des questions qu’ils considèrent comme secondaires, voire anecdotiques : le bien-être et la voix de l’enfant sont sous contrôle et ne comptent pas au plan électoral ni au plan social, par rapport aux monstres claniques, politiques, économiques et financiers qui nous gouvernent. (...)

Plus d'infos : http://www.defenseurdesenfants.fr/deExplain.php

http://www.petition-defenseurdesenfants.com/

http://fontenay-diversite.over-blog.com/article-36198672.html

http://actu.orange.fr/articles/france/Defenseur-des-enfants-supprime-vague-de-protestations-dans-le-monde-associatif-et-a-gauche.html

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05 septembre 2009

Charte de la résistance pédagogique

Je vous engage vivement à lire la charte des enseignants résistants (anciens "désobéisseurs") du primaire :

- pour ne plus les considérer comme des "jean foutre", des opposants politiques, des immobilistes, des irresponsables, voire des paresseux ou je ne sais quoi encore,

- pour comprendre les enjeux qui n'ont rien à voir avec la défenses d'acquis catégoriels et qui concernent non seulement l'avenir des enfants mais celui de toute une société,

- pour les soutenir massivement, s'impliquer dans leur combat

http://resistancepedagogique.org/site/articles.php?lng=fr&pg=60

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22 décembre 2008

Il faut tuer le père noël

S’il est bien une période de l’année exécrable, c’est celle-ci ! Et si des vacances sont faites pour que chacun, adultes et enfants, se reposent, retrouvent une intimité, un calme, se refassent une santé à tous points de vue, ce ne sont certainement pas celles-ci ! A part pour les privilégiés qui peuvent s’échapper 15 jours dans leurs chalets.

Je passe sur la période qui précède pour les adultes : les fins d’années à boucler au boulot, quand on en a un, les soucis de fin d’année avec les injonctions des factures, les  courses à faire quand une minute se présente, les bousculades un peu partout,  le casse-tête des sacro-saints cadeaux, la préparation de « la fête », etc. etc. Vous connaissez tous cela et l’arrivée au soir du 24 décembre déjà à ramasser à la petite cuillère.

Bonjour notre disponibilité pour les mômes ! jusqu’à la menace d’un père noël qui ne passerait peut-être pas devenue complètement inopérante. Et il faut aussi gérer la croyance avec les petits.

Je passe sur la fête de noël : entassement de la famille au plus grand complet dans des espaces confinés, excitation entretenue des cadeaux à venir, des cadeaux reçus ou de ceux qu’on n’a pas eu, déballages, chamaillages, sucreries à gogos, engueulades… et coucher à point d’heure, heures passées dans les bagnoles quand on n’y reste pas coincé par les bouchons ou les intempéries.

A peine quelques jours pour s’en remettre ou plutôt s’en soigner, on remet ça avec le jour de l’an !

Si bien qu’à la rentrée, que ce soit au boulot ou à l’école, c’est un cortège d’épuisés qui s’y traîne. Mais qu’importe, on a fait « Noël »… comme tout le monde. Et ces pervers de microbes de la grippe, des rhinos ou autres gastros, à l’affût, se régalent en veux-tu, en voilà.

A l’école, bien avant la date fatidique, les cadeaux empoisonnent les cours et les têtes : « qu’est-ce que tu as commandé ? qu’est-ce que tu vas avoir ? » et à la rentrée, « qu’est-ce que tu as eu ? », quand ce ne sont pas les maîtresses ou maîtres qui en font le premier entretien. Comme si le fameux « père noël » attrape nigaud, croyance indispensable pour nos éminents psy, avait une once de justice pernoëlesque ! Pourquoi il y en aurait qui auraient tout et d’autre pas grand chose ou rien ? Oui, bien sûr, il faut penser à « tous les petits enfants qui n’ont rien » mais Noël c’est paraît-il universel. Comme Dieu ! Si tu as eu la super console dernier cri, la panoplie d’un héros débile, c’est probablement que tu l’as mérité (quoique la liaison mérite/cadeau ne semble plus être à l’ordre du jour de la morale). Cela peut même être pris comme une preuve d’amour (l’amour suivant le niveau du porte-monnaie). Ton petit voisin, le petit africain, qui n’ont eu que l’écorce d’une orange ou n’ont pas eu le bout de pain que leur ventre réclamait n’ont sûrement eu aussi que ce qu’ils méritaient. Les présidents du monde entier veulent bien faire le père noël pour les mômes de leurs palais (devant la télé bien sûr), mais pas plus. Ils ont bien assez de cadeaux à faire aux banquiers.

