L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

30 octobre 2006

La carte scolaire encore ! un bouclier !

Lorsque j’entends que la carte scolaire n’est plus l’outil qui permettait la mixité sociale ,il y a de quoi, être abasourdi : la carte scolaire n’a jamais eu, à aucun moment, cet, objectif annoncé a  posteriori ! La carte scolaire n’a jamais été autre chose qu’un outil pour calculer au plus juste les moyens à mettre en œuvre par rapport à une population scolaire supposée être fixe. Un simple outil de calcul prospectif financier ! Que les mondes enseignants ou politiques se mettent tout d’un coup à lui accorder des vertus quasi humanistes qui auraient justifié son instauration est à mourir de rire. Et que « l’opinion publique » le croit naïvement est à mourir de tristesse.

Qu’est-ce qui justifie l’envie de changer d’établissement ? uniquement la qualité sociale des élèves (donc de leurs parents) qui le fréquentent. Rien d’autre ! Tout le monde sait, en particulier en milieu rural, qu’une part importante du succès de l’école catholique c’est qu’elle permettait, dans les villages, un partage social de la population.

Les effets induits sur les résultats scolaires ne sont d’ailleurs rien d’autre que celui de l’usage de la langue : dans ces établissements « choisis », on y parle beaucoup mieux le français ! la pédagogie n’y est même pas meilleure, c’est la même ! Quand l’essentiel de la scolarité constitue à utiliser deux langages, l’oral puis l’écrit français, il vaut mieux que les enfants et ados baignent, également le temps de l’école, dans ces langages : ils gagnent du temps ! du temps sur les autres puisqu’il semble maintenant qu’il n’existe plus d’autre logique que celle « du marché », le principal marché et la principale marchandise étant l’humain et la seule valeur la « concurrence ».

La violence ? curieux cet étonnement face aux violences provoquées quand toute la logique de la concurrence, du « marché » est justement fondée sur la violence ! Bien sûr on préférerait que chacun se cantonne dans la violence codifiée qui donne d’avance toutes les chances à une seule catégorie (celle qui dicte les codes) mais qui tue tout autant, même aux sommets. Mais la violence dans les établissements scolaires est toujours proportionnelle aux taux d’échecs de ces établissements, c’est à dire aux résultats du « marché scolaire ». Mettez n’importe quel groupe d’enfants ou d’ados, dans des établissements à taille humaine et fonctionnant sur une autre logique et avec une autre approche éducative qui n’est plus fondée sur « l’économie de marché » des savoirs, et la violence disparaît. Cela a été mille fois prouvé. De tous temps l’économie de marché a incité les hommes à s’entretuer, jusqu’aux religions qui n’en sont qu’une déclinaison ou la dissimulation. Que cela se passe dans les églises ou en leur nom, ou dans les écoles, c’est le même phénomène.

Alors, pourquoi, lorsque l’on constate qu’il y a au moins deux façons complètement différentes d’aborder l’école et qu’on en tire la conséquence qu’il faudrait donner la possibilité de choisir, cela donne des poussées de boutons à tout le monde ?

Au niveau de la population parentale qui est convaincue que suivant le cursus scolaire de ses enfants, telle sera son futur cursus social, choisir devient dangereux dans le cas où l’on se trompe, et, peu importe si c’est la bonne ou la mauvaise approche, pourvu que tout le monde soit logé à la même enseigne. C’est la très curieuse conséquence du principe sacro-saint de la concurrence ! D’ailleurs, quand on voit les macrofusions d’entreprises qui suivent immédiatement toute privatisation, il faut vraiment être innocent et aveugle pour croire les grands prêtres du marché affirmer sans rire qu’ainsi le consommateur va être bénéficiaire d’une « libre concurrence » ! Depuis le temps que cela dure, nous sommes vraiment innocents et aveugles !

Au niveau des enseignants, permettre le choix c’est d’abord les obliger, eux, à choisir dans quelle approche ils peuvent se situer et pourquoi. C’est les obliger à argumenter, à discuter de leurs pratiques. Ce qui ne devrait être qu’un acte professionnel. Or, en dehors de l’infime minorité qui, elle, est bien obligée d’argumenter puisqu’elle n’est pas tout à fait dans le traditionnel, aucun enseignant n’explique jamais le pourquoi-comment. Ce qu’ils font, à la rigueur, c’est d’informer sur leurs « instructions »… comme des fonctionnaires.

