L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

11 novembre 2009

Parentalité et devoirs à la maison

Je reçois beaucoup de messages concernant les devoirs à la maison. Il est entendu que les enseignants de l’école primaire, impérativement, ne peuvent « donner » de devoirs écrits à faire à la maison. Lorsqu’ils disent comme la maîtresse de mon fiston « je le sais. Mais je m’en moque, j’en donne quand même » peu importe que ce soit au nom de croyances pédagogiques, peu importe que ce soit avec l’approbation d’un certain nombre de parents : en s’assoyant délibérément sur des textes qui régissent ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire, ils cassent ce qui constitue le cadre qui permet les relations entre la fonction publique et ses usagers, celui derrière lequel il se protège et qui les protège. Lorsque les ministères successifs et leur hiérarchie ne montrent aucun zèle pour faire respecter une de leurs instructions, ils n’ont plus aucune légitimité pour faire respecter les autres. En tolérant avec bienveillance des désobéissances, il justifie toutes les autres. Cela n’est pas nouveau. Tout le monde sait que les réformes précédentes n’ont pas été globalement appliquées dans les faits. Tout le monde sait que les désobéisseurs précédents viennent d’être décorés. Pour quelle raison, nous parents, devrions-nous accepter un certain nombre d’entorses et nous plier à ce que nos enfants subissent des pratiques au nom de ce qui devient de soi disant instructions que l’enseignant ne peut faire autrement que respecter ?

Revenons à nos devoirs : si les enseignants ne peuvent donner de devoirs écrits à faire à la maison, ils « peuvent » par contre donner du travail oral, en général des leçons. Ils « peuvent », et beaucoup ne s’en privent pas, les dites leçons à « apprendre » pouvant prendre un temps démesuré. Bien qu’il soit toujours dit, au moins sous-entendu, que ce « travail » doit rester dans des limites raisonnables. On peut les estimer à 10 minutes ou un quart d’heure à l’école primaire.

Mais, et ce mais est important, cela ne peut prendre le caractère de l’obligation. On peut remarquer que le qualificatif « obligatoire » n’est jamais présent dans les textes. Et pour cause ! L’autorité et le pouvoir de l’école est limité juridiquement à l’espace et au temps scolaire. A 16H30, l’enfant est sous la seule autorité et la seule responsabilité des parents. On n’arrête pas d’ailleurs de nous le ressasser et de nous renvoyer la responsabilité de tous les maux dont souffre… l’école ! La « parentalité », on nous la renvoie à toutes les sauces, on nous y confronte, on multiplie les « réseaux d’aide à la parentalité » (REAP) pour nous aider à mieux être les parents… dont cette société a besoin (et les enfants, de quoi ont-ils besoin ?). Au passage, celles et ceux qui sont payés pour « aider » les parents à être mieux parents ne sont que… d’autres parents ! on peut supposer qu’ils doivent être de « bons parents », eux, des parents professionnels ! J’exagère un peu sur les REAP où il s’y fait souvent des choses intéressantes, mais c’est leur principe qui interpelle.

Alors, cette parentalité, il faut aussi que nous ayons conscience de ce qu’elle est et que nous l’assumions. Dans la sphère familiale, c’est nous, parents, qui avons l’autorité, le pouvoir éventuel de décréter l’obligation. Le pouvoir d’apprécier ce qui bon, important, néfaste. Y compris d’apprendre ses leçons ! à la maison, on peut parfaitement juger que telle leçon, tel travail oral donné par l’école est stupide, inutile, contreproductive… C’est le risque que prend l’enseignant lorsqu’il s’immisce ainsi dans la sphère familiale.  Le parent ne serait plus le parent s’il s’ôtait, vis à vis de son enfant, de sa capacité d’appréciation que celui-ci attend de son activité, de l’activité imposée dont il n’est pas l’origine. Ce serait pris par l’enfant, et je pense que c’est pris, pour un abandon quotidien et répété de la référence parentale dont il a besoin. Ce qui ne veut pas dire que des parents ne puissent pas trouver utile, important, d’apprendre ses leçons, de faire ce que l’école a dit de faire. Mais alors l’obligation ne peut être décrétée que par eux.

Officiellement, juridiquement (1), il est impossible que l’école « oblige » les enfants à exécuter telle ou telle activité à la maison. Y compris au collège où, pourtant, la quantité de devoirs « à faire » est telle que cela en devient un prétexte à en donner, parfois dès la maternelle, pour y « préparer » les enfants. On passe d’ailleurs son temps à se préparer à subir, les maux, les vilénies, qui semblent devenirs naturels dans notre société. Y compris le chômage !

