L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

11 novembre 2009

Parentalité et devoirs à la maison

Je reçois beaucoup de messages concernant les devoirs à la maison. Il est entendu que les enseignants de l’école primaire, impérativement, ne peuvent « donner » de devoirs écrits à faire à la maison. Lorsqu’ils disent comme la maîtresse de mon fiston « je le sais. Mais je m’en moque, j’en donne quand même » peu importe que ce soit au nom de croyances pédagogiques, peu importe que ce soit avec l’approbation d’un certain nombre de parents : en s’assoyant délibérément sur des textes qui régissent ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire, ils cassent ce qui constitue le cadre qui permet les relations entre la fonction publique et ses usagers, celui derrière lequel il se protège et qui les protège. Lorsque les ministères successifs et leur hiérarchie ne montrent aucun zèle pour faire respecter une de leurs instructions, ils n’ont plus aucune légitimité pour faire respecter les autres. En tolérant avec bienveillance des désobéissances, il justifie toutes les autres. Cela n’est pas nouveau. Tout le monde sait que les réformes précédentes n’ont pas été globalement appliquées dans les faits. Tout le monde sait que les désobéisseurs précédents viennent d’être décorés. Pour quelle raison, nous parents, devrions-nous accepter un certain nombre d’entorses et nous plier à ce que nos enfants subissent des pratiques au nom de ce qui devient de soi disant instructions que l’enseignant ne peut faire autrement que respecter ?

Revenons à nos devoirs : si les enseignants ne peuvent donner de devoirs écrits à faire à la maison, ils « peuvent » par contre donner du travail oral, en général des leçons. Ils « peuvent », et beaucoup ne s’en privent pas, les dites leçons à « apprendre » pouvant prendre un temps démesuré. Bien qu’il soit toujours dit, au moins sous-entendu, que ce « travail » doit rester dans des limites raisonnables. On peut les estimer à 10 minutes ou un quart d’heure à l’école primaire.

Mais, et ce mais est important, cela ne peut prendre le caractère de l’obligation. On peut remarquer que le qualificatif « obligatoire » n’est jamais présent dans les textes. Et pour cause ! L’autorité et le pouvoir de l’école est limité juridiquement à l’espace et au temps scolaire. A 16H30, l’enfant est sous la seule autorité et la seule responsabilité des parents. On n’arrête pas d’ailleurs de nous le ressasser et de nous renvoyer la responsabilité de tous les maux dont souffre… l’école ! La « parentalité », on nous la renvoie à toutes les sauces, on nous y confronte, on multiplie les « réseaux d’aide à la parentalité » (REAP) pour nous aider à mieux être les parents… dont cette société a besoin (et les enfants, de quoi ont-ils besoin ?). Au passage, celles et ceux qui sont payés pour « aider » les parents à être mieux parents ne sont que… d’autres parents ! on peut supposer qu’ils doivent être de « bons parents », eux, des parents professionnels ! J’exagère un peu sur les REAP où il s’y fait souvent des choses intéressantes, mais c’est leur principe qui interpelle.

Alors, cette parentalité, il faut aussi que nous ayons conscience de ce qu’elle est et que nous l’assumions. Dans la sphère familiale, c’est nous, parents, qui avons l’autorité, le pouvoir éventuel de décréter l’obligation. Le pouvoir d’apprécier ce qui bon, important, néfaste. Y compris d’apprendre ses leçons ! à la maison, on peut parfaitement juger que telle leçon, tel travail oral donné par l’école est stupide, inutile, contreproductive… C’est le risque que prend l’enseignant lorsqu’il s’immisce ainsi dans la sphère familiale.  Le parent ne serait plus le parent s’il s’ôtait, vis à vis de son enfant, de sa capacité d’appréciation que celui-ci attend de son activité, de l’activité imposée dont il n’est pas l’origine. Ce serait pris par l’enfant, et je pense que c’est pris, pour un abandon quotidien et répété de la référence parentale dont il a besoin. Ce qui ne veut pas dire que des parents ne puissent pas trouver utile, important, d’apprendre ses leçons, de faire ce que l’école a dit de faire. Mais alors l’obligation ne peut être décrétée que par eux.

Officiellement, juridiquement (1), il est impossible que l’école « oblige » les enfants à exécuter telle ou telle activité à la maison. Y compris au collège où, pourtant, la quantité de devoirs « à faire » est telle que cela en devient un prétexte à en donner, parfois dès la maternelle, pour y « préparer » les enfants. On passe d’ailleurs son temps à se préparer à subir, les maux, les vilénies, qui semblent devenirs naturels dans notre société. Y compris le chômage !

Ce qui fait qu’il devient illégal que le travail donné à la maison fasse l’objet, de retour à l’école, de contrôles, de pressions, de sanctions ! C’est un abus de pouvoir ! Et c’est même reconnu comme une stupidité éducative : toutes les enquêtes, tous les travaux, à l’échelle mondiale (études PISA par exemple), montrent que les résultats sont inversement proportionnels à la charge de travail donné, aux pressions et au stress. La France en étant le plus bel exemple.