Et bien sûr, s’il y a choix, cela semble vouloir dire qu’il y a concurrence. La concurrence qui nuit à la nécessaire tranquillité d’esprit pour éduquer. Or j’en sais quelque chose de cette « concurrence » : comme beaucoup de mes anciens collègues ruraux, j’ai été confronté pendant une quinzaine d’années à « l’école libre » d’un village. C’est tout au moins comme cela que c’était présenté par tous les instits du « public ». La guerre laïque. Jusqu’au jour où j’ai décidé que cette concurrence ne me concernait en rien : j’étais chargé d’un travail, voire d’une mission, dont j’avais à rendre compte aux « usagers » qui me confiaient leurs enfants… et je n’avais pas à me préoccuper des autres qui n'étaient pas mon problème. A partir de cet instant, les parents se sont bien trouvés à avoir à "choisir" et non plus à "prendre parti". Le choix était d’ailleurs d’autant plus clair que je pratiquais déjà une pédagogie très marquée de type Freinet. Et c’est dans la sérénité la plus parfaite que… l’école privée a disparu ! Mais il est vrai que la donne avait changé : l’enseignant que j’étais avait à mettre en œuvre et à faire évoluer ou rectifier des stratégies dans lesquelles les parents étaient partie prenante.

Parce que dans cette histoire de choix, de concurrence, les seuls à ne courir aucun risque sont les enseignants, protégés par leur statut de fonctionnaire. J’ai pu dire tranquillement aux parents, au maire de ma classe unique « Si les stratégies mises en œuvre échouent, si je ne réussis pas, j’en tirerai les conséquences et je m’en irai »… ce qui était facile puisque, ce faisant, je ne perdais ni mon salaire, ni mon emploi, et, par les temps qui courent, quel privilège. Mais aussi quelles immense possibilités cela donne à une profession qui pourrait au moins assumer complètement ses actions. Le paradoxe est là : des fonctionnaires qui ne risquent strictement rien en ce qui concerne leur emploi mais qui n’assument et n'ont à assumer aucune conséquence de leurs actions ! Ni individuellement, encore moins collectivement (au niveau de chaque établissement). C’est bien beau de réclamer la liberté pédagogique, à condition que cet immense pouvoir (sur la vie futur d’individus) soit modulé par celles et ceux sur lesquels il s’exerce : les enfants, ados et parents. Je croyais naïvement que c'était un des principes de toute démocratie.

La carte scolaire qui interdit surtout les choix citoyens, c’est d’abord un bouclier hermétique pour les enseignants, leur administration… et l’État. Je comprends que remettre en cause ce carcan carcéral provoque une telle levée de boucliers, et le terme est bien employé !

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26 octobre 2006

Choisir son école, choisir la pédagogie, interdit aux parents

La question de la carte scolaire revient de façon récurrente en ces temps de campagne électorale. Et pourtant on tourne autour du pot en évitant soigneusement d’y tomber. Ce n’est pas la carte qui est en question, c’est le droit au choix..

Le choix de quoi ? Le choix d’une école où il n’y aurait que des riches ? que des blancs ? que des « intelligents » ? que des très obéissants ? plus de moyens ?… allons donc ! le seul choix sensé qui soit possible c’est entre deux types d’écoles radicalement différents. Ce sont ces deux possibilités que tout le monde, enseignants, comme parents, comme politiques évitent soigneusement. Paradoxalement au même moment où l’on s’étripe par médias et ministres complices pour proclamer que telle méthode (celle que l’on défend bien sûr) est bien meilleure que telle autre. Au même moment où la « liberté pédagogique » est intouchable au prétexte que, justement, on ne sait pas quelle est « la méthode » qui pourrait être universelle. Ce qui n’est qu’un aveu de l’incertitude absolue dans laquelle se trouve le monde enseignant quant aux façons de conduire ou favoriser des processus d’apprentissage dont on ignore encore quasi tout.