Ce qui fait qu’il devient illégal que le travail donné à la maison fasse l’objet, de retour à l’école, de contrôles, de pressions, de sanctions ! C’est un abus de pouvoir ! Et c’est même reconnu comme une stupidité éducative : toutes les enquêtes, tous les travaux, à l’échelle mondiale (études PISA par exemple), montrent que les résultats sont inversement proportionnels à la charge de travail donné, aux pressions et au stress. La France en étant le plus bel exemple.

Cette dérive néfaste est peut-être due justement parce que, à ce propos, il y a un abandon de la parentalité. Une ignorance du droit. Une absence des parents en tant que responsables aussi bien du devenir que du bien-être, de l’épanouissement de leurs enfants. Là, brusquement on ne se soucie plus de leur responsabilité sauf à être la courroie de transmission, l’exécutant d’une autorité qui étend son pouvoir sans contrôle, sans qu’il ait besoin de le justifier, à toute la sphère de l’enfant. Jusqu’à effacer, à ce propos, la notion de « personne en danger » parce que c’est souvent le cas.

Ce qui ne veut pas dire que l’école ne puisse pas suggérer des possibles, influer des pistes d’activité à la maison. Je n’ai, lorsque j’étais enseignant, jamais donné de devoirs ou leçons (il n’y avait pas besoin d’acheter des cartables !). Mais l’école donnait des envies. C’est l’envie de faire autre chose, de prolonger ce qui a intéressé, passionné, de lire, d’écrire, de rechercher, d’expérimenter. Pas toujours forcément à la suite de l’école, souvent pour entreprendre quelque chose qui revenait ensuite s’y poursuivre à l’école s’ils le désiraient. Jusqu’à oublier le refuge de la télé. Et des parents ravis et devenant alors des encourageants, des soutiens, des aidants.

Cela, ce devrait être le… « devoir » de l’école ! Ouvrir. Elle fait délibérément le contraire. Elle enferme. Prive du temps. Castre. A travers l’exemple des devoirs, ce devrait être sa plus grande honte. Et aussi pour nous, parents, qui acceptons sans rien dire, qui abandonnons à une institution et ses fonctionnaires des prérogatives et qui ne sont pas les leurs dans l’espace où nous avons une responsabilité.

La coupure entre les parents et l’école sera toujours aussi profonde et peu porteuse d’amélioration éducative tant qu’elle ne sera que rapport de pouvoirs, qui induisent les abus d’un côté, la soumission inconditionnelle de l’autre.

(1) S’il y a des juristes parmi les lecteurs de ce billet, j’aimerais avoir leur sentiment.

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06 décembre 2008

Coéducation et parentalité

Vous trouverez "ici" le texte d'une conférence "coéducation et parentalités partielles" donnée à Bordeaux dans le cadre d'un séminaire interpartenarial de la famille.

Vos réactions, critiques, contestations éventuelles m'intéressent évidemment !

Posté par bernard_collot à 15:56 - pédagogie - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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21 octobre 2008

Conseil d'école (2)

Suite à de nombreux messages des visiteurs du blog sur ce sujet (voir billet précédent), j'apporte quelques précisions.

En ce qui concerne le réglement intérieur, il a valeur juridique puisqu'il est voté, mais il vient en bout d'une chaîne dont chaque élément ne peut contredire celui qui lui est supérieur. Dans l'ordre il y a la convention internationale du droit des enfants (signée par la France), les lois, les décrets, les arrêtés ministériels, les arrêtés départementaux (le réglement type départemental étant un arrêté) et enfin le réglement intérieur de l'école qui doit avoir valeur d'arrêté (je ne suis pas juriste, mais les juristes visiteurs pourront rectifier). Les circulaires et notes de service n'ont pas valeur juridique hors de l'administration où elles sont émises. Le réglement intérieur ne peut donc contredire le réglement type départemental mais rien ne l'empêche de le compléter, l'enrichir, voire de se référer à un acte qui lui est supérieur comme par exemple la convention internationale.

Pour le projet d'école, c'est plus ambigü puisqu'il est dit dans le décret que "le projet d'école est adopté". Je ne vois pas comment un projet peut être adopté (il faut prendre une décision collective) sans discussion et vote ! Cela veut dire cependant que le projet d'école est sous la seule responsabilité de l'équipe pédagogique, libre à elle de tenir compte ou non des avis, critiques, suggestions du conseil. Mais celles-ci doivent être notées dans le compte-rendu du CE.