Cette dérive néfaste est peut-être due justement parce que, à ce propos, il y a un abandon de la parentalité. Une ignorance du droit. Une absence des parents en tant que responsables aussi bien du devenir que du bien-être, de l’épanouissement de leurs enfants. Là, brusquement on ne se soucie plus de leur responsabilité sauf à être la courroie de transmission, l’exécutant d’une autorité qui étend son pouvoir sans contrôle, sans qu’il ait besoin de le justifier, à toute la sphère de l’enfant. Jusqu’à effacer, à ce propos, la notion de « personne en danger » parce que c’est souvent le cas.

Ce qui ne veut pas dire que l’école ne puisse pas suggérer des possibles, influer des pistes d’activité à la maison. Je n’ai, lorsque j’étais enseignant, jamais donné de devoirs ou leçons (il n’y avait pas besoin d’acheter des cartables !). Mais l’école donnait des envies. C’est l’envie de faire autre chose, de prolonger ce qui a intéressé, passionné, de lire, d’écrire, de rechercher, d’expérimenter. Pas toujours forcément à la suite de l’école, souvent pour entreprendre quelque chose qui revenait ensuite s’y poursuivre à l’école s’ils le désiraient. Jusqu’à oublier le refuge de la télé. Et des parents ravis et devenant alors des encourageants, des soutiens, des aidants.

Cela, ce devrait être le… « devoir » de l’école ! Ouvrir. Elle fait délibérément le contraire. Elle enferme. Prive du temps. Castre. A travers l’exemple des devoirs, ce devrait être sa plus grande honte. Et aussi pour nous, parents, qui acceptons sans rien dire, qui abandonnons à une institution et ses fonctionnaires des prérogatives et qui ne sont pas les leurs dans l’espace où nous avons une responsabilité.

La coupure entre les parents et l’école sera toujours aussi profonde et peu porteuse d’amélioration éducative tant qu’elle ne sera que rapport de pouvoirs, qui induisent les abus d’un côté, la soumission inconditionnelle de l’autre.

(1) S’il y a des juristes parmi les lecteurs de ce billet, j’aimerais avoir leur sentiment.

Posté par bernard_collot à 12:26 - Côté parent - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 décembre 2008

Coéducation et parentalité

Vous trouverez "ici" le texte d'une conférence "coéducation et parentalités partielles" donnée à Bordeaux dans le cadre d'un séminaire interpartenarial de la famille.

Vos réactions, critiques, contestations éventuelles m'intéressent évidemment !

Posté par bernard_collot à 15:56 - pédagogie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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02 juin 2008

Universités Populaires Parentales

Pris par le travail sur un ouvrage qui se révèle plus important que je ne le pensais au départ, mon blog est un peu en sommeil actuellement (mais pas son auteur !).

Je prends cependant un moment pour signaler un mouvement passionnant, né il y a 3 ans à l'initiative de l'ACEPP (Association des Colectifs Enfants, Parents, Professionnels), il s'agit des universités populaires parentales (UPP). Des groupes de parents, habituellement déconsidérés pour la plupart comme leurs enfants, émigrés, sans papiers, ordinaires,... qui se sont engagés dans la conquête de leur parole, dans l'affirmation de leur existence comme parents, dans leurs droits de penser, de critiquer, de s'auto-critiquer, de réfléchir collectivement, de proposer...  de s'autoriser à être "chercheurs" sur leur propre statut de parents insérés dans une société, face à des institutions.

Des universitaires les aident, en toute humilité (ce qui est intéressant à souligner... pour des universitaires) en leur apportant outils et méthodologie mais en restant totalement en retrait.

Il y en a 6 en France (Lille, Leznnes-Nord, Bassin minier-Pas de Calais, Vénissieus-Rhône, Pau-PA, collectif paroles de femmes-Rhône) une à Gand, une à Berlin, une en créatuon à Bruxelles.

Vendredi 30 mai un colloque d'une grande richesse faisait le point.

Je vous livre comment se définissent par exemple les parents du "collectif paroles de femmes" de l'UPP du Rhône :

"Nous sommes un réseau de groupes de femmes habitant les quartiers populaires. Nous sommes un réseau régional d'expertise et d'utilité sociale. Nous nous engageons dans la transformation sociale.

On dit que nous sommes des parents démissionnaires, nous somme des parents citoyens.

Avec l'UPP,

nous voulons passer de parents acteurs à parents chercheurs (tiens tiens, ça vous dit quelque chose enseignants fonctionnaires qui passent à enseignants chercheurs ? ! ndlr)

Nous voulons que nos enfants bénéficient des mêmes chances que les autres, du meilleur enseignement possible, de la même réussite, parce que quand on pense école, on pense réussite.

Nous voulons valoriser les potentiels et les talents des enfants et des familles habitant les quartiers populaires,

Nous voulons que le regard sur les familles des quarties populaires change,

Nous voulons déconstruire les représentations,

Nous voulons disqualifier la disqualification,

Réhabiliter la relation,

Dé-psychologiser,

Dés-individuliser,

Dé-médicaliser,

Pour

Re-sociologiser,

Re-citoyenniser "

Vous comprenez que, dès le début, j'ai été enthousiasmé par ces initiatives porteuses d'espoir !

Au passage, je vous signale un long commentaire très intéressant que vient de faire paraître ANNy Paule

Posté par bernard_collot à 10:25 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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