Noël, fête chrétienne, fête de l’injustice et de l’égoïsme avec un bonhomme barbu en symbole.

Et que dire des fêtes de noël et autres « arbres de noël » institués à l’école ? A la pression de fin d’année, des évaluations, de la fatigue, on rajoute la pression et l’excitation d’une fête et de sa préparation. Qu’il faudra aussi que chaque famille inclut dans son programme déjà surchargé. Pour qui ? pour que les parents applaudissent béatement quelques niaiseries ? Pour que les enfants dont on sait qu’ils n’auront rien, aient la même bricole que tous ceux qui n’en ont rien à faire vu qu’ils savent que, le leur de père noël, va leur apporte bien autre chose que des bricoles ? Pour que les municipalités aient bonne conscience en dépensant quelques euros à cette occasion pour faire oublier qu’elles n’en ont pas grand chose à cirer des enfants mal logés, mal nourris, avec la rue comme seul terrain de jeu ? Ou pour faire oublier que certains seront ramassés par la police avec leurs parents sans papiers ?

Et en exhibant sur les scènes, dans la rue, dans les magasins des guignols standardisés en robe rouge dont même des enfants peuvent lire dans les yeux, qu’eux aussi ont faim.

Jusqu’à cette panoplie qui est grotesque, à l’opposition de ce que pourrait produire un imaginaire dont, lui, les enfants du monde entier ont besoin. Noël, la standardisation d’un imaginaire qui finit même par ne plus être vendable ! Une mystification dont le seul intérêt pour les enfants serait la découverte qu’on les a mystifiés grossièrement.

Noël est bien une mascarade institutionnalisée. Pour quel bénéfice ? de la consommation ? Cela c’est curieux : je suis d’un monde où mon père m’a appris que si je dépense un sou pour ceci, je ne l’ai plus pour cela. Ce qui passe en cadeaux d’hypermarché ne passe pas ailleurs, c’est tout. Pour le plaisir de faire des cadeaux ? leur caractère quasi obligatoire leur enlève toute l’essence même de ce que peut être un cadeau. Pour développer quoi ? quelle solidarité ? quelle attention aux autres ?

Supprimons  l’institutionnalisation de Noël et de son père ! Si les catholiques veulent le fêter, je le comprends, c’est leur affaire comme le ramadan pour les musulmans. Si les familles ont besoin de ce rituel, c’est leur affaire, et elles en ont plein d’autres. Les écoles, les classes ont aussi besoin de vrais rituels, mais qui leur soient propres. Les rituels obligatoires sont la mort des rituels. C’est peut-être ce que l’on peut le plus reprocher au père Noël, il s’est tué lui-même ! Il a tué ce qui a été, dans le fond des temps, la manifestation collective des jours qui allaient à nouveau s’agrandir, qui marquait la nécessaire solidarité hivernale. La fête de l’arbre et du feu dont on avait besoin. Une fête de la chaleur. Un vrai rituel !

Et on y gagnera une trêve hivernale sereine !

PS : Je viens de me fendre de l’achat d’une console de jeux (« tous mes cousins en ont ! ») ! et oui ! je me répétais pourtant bien mes beaux discours ! j’ai lâchement acheté… la paix ! Le vieux barbu à de beaux jours devant lui ! Ses commanditaires aussi !

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19 décembre 2008

Un ministre de l'Education... brésilien !

Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis. J’ignore ce que fait ce ministre quant à l’éducation dans son pays,  Mais, au moins au niveau de l’élévation de la pensée, on rêve que tous les ministres de l’éducation soient de ce niveau ! En plus, il ne s’agit pas d’un discours préparé par une plume de service. Cette mondialisation, je prends !

A faire suivre... Car la  presse nord-américaine a refusé de publier ce texte.