Dans le même temps, il n’est pas un responsable de l’éducation qui puisse ignorer qu’il existe, depuis plus d’un siècle, d’autres approches de l’école qui ont fait la preuve de leur efficience et qui inspirent d’ailleurs des système éducatif comme le Finlandais placé au hit parade de la réussite éducative. C’est le mouvement qui a débuté avec des Sébastien Faure (l’école de « La ruche »… malheureusement Sébastien faisait partie de la mouvance anarchiste), des Janus Korkszak (orphelinats « Dom Sierot » créée en 1912 et « Nasz Dom » ; en 1919… malheureusement Janus était Juif ), des Montessori (« Casa dei bambini »…malheureusement Maria n’était que la première femme médecin italienne), AS Neil (« Summerhill »… malheureusement Alexsander n’était qu’un psy), Célestin Freinet (« école de Vence » et des milliers d’enseignants en un siècle… malheureusement ce n’étaient que des instits), et Paolo Freire le Brésilien, Francisco Ferrer l’espagnol, etc. etc. Tous ces pionniers ont tous eu la caractéristique suivante : ils ont tous mis en œuvre ce qu’ils disaient, voire n’ont dit qu’après avoir fait. Ce qui n’est évidemment pas le cas de tous ceux qui tiennent le devant des micros et caméras actuellement.

C’est là, et là seulement qu’il y a une possibilité de choix. Comme je le disais précédemment entre Athènes et Sparte. Deux approches radicalement différentes, voire opposées, de l’école et de l’acte éducatif. Mais ni les enseignants, ni les parents, ni les politiques n’ont jamais osé admettre cela, même si on peut se demander d’ailleurs si l’immense majorité n’ignore pas carrément qu’il y a bien deux façons d’envisager l’école. Comme un tabou, soigneusement entretenu.

Et j’en viendrais presque à donner raison aux illuminés intégristes de la syllabique : à avoir voulu prendre des morceaux de ces pédagogies modernes en les sortant de la cohérence et de la globalité dans lesquelles ils étaient inscrits, tout en gardant le cadre général et antinomique de l’approche traditionnelle, on a abouti à une espèce de bouillie pédagogique dans laquelle personne ne s’y retrouve vraiment et qui ne cesse de boiter et d’être insatisfaisante.

Alors, engageons-nous résolument dans les propositions de Ségolène Royal (choix entre deux écoles au moins), mais à condition qu’il y ait la possibilité de choisir entre deux approches différentes ! C’est vraiment là qu’est l’enjeu. En plus, c’est la seule solution pour que l’on puisse vérifier la justesse des dire des uns et des autres et que cela aboutisse de facto à un véritable choix démocratique. Une réforme, révolution, du système éducatif pourrait ainsi avoir lieu en testant en temps réel les directions possibles à prendre.

Et, en plus, nous sortons de la ghettoïsation dont tout le monde s’accorde sur sa dangerosité : je peux par exemple assurer qu’il existe déjà des écoles qui se situent dans la mouvance des pédagogies modernes, en pleine ZEP, où j’aurais aimé pouvoir envoyer mes enfants, que des écoles publiques comme celle de Vitruve à Paris, Antoine Ballard à Montpellier, Célestin Freinet à Brest, Grimaud à Rennes, Anatole France à Vaulx en Velin, etc. font envie à beaucoup de parents. Il a été prouvé, à Gand[1] par exemple que kle choix ne se fait plus alors sur des critères sociaux, les écoles « Freinet » de la ville ayant autant d’enfants de parents immigrés (en particulier Turcs) que d’enfants de « bobos ».

Bien sûr que le choix dépend de critères variés dont la conception que l’on a de l’épanouissement de l’enfant ou une certaine vision des rapports humains. En ce qui concerne l’efficacité sur les apprentissages, peu peuvent encore vraiment juger, et pour cause. Seule une organisation permettant deux approches pourra un jour apporter de vrais éléments de réponse.

Alors pourquoi la possibilité que l’on ait un vrai choix à faire fait-elle si peur aux enseignants en premier, aux parents ensuite et n’emballe pas tellement les politiques enfin ?

Nous verrons cela dans un prochain billet !

[1]  A Gand, la présence dans les écoles communales de ces deux types d’écoles est due à l’action du militant de gauche Armand De Meyer dans les années 70/80


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14 septembre 2006

Carte scolaire. Exemple des classes uniques.

suite des billets précédents :

Le vrai scandale de la carte scolaire -

Pédagogies différenciées et carte scolaire

Je n’ai jamais rien affirmé que je n’aie préalablement vécu, expérimenté, vérifié. En ce qui concerne l’inexistence des conséquences annoncées de la suppression d’une carte scolaire, je l’ai vécu une vingtaine d’années… en classe unique.