Pour les attributions du conseil d'école, je renvoie à ce site assez bien fait même s'il s'adresse aux enseignants pour qu'ils s'en dépatouillent au mieux de leurs intérêts : http://dirpri.free.fr/textes/conseil_ecole.htm Il n'est pas tout à fait conforme au dernier décret sur les rapports familles/école http://admi.net/jo/20060729/MENE0601820D.html  puisqu'il y est précisé, par exemple, que les réunions institutionnelles prévues par les textes doivent se dérouler dans les temps où les parents sont disponibles  : un CE prévu à 18 heures n'est ainsi pas légal puisque les parents sont sensés sortir en général de leur lieu de travail à cette heure et ne peuvent donc être simultanément siégeant au conseil ou assistant à une des réunions d'informations prévues. A noter que ces réunions comme les rdv qui doivent être accordés aux parents font partie des charges de service ordinaires des enseignants du primaire (elles ne sont pas considérées comme des heures supplémentaires, mais le temps de service des enseignants n'est pas cadré par les seuls temps de présence face aux enfants, ils sont dans la même catégorie que les chargés de mission dont les horaires dépendent de la mission). Par contre, pour les enseignants du secondaires, si c'est bien aussi un service obligatoire (comme les conseils de classe), celui-ci est compensé par une indemnité significative.

De même en ce qui concerne le compte-rendu du conseil d'école : ART D11-15 Tout représentant des parents d'élèves doit pouvoir rendre compte des travaux des instances dans lesquelles il siège. Ces comptes rendus sont diffusés dans les conditions définies à l'article D. 111-9, c'est à dire que le directeur d'école doit en assurer la distribution aux familles par l'intermédiaire des élèves. Ce compte-rendu, s'il doit être conforme à ce qui s'est dit, débattu en conseil d'école, peut être beaucoup plus exhaustif que le CR officiel, insister sur tel ou tel point, les commenter, signaler les oppositions, les positions, etc.

Pour répondre plus précisément à Catherine ("je suis secrétaire d'une association de parents d'élèves dans une village de seine et marne. pouvez vous m'indiquer des lectures ou des sites internets pour avoir plus d'informations sur notre rôle. j'ai juste lu un apperçu de votre document je compte le relire à tête reposer.
En effet, l'année dernière dès que nous voulions proposer quelque chose en conseil d'école on nous disais que cela ne nous concernait pas. Et nous n'insistions pas ne connaissant pas nos "droit" et "obligations
"), je pourrais dire deux choses :

1/ Dans un CE, les parents délégués ne sont ni des élèves, ni des subordonnés. Non seulement ce sont des citoyens, mais des citoyens représentant officiellement d'autres citoyens et l'intérêt des familles (donc des enfants aussi), les enseignants, eux, le sont en tant que fonctionnaires chargés de mission par l'Etat et n'agissant que dans ce cadre. Le pouvoir décisionnel du CE étant fortement réduit (réglement intérieur seulement), la liberté d'expression des parents délégués n'est par contre limitée que par la correction et le sujet : l'école et tout ce qui s'y passe, s'y fait.

2/ Rien dans les textes n'interdit d'aborder tout sujet concernant l'école. J'ai déjà précisé dans le billet précédent qu'il était impossible de ne pas parler pédagogie dès l'instant où il faut "adopter" un projet d'école, donner un avis sur l'utilisation des moyens pédagogiques... D'autre part, au sein du conseil, les enseignants ont l'obligation de donner des informations sur les raisons pédagogiques du choix des manuels, l'organisation du soutien scolaire, etc. Ce qui implique discussion, questionnements, n'exclut aucunement l'émission de crtitiques, suggestions, etc. De même que le CE peut émettre des réticences, voire des oppositions comme beaucoup de conseils l'ont fait par exemple en ce qui concerne le fichier "base élèves".

Bien sûr le directeur, président le conseil d'école, peut toujours s'opposer à une discussion qui n'aurait par exemple pas été mise à l'ordre du jour (d'où l'importance des questions diverses). Cependant il doit le justifier par un texte (représentant de l'administration et de l'Etat) et le CE peut demander que la question soit mise à l'ordre du jour du CE suivant, que le refus soit notifié dans le compte-rendu officiel. Le refus peut être commenté dans le compte-rendu fait indépendemment par les délégués.