Rectification après vérification : ce textea été publié aux États-Unis, dans le New York Times du 2 novembre 2003, et qu’il a été publié à l’origine dans O Globo (journal brésilien) du 10 octobre 2000. Le sénateur Cristovam Buarque est depuis devenu Ministre de Lula, puis a été remplacé à ce poste. Son site, en brésilien : http://www.cristovam.com.br , il se trouve également sur le site du ministère de l'éducation brésilein : http://www.educacao.gov.br/acs/pdf/a160203.pdf. Même s'il n'est pas récent, cela n'enlève en rien à sa valeur et à son actualité.

Internationalisation

Discours du ministre brésilien de l'Éducation aux États-unis.

Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de l'Éducation Cristovam BUARQUE, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.                                                                 

Voici la réponse de M. Cristovam BUARQUE.                             

« En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre  l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre

En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous  devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de  l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.      

De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi  grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon  plaisir de la spéculation.                                                

Avant l'Amazonie, j'aimerais assister à l'internationalisation de tous  les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de  l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela  n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.                       

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent   le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit  internationalisé.                                                          

Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son  histoire du monde devraient appartenir au monde entier

Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du  risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis, ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.    

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d'un  effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où  qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde  entier. Davantage encore que l'Amazonie.                                  


Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les  laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne  les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre
.                   

En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous ! »

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17 décembre 2008

Pédagogie et communication

La réforme des lycée est repoussée : elle n’a pas été comprise ! Le ministre a manqué de… pédagogie. On dit aussi qu’il a « mal communiqué ».

C’est ce qui nous est seriné chaque fois qu’une mesure a quelque mal à être acceptée  C’est ce que l’on a dit lorsque qu’au lieu de voter oui une majorité a dit non ! D’ailleurs, comme c’était trop difficile à faire comprendre « leur bien » à une masse d’ignares, le coup suivant on s’est bien gardé de leur demander à nouveau leur avis. Il a fallu beaucoup de « pédagogie » et de « communication » pour faire passer la pilule des retraites, les milliards perdus comme les milliards donnés à cause d’une crise, etc.

Il ne vient à  l’idée de personne et encore moins à nos médias, supports de pédagogie et de communication, qu’un refus puisse être dû au fait que les récalcitrants aient justement… bien compris. Pédagogie et communication  doivent permettre de faire comprendre ce que l’on doit comprendre. Curieux glissement sémantique que nos linguistes patentés se gardent bien de relever. Pédagogie et communication sont devenus les synonymes de manipulation. Un bon pédagogue et un bon communicant doivent faire accepter ce que l’on décide qui doit être accepté ou cru. Ma lessive lave plus blanc que blanc, elle doit donc être achetée. Votre pouvoir d’achat a diminué ? illusion : achetez, achetez même des bagnoles, pour sauver l’économie (l'économie, c'est nos banques, la bourse) ! C’est cela la pédagogie !

Notre ministre de l’éducation aurait pu se pencher sur les nombreuses définitions de la pédagogie. En voilà une parmi d’autres : Science de l'éducation des jeunes, qui étudie les problèmes concernant le développement complet (physique, intellectuel, moral, spirituel) de l'enfant et de l'adolescent. Autrement dit, un jeune lycéen bien développé intellectuellement capable d’appréhender diverses informations fussent-elles contradictoires et d’en tirer son propre jugement, d’en décider son propre comportement, ses propres décisions. Capable de réfléchir. Il faut croire qu’on les considère comme bien incapables d’une telle opération intellectuelle puisque l’on s’est bien gardé d’en discuter avec eux et qu’on se donne un an de plus de « pédagogie » pour qu’ils ne redescendent plus dans la rue et prennent pour argent comptant ce qu’on leur fera alors avaler facilement.

Il faut réformer et, bien sûr, il n’y a qu’une réforme possible, la nôtre, puisqu’on vous le dit. Et on va vous le redire, encore mille fois, pédagogiquement, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus penser autrement. Si la pédagogie est une science, la manipulation aussi et c’est une science bien éprouvée dont les théories et les méthodes abondent depuis la cybernétique.