La classe unique est un espace bien particulier et à part du système éducatif.

D’une part les parents d’un village qui ne disposent plus que d’une classe unique peuvent, sans aucun problème, inscrire leur progéniture à l’école du gros bourg le plus proche : personne ne leur fera aucune remarque ou refusera leur inscription, trop content au contraire d’étoffer des effectifs qui risquent toujours la suppression d’une classe. Et puis, les cars de ramassage scolaire en direction du collège passent presque devant la porte de chacun.

Si vous n’êtes pas content de l’école, si la classe unique vous fait peur, pas de problèmes, inscription à la « grosse » école !

D’autre part, c’est le seul endroit du système éducatif où l’enseignant qui y exerce ne peut se défausser sur un collègue précédent pour excuser un échec ou se débarrasser vers le collègue suivant des cas qu’il n’aura pu résoudre. En plus, il a quotidiennement sous les yeux les « résultats » de ses actions professionnelles : ses anciens élèves rentrant du collège, du lycée, voire, pour mon cas après plus de 20 ans à y avoir travaillé, à l’université, dans la vie active. Le seul endroit où l’enseignant a réellement à rendre des comptes ! Pas à une hiérarchie souvent peu compétente mais à ceux mêmes que l’on appelle les usagers de l’école, d’un service public. Et en classe unique la sanction est immédiate : l’école se vide ! Ceci explique probablement à quel point les classes uniques ont été par avance fuies !

Lorsque je suis arrivé à Moussac, dans la Vienne, l’école venait de perdre sa seconde classe. Elle avait encore un effectif, surtout parce que les parents n’avaient pas eu le temps de prendre les dispositions de fuite. Mais tout le monde se demandait bien ce qu’un type de 35 ans, avec son ancienneté, venait faire dans cette galère.

En plus, lorsque les collègues du canton surent les méthodes que cet hurluberlu utilisait, il se disait partout « Il ne tiendra pas 3 mois à Moussac ». Non seulement l’école a tenu 3 mois, mais elle a tenu 20 ans, puis encore 10 ans après moi… et, à ma connaissance, elle tient toujours.

Il n’y a pas eu la fuite prévue, fuite qui aurait même due être immédiate en raison de la pédagogie pratiquée : il continue à se dire que sans la carte scolaire qui maintient les enfants et leurs parents captifs, non seulement certaines écoles se videraient mais aussi que celles où se développerait une pédagogie beaucoup plus axée sur l’épanouissement n’auraient aucune chance. C’est vraiment prendre les citoyens pour des crétins (ce que font certains auteurs médiatisés !).

Mais, à Moussac, d’emblée les parents ont été inclus dans l’élaboration des stratégies éducatives. L’enseignant n’est qu’un professionnel[1], qui peut apporter, normalement, un éclairage sur ce qui fait l’objet de sa profession, en l’occurrence les apprentissages[2], qui peut analyser le contexte et, à partir de tout cela, proposer à la discussion des stratégies éducatives à celles et ceux qui devront les subir ou les faire subir mais en tout état de cause devront y participer pour leur réussite. Et toute stratégie n’a d’efficience, pour un professionnel, que si elle peut être rectifiée suivant ses effets. Et toute stratégie ne devient acceptable que lorsque celles et ceux pour qui elle est élaborée, d’une part participent à cette élaboration, d’autre part savent que le professionnel tiendra compte du décalage entre effet escompté et effet constaté pour la modifier avec eux. Tout le secret est là ! Les parents de Moussac ont donc eu le choix entre d’une part une pédagogie de l’épanouissement où ils avaient leur mot à dire mais aussi leur propre responsabilité à engager, et une pédagogie traditionnelle d’où ils étaient aussi traditionnellement exclus, ce qui est cependant plus confortable.

Le véritable choix que j’ai fait moi-même, ce n’est pas de croire à une pédagogie mais de penser que chaque individu a vraiment la capacité d’être un citoyen, de l’assumer, et, plus surprenant encore, qu’il y prendrait du plaisir.