Normalement un CE devrait être un lieu d'échanges, de discussions, qui n'ont aucune raison d'être conflictuelles si le jeu démocratique est respecté et qui doivent aboutir à un partenariat raisonné autour de l'école et de l'enfant. Mais, j'insiste encore sur ce point, il faut aussi que les parents délégués jouent réellement leur rôle de... délégués et n'y soient pas présents uniquement pour leur compte personnel (qu'il soit adversaire ou lèche-bottes). On ne traite pas un représentant de parents comme un parent, et on ne se comporte pas tout à fait de la même façon si l'on représente d'autres parents.  Ce qui suppose un travail en amont avec les autres parents, en aval dans les comptes à rendre.

Petit détail : dans un CE, les enseignants parlent des élèves, les parents des enfants, les représentants des municipalités des administrés ou concitoyens !

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12 octobre 2008

Conseil d'école : les limites de la démocratie

Les élections des délégués des parents d’élèves au conseil d’école vont avoir lieu. Nous allons tous recevoir une enveloppe avec les instructions de vote de l’administration,  une ou deux listes à ne pas gribouiller, à en mettre une dans une enveloppe… et à mettre ladite enveloppe dans le cartable ou la cahier de liaison de nos mômes, et hop ! jusqu’à l’an prochain, nous n’en saurons pas plus. Pas plus que nous ne saurons d’ailleurs comment ces listes, le plus souvent de parfaits inconnus, ont été constituées. On vote quand même, machinalement, pour un machin dont tout le monde dit que ça ne sert pas à grand chose et dont nous ne saurons d’ailleurs le plus souvent jamais, les effets des 3 petites réunions annuelles de ce conseil.

Bien sûr, les pouvoirs d’un conseil d’école et des parents dans ce conseil sont limités. Mais c’est, dans le système éducatif, la seule institution dans laquelle sont admis les seconds principaux concernés par l’école après les enfants, les parents !

Or, légalement, ce conseil aurait de réels pouvoirs si son déroulement s’effectuait conformément aux textes… et si les parents délégués le savaient… et l’assumaient. Il n’a pas pour seule fonction de régler les problèmes de restauration scolaire, de sécurité, de fournitures, de locaux, des horaires, des transports scolaires, qui ne touchent pas réellement ce qui se passe dans l’école et qui font l’essentiel des discussions de la plupart des conseils et ne peuvent se solder que par… un avis.

Deux de ses attributions touchent pourtant à l’essence de l’école et doivent se conclure, elles, par un vote.

Le règlement intérieur.

C’est lui qui doit, en principe, régir le fonctionnement de la vie scolaire. Bien souvent c’est un truc poussiéreux dont on ignore quand il a été concocté et qui n’est brandi que lorsqu’on a besoin de rappeler quelques interdits aux élèves et à leurs parents. Et puis, dans chaque département, il y a un règlement type dont on nous dit qu’on ne peut modifier que quelques virgules ou les chiffres des heures d’entrée et de sortie dans les limites admises, ou rajouter quelques interdits ou règles morales. Mais il faut quand même qu’il apparaisse comme émanant de chaque conseil d’école, même s’il incombe à l’équipe enseignante de le proposer : « le conseil vote le règlement intérieur » ce qui suppose qu’il puisse en discuter, demander à ce qu’il soit amendé, modifié, pour être accepté… ou refusé ce qui sont les seules conclusions possibles de tout vote. On peut imaginer la variété que pourraient prendre les règlements intérieurs suivant la conception de la vie scolaire de chaque communauté éducative. Ne serait-ce que parce qu’il induit que l’on doit bien se forger une conception de la vie scolaire !

Mais ce « règlement type » est brandi comme celui qui doit être grosso modo celui de chaque école pour être accepté par les autorités. Or, un règlement type n’a jamais été autre chose qu’un exemple proposé. Si l’Inspecteur d’académie, simple représentant de l’État,  peut refuser les règlements qui ne lui conviennent pas, ce ne peut être que parce que des passages ne seraient pas conformes à la législation et il devrait alors étayer son refus par les textes législatifs. Par exemple, dans certains règlements il est fait allusion à l’aide aux devoirs ; et bien ces règlements devraient être refusés par l’IA puisqu’ils ne sont pas conformes aux textes qui stipulent que les devoirs sont interdits à l’école primaire !

Le projet d’école.

« Le Conseil d’école adopte le projet d'école préparé par l'équipe pédagogique » ce qui suppose que ledit projet puisse être discuté… et, éventuellement, ne pas être adopté, évidemment à la suite d’un vote.