On comprend beaucoup mieux ce qui motive le mouvement des anti-pédagogues qui  a pignon sur rue auprès du ministère et des médias ! Le « développement intellectuel » des enfants et des ados ? Pouah ! Suffit qu’ils écoutent sagement et répètent ce qu’on juge utile qu’ils doivent répéter. C’est bien ce à quoi a été réduite la pédagogie !

Quant à la communication, elle est devenue un simple pouvoir de ceux qui détiennent un pouvoir. Celui de distiller massivement et unilatéralement UNE information. On est bien loin de la définition où la communication est prise dans son sens interactif de transmission d’informationS : Il n’y a communication que lorsque l’échange d’informations entre deux systèmes influence l’état des deux systèmes disent les systémiciens. Pour sûr, dans ce qu’est devenue la communication, l’état du système émetteur, en l’occurrence notre ministre ou notre président, ne risque pas d’être modifié par d’autres informations que les leurs ou celles qu’ils pourraient recevoir en retour.

Et oui, nos philosophes, nos intellectuels pourvoyeurs de leçons, ont omis qu’il ne pouvait y avoir de vraie démocratie sans vraie pédagogie pour les jeunes sensés devenir des citoyens démocrates, et sans vraie communication qui fonde toutes les décisions collectives.

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09 décembre 2008

Désobéissance des enseignants

Désobéissance ! Pour que des enseignants, en masse, osent se prévaloir ouvertement de ce terme, il faut que « les chefs » ou « le chef » soient allés bien loin. J’ai beaucoup d’estime pour leur courage et les risques qu’ils encourent ainsi. On ne peut qu’être à leurs côtés, les soutenir et les accompagner nous aussi dans la désobéissance civile.

Désobéissance civile. Des poilus des deux camps ont été fusillés pour cela. Même a posteriori, bientôt un siècle après, on n’ose encore lever clairement l’opprobre que l’on a fait peser sur eux. On ne s’étonne toujours pas que leur résistance humaine à un carnage débile n’ait pas été suivie par la totalité de ceux envoyés à la boucherie des deux côtés des frontières, par la totalité de celles qui allaient les perdre. De même qu’on ne s’étonne toujours pas, y compris nos donneurs de leçon philosophiques et morales, que des milliers d’êtres humains en aient carbonisé des milliers d’autres, enfants compris, par simple obéissance. Qu’auraient pesé les revolvers des officiers face à la levée des humains refusant l’inhumanité ? Dans ce mystère, on ne peut que se poser la question de notre humanité qui se dédouane de temps en temps par quelques actes de charité qui donnent bonne conscience. Quelques tentes pour des SDF, des restos du cœur,… et on continue sans vergogne dans l’inhumanité, jusqu’à ce que l’on soit à son tour du mauvais côté où on la subit.

Mais je voudrais revenir sur la désobéissance enseignante, moins saignante. Bravo pour aujourd’hui. Bravo pour la résistance à une fausse réforme absurde et porteuse de dégâts qu’il faudra du temps pour réparer si cela devient possible un jour. Mais elle me pose quand même quelques questions.

- il y a bien longtemps que les enseignants désobéissent massivement et sans le claironner aux réformes ! j’ai déjà fait remarquer, dans de précédents billets ou textes, que les réformes progressistes, comme celle des cycles, par exemple, n’avaient jamais vraiment été mises en application. Il est vrai que l’État et ses contremaîtres n’ont pas vraiment cherché à se faire obéir ni à mettre en œuvre ce qui aurait rendu les réformes possibles ! et ce sont d’ailleurs les mêmes contremaîtres, qui fermaient gentiment les yeux auparavant, qui deviennent brutalement zélés et brandissent les revolvers au moindre écart.

Dans le même ordre d’idées, l’interdiction des devoirs à l’école primaire depuis un demi-siècle n’empêche pas bon nombre d’enseignants d’en donner, en toute impunité, voire avec l’approbation passive de l’opinion.

- On parle beaucoup moins d’une minorité d’enseignants qui, depuis bien longtemps, prennent les risques de faire autrement, sans tapage … autrement que ce qui était dans la logique et les croyances que la réforme d’aujourd’hui ne fait que pousser à l’absurde.