Mais ceci ne serait qu’anecdotique si on n’avait retrouvé des situations relativement semblables dans de très nombreuses classes uniques. Lorsqu’en 1989, probablement plein de bonnes intentions, le Ministre de l’Education, Lionel JOSPIN lança un plan d’éradication des classes uniques, grande fut la surprise de voir un nombre surprenant de villages se soulever pour conserver ce qui était devenu leur classe unique. Nombre suffisamment significatif pour provoquer d’abord des travaux pour éventuellement clore définitivement le bec à ces résistants genre Astérix. Puis, lorsque ces travaux ont montré l’invraisemblable, à savoir que les résultats des CU étaient meilleurs, il y eut un moratoire suspendant leur suppression. Moratoire qui dura jusqu’à… Ségolène ROYAL sous-ministre de l’Éducation ! Curieuse boucle et curieux aboutissements pour la même personne qui aujourd’hui revendique le choix ! Comme quoi rien n’est simple, surtout quand on complique tout !

Il n'empêche qu'il s'est trouvé et qu'il se trouve encore des centaines d'écoles de proximité, non protégées par la carte scolaire, apparemment peu intéressantes pour tout le monde, presque toujours avec les pédagogies qui font peur, des centaines d'écoles non seulement qui n'ont pas disparu par délaissement, mais dont les usagers, habitants des lieux, se battent pour tenter de les conserver. Comme d'habitude, cela n'interpelle personne.

[1] Mais l’enseignant est-il un professionnel ? ou un fonctionnaire ?

[2] Là encore est un autre problème : reçoit-il vraiment une formation concernant ce qu’il va avoir à faire quand on sait qu’un jeune sortant de l’IUFM ignore pratiquement tout ce qui concerne les pédagogies, tout ce qui concerne les sciences cognitives. Un peu comme un médecin qui ignorerait qu’il existe des microbes, la génétique,… Paré, Pasteur ou Laborit, qu’il existe la chirurgie, l’acuponcture, la diététique… etc. Et un médecin qui ne se tiendrait pas au courant des progrès de la médecine !


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13 septembre 2006

Pédagogies différenciées et carte scolaire

Suite au billet du 7 septembre

Ce billet, publié dans « rebonds » de Libé, m’a valu une volée de bois vert de la part… de gens plutôt dans une mouvance semblable à la mienne ! des enseignants bien sûr.  J’ai d’ailleurs toujours été surpris de voir appliquer le terme de « démagogue » à ceux qui vont à rebrousse-poil des idées communément admises. Je croyais que c’était plutôt caresser dans le sens du poil… comme quoi j’ai dû être formé dans cette école de crétins (pardon, cette école qui forme des crétins !)

Il est évident que si logiquement on donnait la possibilité de choix aux parents (et peut-être même aux enfants), il y aurait un certain nombre de conséquences :

D’abord il faudrait qu’on accepte enfin comme une réalité le fait, qu’en ce qui concerne les processus d’apprentissage, on n’en est encore qu’aux balbutiements de nos connaissances. Les affirmations péremptoire d’un Ministre sur l’apprentissage de la lecture sont grotesques et rappellent, qu’en d’autres temps, les plus doctes penseurs affirmaient que la terre était plate et l’édictaient en circulaires (pardon, en dogmes !). Mais nier aussi que les sciences cognitives ont fait quelques progrès (celles auxquelles se réfèrent les « pédagogues » fustigés) serait aussi stupide que d’en rester au temps de la saignée et nier Pasteur, la génétique… Ce d’autant que les pistes abordées par certains chercheurs comme Varela et ceux de Palo Alto sont aussi dérangeantes que celles sur lesquelles nous ont lancé des Darwin ou Mendel. Cette reconnaissance engagerait donc l’ensemble du monde enseignant dans une humilité plus féconde que les outrecuidances complaisamment affichées et médiatisées.

Ensuite il faudrait que les établissements aient le courage d’afficher leurs orientations et stratégies éducatives. Pour ce faire il faut d’abord en avoir, ensuite que des équipes se forment autour de ces orientations et s’inscrivent dans ces stratégies.

Or, cela ne devrait pas être très difficile puisque depuis la loi de 1989 chaque école doit avoir un « projet d’école », fixé pour 3 ans, débattu avec les partenaires de l’école dont les parents. Le problème, c’est, qu’actuellement, la quasi totalité de ces projets n’ont aucune globalité, évitent de toucher l’essentiel des apprentissages et se contentent d’évoquer quelques activités annexes ou complémentaires qui n’ont pas toujours grande signification et dont on évalue rarement les maigres effets.