Le projet d’école devrait être la pièce maîtresse qui fonde ou se base sur la pédagogie mise en œuvre. C’est rarement le cas et il ne concerne le plus souvent que des actions annexes, qui ne mangent pas de pain. Il n’empêche, qu’à travers lui, c’est bien la pédagogie qui est abordée. On nous dit, « il est interdit de parler pédagogie au conseil d’école ». Or, cette soi disant interdiction ne figure nulle part dans les textes ! Et je ne vois pas comment on peut présenter, discuter et adopter un projet sans parler de la pédagogie qu’il sous-tend ou sous-entend. Alors on sort « la liberté pédagogique » qui, elle, est quand même stipulée. Cette liberté n’exclut pas que la pédagogie librement appliquée par chaque enseignant ou l’équipe pédagogique puisse devoir être justifiée, être soumise à présentation, discussion, voire critiques et qu’il y ait des comptes à rendre quant à ses effets.

Si bien que, dans les faits, en ce qui concerne le projet d’école, le conseil ne joue que le rôle d’une chambre d’enregistrement. A ma connaissance, je ne connais aucun cas où le conseil d’école ait refusé d’adopter le projet présenté par les enseignants ! S’il y a amendement, ce n’est que lorsque les municipalités, représentées dans le conseil, refusent ou ne peuvent mettre à disposition les moyens nécessaires au projet. Par contre, même adoptés, des projets peuvent être refusés par l’administration qui n’a à justifier son refus qu’à son personnel !

D’autre part, ces projets établis pour 3 ans devraient faire l’objet, chaque année, d’un compte-rendu de leur réalisation et des effets obtenus. D’où, normalement, nouvelle discussion sur le fond… pédagogique ! Et possibilité que le conseil « donne son avis et émette des suggestions sur les actions pédagogiques entreprises ! »

Et puis, comme le CR de chaque conseil d’école doit être transmis à l’autorité hiérarchique, c’est aussi un bon moyen pour faire passer des messages à ladite autorité ! Les conseils d’école qui ont délibéré sur la mise en route de base élèves, ont pu quand même faire remonter par ce biais la façon dont ils percevaient et s’opposaient à ce fichage. Peut-être que si tous les CE l’avaient fait, le ministère ne se serait pas contenté d’en supprimer quelques champs.

Les textes, s’ils étaient appliqués, confèrent vraiment un rôle non négligeable au conseil d’école.

Mais, et c’est le second point d’une espèce de comédie démocratique, le « jeu » n’est pas joué par les parents eux-mêmes.

- Scrutin de liste. Cela suppose d’une part que des listes se constituent, d’autre part que chaque liste indique ce qu’elle va défendre, comment elle conçoit son rôle… et comment elle se constitue. Si en ville il y a au moins deux listes présentées par les grandes fédérations de parents d’élèves et que l’on peut supposer que chaque électeur peut connaître leurs orientations (pour effectuer un choix, donc un vote), si généralement chacune de ses fédération fait appel à candidature auprès de tous ses adhérents, en milieu rural tout est opaque et copinage :

Fut un temps, c’était carrément le directeur d’école qui, après quelque coups de téléphone, fabriquait LA liste ! c’était de bonne guerre pour avoir un « bon » conseil ! Depuis quelques années, il leur faut transmettre les instructions académiques  concernant l’élection des parents délégués. Comme elles ne sont pas forcément très claires, ils font encore souvent et simultanément appel pour recevoir les candidatures des parents volontaires. Alors que leur rôle se limite à enregistrer les listes proposées pour organiser le scrutin. A leur décharge, il faut bien qu’ils aient au moins une liste !

Ce qui est surprenant, c’est que là où il existe une association de parents d’élèves autonome, celle-ci ignore souvent que c’est son rôle de constituer une liste ! Lorsqu’elle le fait, c’est par copinage. Le jour de l’élection, chaque parent reçoit ladite liste à mettre dans une enveloppe, découvre qu’il a un délégué, avec un peu de chance il le connaît et l’apprécie, le plus souvent il ne sait pas comment ledit délégué s’est retrouvé sur le bulletin, pourquoi il devrait l’accepter, ignore sur quelles idées et comment celui-ci va le représenter. De toutes façons aucune importance puisqu’il n’y a qu’une liste et qu’il ne peut rayer personne ! « Tu n’avais qu’à constituer ta propre liste pour défendre tes posutions ». En milieu rural, c’est à dire dès que la taille des unités territoriales permettent un peu plus de connaissance des uns et des autres, il est rarissime qu’un petit groupe ose s’opposer ouvertement à un autre sur le plan des idées. A la limite au bistrot, et encore. Même quand il s’agit du conseil municipal et du maire ! pour l’unité du village, on s’imagine qu’il vaut mieux… ne pas avoir d’idées ou, tout au moins, les mettre dans sa poche. De même que se présenter contre, c’est courir le risque de ne pas être élu ! Dans les associations, parfois au conseil municipal, on n’est jamais candidat : on se fait prier d’être LE candidat !