- On ne s’étonne pas que les chantres qui prônaient médiatiquement la désobéissance il y a quelques mois (Brighelli, Boutonnet, Le Bris…), qui faisaient croire à leur absence de « liberté pédagogique », soient les éminences grises d’aujourd’hui qui poussent à la mise au pas sans murmures.

Ce qui me chagrine, c’est que l’on ne sache pas vraiment pourquoi on résiste. Simplement parce que la logique, qui n’a pas fondamentalement changée et qu’apparemment personne ne veut véritablement changer, poussée à l’extrême, apparaît enfin comme insupportable ? La rendre plus supportable dans l’urgence, bien sûr. Mais est-ce que les poilus qui ont fraternisé d’une tranchée à l’autre et se sont retrouvés devant un peloton pour ça, demandaient seulement un peu moins d’attaques aveugles et un peu plus de pinard pour les supporter ?

C’est cette incapacité à concevoir, à proposer une autre approche de l’école, d’autres pratiques, une autre logique pour un système éducatif, une autre finalité, un autre regard sur l’enfant et l’adolescent, qui rend la désobéissance, la résistance quelque peu amères, même si elles sont existentielles.

C’est peut-être la même absence de perspectives sociétales qui rend stérile les partis politiques et font même hésiter les résistances sociales. On ne se bat plus que pour essayer d’éviter ou de retarder le pire, qui, lui, est bien visible. On se débat comme les mouches dans un bocal. Et on refuse de voir le bocal. On refuse de prêter attention  aux ouvertures pourtant déjà proposées et même expérimentées. On peut  désobéir, mais pas plus.

Et je finirai ce billet en me demandant comment un certain nombre d’enseignants désobéissants traitent la désobéissance dans leurs classes. Les logiques peuvent se mordre la queue !

Désobéissons, résistons quand même, mais osons enfin nous pencher au plus vite sur d'autres perspectives. Et rendons-les effectives pour sortir du cercle vicieux dans lequel on sr'enferme nous-mêmes. Des Langevin Vallon ont bien déjà montré une route dans laquelle personne n'a voulu s'engager. Dommage, il n'y aurait peut-être plus lieu de désobéir.

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20 novembre 2008

Grève des enseignants de l'Education nationale

L’ancien enseignant et le parent que je suis ne peuvent être autrement qu’aux côtés des grévistes. Et pourtant, comme à chacune des grèves dans l’Education nationale, la désagréable impression que, gagnées ou perdues, le système éducatif, lui, n’a rien gagné parce qu’il n’a pas bougé.

Le grand reproche qui pouvait être fait à Xavier Darcos, c’est que sa soi disant réforme, non seulement n’en était pas une, mais qu’elle ne faisait qu’accentuer la structure et la conception d’un système éducatif dont on commence à reconnaître son inefficience. Une vraie contre-réforme. En ce sens d’ailleurs, la suppression des RASED est une véritable stupidité puisque c’était le seul instrument qui restait pour pallier, même d’une façon infime, aux dégâts provoqués et constatés par la machine éducative qu’il consolide et verrouille par ailleurs. Cela a d’ailleurs bien été pris de cette façon, cette fois par la majorité enseignants et parents.

Dans la conception actuelle de l’école, il est bien évident que supprimer un certain nombre de moyens, vouloir tasser dans un laps de temps raccourci un programme alourdi, y faire réparer, en surplus et par les mêmes, les difficultés qu’ils n’ont pu solutionner dans l’activité ordinaire (soutien scolaire), c’est aller encore plus vite droit dans le mur.

Mais, finalement, en protestant à juste titre contre ces décisions, les grévistes vont dans le même sens. C’est là le paradoxe. Bien sûr qu’il faudrait au contraire se réjouir de la suppression des RASED… à condition que le système éducatif, ses orientations, les pédagogies, les pratiques, fassent que l’école s’adapte aux différences, aux rythmes, aux processus d’apprentissages, de chaque enfant, et non l’inverse.