Théoriquement chaque projet devrait être évalué pour être ajusté chaque année, avec les partenaires (en conseil d’école).

Et, théoriquement encore, tout nouvel arrivant dans l’école doit accepter le projet en cours. Ce qui est stupéfiant, c’est que lors des mouvements de professeurs des écoles, aucun document ne précise le projet d’école afférent aux postes à pourvoir… Les enseignants postulent donc sans se préoccuper des caractéristiques de l’emploi qui les attend. Etonnant non ?

Il suffirait donc simplement d’appliquer la loi un peu plus à fond (que le projet d’école définisse véritablement l’approche éducative qui a été adoptée) et de faire respecter des règles élémentaires.

Si en ville il y a plusieurs écoles donc plusieurs possibilités de choix, resterait le problème des bourgades où il n’y a qu’une seule école. Mais là aussi les structures existantes rendent possible la différenciation :

La loi de 89 a instauré les cycles qu’aucun ministre n’a encore défait. On sait que les petites unités sont plus efficientes que les macrostructures. On sait que les classes hétérogènes ou classes multiâges sont également plus efficientes (je vous en reparlerai plus longuement, mais vous pouvez aussi aller voir mon site à ce propos). Alors ? Alors il suffit, dans le même bâtiment, de scinder ce qui faisait un établissement  en deux établissements. Cela n’a rien de démago : cela se fait dans quelques écoles de ZEP où l’on a même coupé la cour en deux, cela se fait dans une école de la Paillade à Montpellier où l’on a le choix entre des classes uniques, des classes de cycle, et des classes mono-cours (ce qui donne un éventail du moderne au traditionnel).

Quant aux écoles de campagne, presque toutes en RPI, le ramassage scolaire existe ; il suffirait que dans un regroupement on retrouve une classe unique (dont les approches vont nécessairement être du côté des pédagogies modernes) et deux autres écoles moins hétérogènes et plus traditionnelles.

Et tout cela ne coûterait rien ! Mais, faire disparaître la carte scolaire sans laisser cette possibilité de choix serait alors la pire des ghettoïsation

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07 septembre 2006

Le vrai scandale de la carte scolaire

suite de ce billet le 13 septembre (billet publié dans "Rebonds" de Libération du 12 septembre 2006)

Dans la polémique déclenchée par Ségolène Royale, il est pour le moins surprenant que ne soit jamais évoqué ce qui constitue un véritable scandale dans une société démocratique ou tout au moins où chacun se réclame de la démocratie.

Dispenser de « l’instruction » à chaque enfant est obligatoire depuis Jules Ferry. Personne ne conteste cette formidable avancée sociétale. L’État, les communes devant donner à chaque citoyen parent les moyens d’assumer ce devoir qui lui incombe (comme le devoir de subsistance par exemple). En fait, cette obligation d’instruction pour le citoyen parent et cette obligation de lui en fournir les moyens par l’État et les communes s’est métamorphosée en obligation scolaire… Et c’est du coup l’État qui se substitue au citoyen quant à la responsabilité et au devoir d’instruction.

Tout se passe donc comme si à partir de 5 ans l’enfant est « enlevé » aux familles, sans qu’elles n’aient rien à dire, les fonctions habituelles de la parenté étant alors assurées par des fonctionnaires. Bien sûr, ce n’est pas un enlèvement total, il reste des soirées quand elles ne sont pas largement occupées par le prolongement de l’obligation scolaire et son intrusion dans l’intimité familiale, les devoirs ! L’enfant trouve alors un nouveau père, l’État, une nouvelle mère, l’école. C’est d’ailleurs bien comme cela que c’était perçu au moment des hussards noirs de la République. Quand les échecs de l’école deviennent de plus en plus apparents et gênants, bizarrement les mêmes qui excluent totalement les parents de ce qui se peut se passer à l’école les montrent alors du doigt en se gargarisant alors du mot « parentalité » qui serait mal assumé.

Parce que le scandale se situe dans le fait que la totalité d’une tranche d’âge de la population est « captive » d’une institution qui est totalement hors du contrôle, du regard des citoyens dont elle s’empare des enfants. Le mot « captif » est bien le mot exact, d’une part parce que, à moins d’être très privilégié, on ne peut se soustraire à ce qui est bien un « enfermement » dont l’État désigne lui-même le lieu à chaque citoyen (carte scolaire).