- Une fois élus, les délégués de parents se comportent rarement comme des… délégués ! et la liste comme représentant d’une association si c’est le cas. Délégué, c’est un peu comme un titre, ça fait bien, mais chacun assiste au conseil pour son propre compte « comme ça je saurais ce qui se passe pour mon enfant ». Il est peu fréquent, qu’avant chaque conseil, l’ensemble des parents soit mis au courant de sa tenue, soit sollicité ou réuni pour que les délégués recueille des avis, sachent la position qu’ils doivent tenir pour représenter leurs collègues parents, les questions qu’ils seraient chargés de poser, etc. Chacun s’y rend pour son propre compte et ne représente que lui-même.

Après chaque conseil, l’ensemble des parents ignore généralement ce qui s’est passé, ce qui s’y est dit, s’il a été tenu compte de leurs observations au cas où il y en aurait eu. Le conseil d’école s’auto-suffit à lui-même. Les directeurs d’école effectuent pourtant bien ce qu’ils ont à faire : transmission du compte-rendu à leur autorité, transmission de ce CR aux membres du conseil, parfois, affichage à la porte de l’école. Sauf peut-être un point qui passe souvent à la trappe : à chaque conseil ce CR devrait être repris pour constater les effets des avis ou décisions précédentes.

Ce sont plutôt les délégués de parents qui ne jouent pas le jeu pourtant rendu possible par les textes législatifs eux-mêmes : il leur incombe de faire leur propre compte-rendu, avec leurs propres commentaires et de le transmettre à tous les parents. Ce compte-rendu, ou ces comptes-rendus, les directeurs d’écoles ne peuvent refuser de les distribuer aux élèves pour transmission. C’est le fonctionnement normal de toute institution représentative. Même les délégués des conseils de classe, dans le secondaire, s’astreignent très rarement à rendre compte de ce qui s’est passé dans un conseil. « s’il faut encore passer du temps à rédiger un compte-rendu ! ». Il est très peu d’associations de parents qui indiquent que cela fait partie du rôle de délégué « on n’aurait plus de candidats ! »

Le conseil d’école est un petit exemple des limites du fonctionnement de la démocratie. Pour une fois, on ne peut reprocher à l’État de ne pas l’appliquer. Le problème, c’est que la démocratie n’est aucunement intégrée dans les comportements. La notion de représentation des intérêts collectifs est quelque chose de bien lointain. Chacun pour sa pomme ! Pas de vagues ! Déjà qu’on se « dévoue » pour trois petites réunions par an et pour siroter le verre de clôture (chez nous !). Et avoir un petit titre quelconque, cela permet de prendre un peu d’importance. Pourtant, la démocratie ce n’est pas seulement de dévouement dont elle a besoin. A la limite, le dévouement occulte l’absence de démocratie en donnant bonne conscience.

J’exagère ? Certainement ! un peu ! Certainement en cas de crise (tiens !) où là, on fait appel à tous. Certainement pour tous ceux qui jouent consciemment et honnêtement le jeu. Mais globalement ?

A la décharge de tous, ce n’est pas facile, nous ne sommes pas « formés ». Mais n’est-ce pas l’école elle-même qui a formaté les non-démocrates que nous sommes devenus ?

Voir billet suivant

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02 juin 2008

Universités Populaires Parentales

Pris par le travail sur un ouvrage qui se révèle plus important que je ne le pensais au départ, mon blog est un peu en sommeil actuellement (mais pas son auteur !).

Je prends cependant un moment pour signaler un mouvement passionnant, né il y a 3 ans à l'initiative de l'ACEPP (Association des Colectifs Enfants, Parents, Professionnels), il s'agit des universités populaires parentales (UPP). Des groupes de parents, habituellement déconsidérés pour la plupart comme leurs enfants, émigrés, sans papiers, ordinaires,... qui se sont engagés dans la conquête de leur parole, dans l'affirmation de leur existence comme parents, dans leurs droits de penser, de critiquer, de s'auto-critiquer, de réfléchir collectivement, de proposer...  de s'autoriser à être "chercheurs" sur leur propre statut de parents insérés dans une société, face à des institutions.