C’est toute la conception de l’école qui est à ré-envisager. De fond en comble. Contrairement à la crise financière où peut de sonnettes ont été tirées longtemps à l’avance, peu de propositions alternatives ont été émises, il y a plus d’un siècle qu’en matière d’éducation de multiples analyses ont été faites, des alternatives non seulement proposées mais expérimentées, des plans établis (Langevin Wallon par exemple), les sonnettes d’alarme tirées et retirées. En pure perte.

Ni les politiques (1), ni les enseignants, ni les parents, ni les intellectuels éminences grises, n’osent, ne veulent remettre en question le système le plus figé qui soit. Comme les mouches dans un bocal qui se fracassent à l’infini sur les parois de verre. Ces dernières ont au moins l’excuse de ne pouvoir briser le bocal.

Beaucoup de mes copains ont fait grève, manifesté… pour finalement maintenir le système qui convient à tout le monde, et dont tout le monde souffre, les enfants en premier. Mais, dans l’urgence, que pouvaient-ils faire d’autre ?

Faire grève et manifester pour… la même école, c’est ce qui se renouvelle à chacune. La boucle est infinie. Réclamer des bouts de sparadrap ou des emplâtres, empêcher qu’on ôte des béquilles, la protestation, orientée de cette façon, ne peut aboutir qu’à cela.

C’est le système et aussi ce qu’il vise dans ses finalités qui doit faire l’objet de manifestations, de résistances. Il y a pourtant du monde qui peut le comprendre, qui l’a compris : les mouvements pédagogiques, un nombre de plus en plus important de parents, beaucoup de citoyens. Ce qui est nécessaire pour étayer la construction d’une nouvelle école ne manque pas non plus. C’est celle-ci qu’il va falloir, urgemment, mettre en avant des luttes. Pourquoi fait-elle encore peur ?

Et question que je me pose : est-ce que j'ai envie de sauver l'école publique, telle qu'elle est ? non ! Mais est-ce que j'ai envie qu'elle disparaisse ? diantre non !

« Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant », 2004, éditions Odilon. Extraits

(1) je ferais une petite exception pour les tentatives des Edgar Faure ou autres Jospin, restée vaines surtout parce qu’elles n’ont pas été appliquées ou qu’ils n’ont pas modifié le système pour pouvoir les appliquer.

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08 novembre 2008

L'évaluation à 400 €

La maladie évaluative dont j’ai déjà parlé à deux reprises (ici, et ) prend des proportions pour le moins étonnantes :

Xavier Darcos dans le Monde daté du 7 Novembre « Par exemple, puisque nous mettons en place de nouvelles évaluations des élèves de l'école primaire, tous les professeurs de CE1 et de CM2 chargés de ces évaluations en février 2009 percevront une prime exceptionnelle de 400 euros ».

Il faut avouer qu’il y a de quoi s’interroger ! Voilà que les instituteurs, qui n’ont aucune indemnité pour les heures qu’ils ont à effectuer hors des horaires scolaires comme recevoir les parents, participer aux conseils d’écoles, organiser et accompagner des voyages scolaires, etc. considérées comme faisant partie de leur mission, vont être indemnisés (ou récompensés ?!) pour réaliser, dans le temps scolaire ordinaire, l’évaluation de leurs élèves ! Seulement ceux de CE1 et CM2. On pourrait croire que les autres et leurs élèves sont alors enfin débarrassés de cette plaie et que l’on récompense alors une vraie corvée, enfin considérée comme une corvée ! Et que l’on commence à douter de l’enthousiasme des enseignants et de leur croyance en l’utilité de ce « machin » sans lequel il n’y avait point de salut, ni pour les enfants, ni pour les profs !

Il ne faut pas rêver, l’évaluationite est une maladie génétique du système éducatif français. Mais, on nous disait à partir de 1989 (loi d’orientation Jospin) que son rôle était de mieux cerner où chaque enfant ou ado en était de façon à pouvoir ajuster la pédagogie à chacun. Evaluation formative mais pas du tout normative, disait-on. Si elles étaient devenues nationales, c’était, évidemment bien sûr, juste pour que globalement le système éducatif puisse lui aussi s’ajuster, rectifier le tir. En étalant sur des cycles de 3 ans ce qu’il fallait faire ingurgiter, ladite évaluation devait permettre de mieux accompagner chacun à son rythme. Honni soit qui mal y pense ! Ceux qui pensent mal ont bien vu qu’entre les intentions et la réalité il y avait un océan… immobile. Mais bon….