L’incroyable déni de démocratie se trouve bien là : non seulement les parents citoyens sont obligés de « laisser » leurs enfant là où l’État le leur dit, mais en plus ils n’ont rien à dire sur ce qui s’y passe, les fonctionnaires qui opèrent dans un lieu que l’on peut qualifier de « carcéral » disposant d’un pouvoir absolu qui n’est que vaguement contrôlé par sa propre hiérarchie. Autrement dit, l’école est un État dans l’État qui échappe totalement au contrôle démocratique et qui s’auto-protège lui-même. Cela a pu aboutir à l’insensé : des enseignants tortionnaires ou pédophiles pouvant opérer en toute impunité.

Mais admettons que les fonctionnaires de cet État aient conscience à la fois du pouvoir dont ils disposent et de l’immense responsabilité qui est de facto la leur dans une situation aussi anormale, ce qui est heureusement le cas le plus général. Chacun sait aujourd’hui que la façon d’aborder les apprentissages, autrement dit la pédagogie ou les stratégies éducatives, n'est pas neutre. Les pratiques éducatives à Sparte n’étaient pas les  mêmes qu’à Athènes ! Comme on apprend à lire et à écrire on devient citoyen !

Les polémiques récurrentes entre traditionnels et modernes, particulièrement ravivées par un ministre irresponsable aujourd’hui, démontrent au moins que nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la science des apprentissages collectifs. Elles démontrent qu’il y a aussi d’autres enjeux derrière de soi disant batailles d’experts. Mais alors, comment accepter que des enseignants aient la liberté de choisir par exemple des stratégies éducatives fondées sur l’épanouissement (disons Athènes) ou sur la soumission (disons Sparte), qu’un Ministre puisse décider de ce qui est bon ou mauvais, et que les parents, seuls responsables de leurs enfants, doivent accepter et faire subir à leurs enfants ce qu’aura décidé… une carte scolaire et ses fonctionnaires ?

Le vrai problème, soigneusement dissimulé, n’est pas celui de la discrimination sociale par la carte scolaire, c’est l’obligation d’accepter les pédagogies décidées selon le seul bon vouloir des enseignants. Si dans un même secteur des parents pouvaient choisir entre un établissement aux  pédagogies traditionnelles et un établissement aux pédagogies modernes, il est certain que les choix ne s’effectueraient plus sur des critères sociaux, prétexte mis en avant par les défenseurs de la carte scolaire.

Tant que les parents sont exclus de l’élaboration des stratégies éducatives des établissements de leurs quartiers[1] (ce qui sera un jour une vraie révolution culturelle), tant qu’ils sont soumis à laisser leurs enfants à partir de 5 ans dans une institution hors du contrôle des citoyens, on ne peut pas continuer, dans une société démocratique, à les obliger à subir les choix d’enseignants (ou d’un ministre) dont chacun sait qu’ils ne dépendent que d’appréciations individuelles (puisqu’elles peuvent toutes être contestées) et qu’ils auront des conséquences sur le développement cognitif, psychologique et citoyen de l’enfant.

Cela implique donc la possibilité de choix entre des établissements aux pédagogies différentes… et que ces établissements existent. Dans la Ville de GAND (Belgique flammande), plus d’un tiers de la quarantaine d’écoles communales sont officiellement des écoles de type Freinet, les deux tiers de type officiellement plus traditionnel. La mixité sociale y est parfaite dans toutes ! Seul problème, les listes d’attente pour inscrire les enfants dans les écoles communales Freinet sont très longues ! Ce qui suppose que le choix implique ce que l’on considère, à tort, comme une concurrence et qui fait si peur à nos enseignants. Pourtant ce serait une façon simple de faire cesser les polémiques et qui rendrait bien dérisoires les joutes médiatiques des Le Bris et autres Boutonnet : le citoyen et ses enfants auraient bien alors la capacité de se faire eux-mêmes leur propre opinion et de prendre eux-mêmes leurs risques au lieu que d'autres les prennent pour eux... sans avoir à les assumer !

suite de ce billet le 13 septembre

[1] Lire « Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant » Editions Odilon.


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