Des universitaires les aident, en toute humilité (ce qui est intéressant à souligner... pour des universitaires) en leur apportant outils et méthodologie mais en restant totalement en retrait.

Il y en a 6 en France (Lille, Leznnes-Nord, Bassin minier-Pas de Calais, Vénissieus-Rhône, Pau-PA, collectif paroles de femmes-Rhône) une à Gand, une à Berlin, une en créatuon à Bruxelles.

Vendredi 30 mai un colloque d'une grande richesse faisait le point.

Je vous livre comment se définissent par exemple les parents du "collectif paroles de femmes" de l'UPP du Rhône :

"Nous sommes un réseau de groupes de femmes habitant les quartiers populaires. Nous sommes un réseau régional d'expertise et d'utilité sociale. Nous nous engageons dans la transformation sociale.

On dit que nous sommes des parents démissionnaires, nous somme des parents citoyens.

Avec l'UPP,

nous voulons passer de parents acteurs à parents chercheurs (tiens tiens, ça vous dit quelque chose enseignants fonctionnaires qui passent à enseignants chercheurs ? ! ndlr)

Nous voulons que nos enfants bénéficient des mêmes chances que les autres, du meilleur enseignement possible, de la même réussite, parce que quand on pense école, on pense réussite.

Nous voulons valoriser les potentiels et les talents des enfants et des familles habitant les quartiers populaires,

Nous voulons que le regard sur les familles des quarties populaires change,

Nous voulons déconstruire les représentations,

Nous voulons disqualifier la disqualification,

Réhabiliter la relation,

Dé-psychologiser,

Dés-individuliser,

Dé-médicaliser,

Pour

Re-sociologiser,

Re-citoyenniser "

Vous comprenez que, dès le début, j'ai été enthousiasmé par ces initiatives porteuses d'espoir !

Au passage, je vous signale un long commentaire très intéressant que vient de faire paraître ANNy Paule

Posté par bernard_collot à 10:25 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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19 décembre 2007

L'école psychodrame permanent

Je ne pense pas que l'on se soit encore bien rendu compte que l'école touchait le profond, les tréfonds de l'intimité des personnes, de leur essence même. Que ces "individus" soient les enfants, les parents ou les enseignants.

Il est d'ailleurs curieux que cet espace-temps qui occupe l'essentiel de la vie en construction des enfants et ados, qui coupe pendant une longue période les parents en deux (parent d'enfant, parent d'élève), dans lequel les enseignants ne peuvent pas qu'être "professionnels" puisqu'ils touchent, manipulent, influent sur des êtres humains, il est curieux que cet espace constitue un blanc absolu dans les investigations thérapeutiques de tous ceux qui s'occupent de l'inconscient. On peut le pardonner à Freud puisque, en son temps, l'école n'était pas aussi massivement prégnante qu'elle l'est maintenant, c'est plus difficilement compréhensible pour les générations de psy actuelles.

Ce tabou, ce trou noir dans lequel il ne faut surtout pas gratter, pose quand même question. Et ce qu'il faut presque appeler une cécité est probablement une des causes de l'échec des systèmes éducatifs et des dégâts qu'ils occasionnent et qu'on s'évertue à limiter aux dégâts scolaires, sociaux ou à cantonner à de soi disant dégâts culturels. L'institution est elle-même conçue, non seulement pour occulter qu'elle concerne des personnes et non pas des fonctions (élève, parent d'élève, enseignant), mais de surcroît pour placer ces personnes dans des situations où elles ne pourront qu'exacerber leurs pulsions négatives.

Je vais prendre un exemple vécu récemment dans une école.

Depuis l'an passé, la classe de CM a hérité d'une instite qui serait, disons zarbi !  Elle ferait des cours comme si elle était prof d'université (enfin, comme un prof d'université très caricatural), avec distribution de polycopies à étudier à la maison, polycopies expliquant par exemple la division que les mômes n'ont qu'à apprendre pour, le lendemain, faire un contrôle sensé vérifier qu'ils savent faire une division qu'ils n'ont encore jamais faite. C'est tout au moins l'image qui est transmise par les parents qui s'astreignent du coup à faire l'école tous les soirs. Transmis ou extrapolé par les parents qui n'ont d'autres moyens de jugement que ces "devoirs du soir" et ce que disent les mômes. Parce que la barrière, institutionnelle cette fois, entre école et familles est hermétique. Ils peuvent bien demander des rendez-vous entre 16H30 et 16H45 si leur employeur leur permet de quitter le boulot ou s'ils sont parent au foyer, mais pour avoir comme seule réponse sèche, le programme et la liberté pédagogique, avec, en prime, une incommunicabilité patente.