Cette fois, pas de poudre aux yeux, et il faut rendre à César ce qui appartient à César, notre cher gouvernement avance à visage découvert et fait ce qu’il a dit qu’il ferait. Mais ce qui est étonnant, c’est que, alors qu’il se réclame du libéralisme, il institue un système éducatif étatique que même les régimes communistes auraient pu lui envier ! Pour dépenser 400 € par enseignants de CE1 et CM2 (quelques dizaines de millions), alors que les caisses sont vides (vous devez être au courant !), il faut que l’enjeu soit diablement important, comme celui de sauver les banques.

- Ce qui est mis en place au fur et à mesure des réformes, c’est l’accentuation de la machine industrielle tayloriste qu’est le système éducatif. Que dans chaque maillon du collège, le contingent d’élèves soit parfaitement uniforme et conforme. Cela a été réclamé à cris d'effroi médiatiques par les OS enseignants des SOS de tous poils, promus depuis en contremaîtres ministériels. Pour ce faire, standardisation des opérations à effectuer dans chaque maillon : « faites ce que vous voulez… mais faites B A BA ». Et cette fois, il s’agit que le filtre de contrôle qui vérifie la conformité des pièces soit bien mis en place, simultanément et sans failles. Collèges et lycées pourront redevenir ce qu’ils étaient il y a un ou deux siècles… et tout va baigner. Qu’est-ce qu’on faire de ceux que l’évaluation va rejeter ? Ah ! oui ! les ateliers de réparation appelés « soutien » ! ou ceux plus chics qui permettent le développement de nouvelles entreprises, juteuses au moins, elles. Si nous avions un industriel comme ministre de l’EN, un habitué de la productivité, il s’en étoufferait. Ce d’autant qu’on ne peut pas délocaliser ! encore que, on délocalise bien les mômes à tour de bras et sans états d’âme !

- Et la concurrence ! Ah ! cette fois nous sommes bien dans le credo libéral. Concurrence du marché et usage de la communication médiatique pour booster le marché. Le cours de la bourse… de l’éducation. On voit très bien en ce moment les effets… du marché ! Poussons l’inconscience en admettant les lois du marché. Il faut bien avoir des éléments pour « coter » les établissement où investir… son môme. Comme pour les traders, ça ne marche qu’avec des chiffres ! Il faut fournir des chiffres au marché. Cela a déjà commencé depuis quelques temps avec la bourse des lycées, cotés suivant le nombre de réussites au bac. Aujourd’hui c’est avec le nombre de médailles ! Il était temps que l’on puisse publier des chiffres concernant l’école primaire qui n’a même plus de certificat d’études à mettre sous la dent des éduca-traders.

Evidemment qu’avec cela le marché éducatif va retrouver le sourire. Les lois de la concurrence libérale vont naturellement s’appliquer : pas de résultats (ceux donnés par la bourse éducatives qu’il faut prendre comme argent comptant comme ceux de l’autre bourse) ? tu  disparais faute de clientèle. Alors, comment on fait ce type de résultats ? Exactement comme dans l’autre bourse : tu pressure au maximum tes employés (pardon, tes élèves), tu trafiques les résultats qui vont être communiqués à tes actionnaires (pardon, aux parents), tu élimines tout ce qui risque de faire baisser tes résultats ou tu ne recrutes que le must du panier, tu ne fais plus que ce qui va pouvoir rentrer dans les chiffres (bachotage...),… tu vas dans le privé où là, au moins, on ne travaille qu’avec ce qui rapporte, en chiffre et en fric et qui fait grimper la cote. Tu pourrais peut-être revoir complètement ta façon de travailler et innover, puisque l’innovation, le marché aime ça. Pas du tout ! dans le service public éducatif on n’innove pas : tout le monde pareil, B A BA !

Au fait, les 400 €, pourquoi ? serait-ce parce que poussant la logique de l’absurde à ce point, on craint que même les plus aveugles se rebiffent et ne jouent pas le jeu ? Quand, dans l’économie de marché, attribue-t-on des primes  à des employés ?

Quelle chance nous avons d’être dans un monde civilisé.

PS : Je mettrais en ligne, d’ici quelques jours un extrait, plus sérieux, sur l’évaluation, extrait du « taylorisme scolaire à un système éducatif vivant » (éditions Odilon).

Re PS : je viens de m'apercevoir que Goggle rajoutait parfois des adresses publicitaires en fin de billets. C'est évidemment à mon insu et je ne cautionne ni les adresses, ni cette manière d'agir.

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07 novembre 2008

La vocation de l'école

"L'école n'a pas vocation à accueillir les enfants de 2 ans. Elle doit être une école à part entière". (Rapport Papin-Martin du Sénat).

Bravo ! le problème, c’est que l’école n’a pas vocation à accueillir des enfants ! et même des ados. C’est ce qui ne cesse d’ailleurs d’être dit depuis quelques années à longueur de déclarations, instructions, décrets, réformes. L’école est ouvertement faite pour accueillir des objets à remplir, façonner, modéliser. Elle n’a pas affaire à des enfants mais à des élèves.

Il est dit et répété : l’école maternelle « doit préparer » à l’école primaire ; ça va être sérieux, ce ne sera plus de la rigolade, faudra « travailler ». L’école primaire « doit préparer » au collège ; ça va être encore moins drôle, faudra encore plus bosser, même après avoir quitté les lieux il faudra t’échiner encore sur des devoirs tard dans la soirée, tu auras encore moins de temps de t’amuser, il faudra te plier aux desideratas variant suivant les profs, etc. . Le  collège doit « préparer au lycée ». Là, cela foire un peu parce que, au lycée, il faudrait justement que ces « ados-objets » soient un peu des ados-autonomes (juste un peu !) et on voudrait, pour que ça marche, qu’ils adhèrent cette fois à ce qu’on veut leur faire faire. Mais bon, c’est la faute à Voltaire ou à Rousseau !

Et ces cases successives, c’est pour préparer à quoi ? allez, voius avez sûrement des réponses ! Parce que, bizarrement, à cette dernière question, à cette dernière « préparation », on ne nous donne pas la réponse. Mais je me demande toujours si nos chers penseurs-décideurs se la sont vraiment posée… ou s’ils n’osent pas la donner. C’est vrai qu’eux au moins ont été « bien préparés » !

Alors nous sommes partis pour que des jardins d’enfants « préparent » à l’école. Je suppose qu’on ne va pas tarder à arriver à attaquer cette préparation dès la maternité ! Parents, savez-vous que cela fait déjà bien longtemps que vous ne procréez pas des enfants mais des élèves ? (qui c’est qui a dit « des chômeurs » ?  !)

Heureusement que nous sommes dans une belle civilisation.

PS : Avez-vous remarqué que depuis quelques temps une préoccupation a complètement disparue : celle de « préparez votre retraite ». Vous trouvez cela bizarre ? Mais je reçois toujours des prospectus pour « préparer mon décès » ! non mais !

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09 octobre 2008

,eRésistance

J'ai déjà signalé les mesures de rétorsions engagées par les inspections académiques à l'encontre des directeurs d'école qui refusent d'inscrire leurs élèves dans le fichier base élèves alors que, contrairement à ce que demande la CNIL, les parents ne sont même pas informés de l'utilisation qui en sera faite ainsi que des modalités légales de consultation.

Ces comportements de l'administration se multiplient. Ainsi, à Marville (Finistère) le Maire et les parents d'élèves se battent depuis la rentrée pour éviter le démantèlement de leur école et n'arrivent même pas à obtenir... un dialogue. D'où les actions classiques. L'administration a alors demandé aux enseignants de l'école de porter plainte, puis, devant leur refus, les a obligé à signer une demande d'assistance juridique... pour poreter plainte elle-même ! et convocation des parents, du maire... à la gendarmerie. Le déroulement de cette lutte ici.

J'ai mis en ligne sur mon site un extrait de "Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant" (éditions Odilon) concernant le problème de la taille des établissements scolaires. En 2008, il est toujours d'actualité. A lire ici.

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