Ce serait bien "un cas" puisque cette enseignante aurait (on dit !) déjà provoqué dans des postes précédents des levées de boucliers et que ses propres collègues du RPI ont beaucoup de mal à travailler avec elle. L'inspectrice est au courant, lui envoie régulièrement un conseiller pédagogique, et l'action de l'administration s'arrête là.

Jusque là, ce n'est qu'un cas, un peu moins banal, un peu moins fréquent, un peu plus énorme, un peu moins supportable que ce qui se passe en général : votre enfant va à l'école, c'est la roulette russe qui détermine sur qui il va "tomber", ce qu'il va subir ou ce dont il va peut-être bénéficier.

Et puis, finalement, cette instite ne fait qu’appliquer stricto sensu, mais d’une façon caricaturale, les propos ministériels, eux-mêmes répondant à l’opinion sondée. Il suffirait qu’au lieu de faire des cours elle fasse des leçons, que les devoirs du soir ne soient qu’une application de ce qui a été fait en classe, et elle devient irréprochable ! Le fond du problème n’est, malheureusement, même pas la pédagogie.

Le psychodrame, partout latent, est là parfaitement en place. L’école et son personnel s’auto-protègent de façon hermétique. « Liberté pédagogique », on fait comme on veut, personne n’a à mettre son nez dans cette affaire en dehors de la hiérarchie qui ne le fait qu’avec une certaine prudence pour ne pas dire une prudence certaine, vu que ladite liberté recouvre en fait l’incapacité de l’Etat à dire ce qu’il faut faire pour réaliser ce qu’il demande. Cette autoprotection va jusqu’à laisser croire que la "pédagogie" ne doit pas faire partie des discussions du conseil d'école, ce qui n'a jamais été précisé officiellement dans un texte.

Liberté qui ne peut cependant empêcher les parents de penser, d’avoir une opinion et surtout de s’interroger et d’interroger, de vouloir comprendre, d’avoir des craintes, ces dernières se transformant vite en angoisses. Ce questionnement, légitime, est bien sûr source de dangers, comme tout questionnement, puisque, implicitement, il peut être une critique, une demande de remise en question, une obligation de justification, de cohérence. Un trouble à la tranquillité. Ce d'autant que l'éducation n'est faite que d'incertitudes (d'où la "liberté") alors que, quel que soit le côté de la barrière, on demande ou on se cramponne à des certitudes que l'on prend pour du professionnalisme. Les seules certitudes d'un vrai professionnel seraient au contraire celles des incertitudes qu'il devrait connaître. Ne pas le reconnaître fragilise bon nombre d'enseignants qui n'ont alors d'autres ressources que de se protéger et se réfugier derrière une liberté de pratiques que l'on n'a pas à expliciter et à expliquer.

C'est le cas de l'instite de notre exemple qui ne supporte pas la moindre interrogation sur le travail de ses élèves, que ce soit en public ou en privé. Pour elle, toute interrogation la nie.

Mais du côté des parents, tout refus de réponse les nie aussi. Ceci dans leur plus profond puisque l'objet de leur questionnement est une partie de leur chair sur lequel l'autre a tout pouvoir (1). Lorsque la personne est niée dans son essence comme dans sa fonction, elle n'a d'autres ressources que l'agressivité pour exister. Dans notre exemple cela prend des proportions violentes, verbales et proches parfois de l'agression physique de la part des deux protagonistes qui deviennent des ennemis.

L'impossibilité d'entamer un dialogue sur un objet finalement extérieur au personnes, le questionnement sur les pratiques, focalise l'agressivité sur les personnes elles-mêmes. Les parents sont pris pour des rustres qui ne respectent rien, qui ne comprennent rien puisque, de toutes façons, ils n'ont rien à comprendre. Quant à l'instite, tout en elle devient l'objet de surveillance pointilleuse : sa façon de s'habiller, ses remarques déplacées aux enfants (quelques-unes sont d'ailleurs vraiment déplacées, mais, en temps normal, elles seraient passé inaperçues), les références à ses propres filles, sa nonchalance dans la cour de récré, ses retards à la sortie… Par effet pervers, les parents qui n'ont pas le droit de porter un regard sur la pédagogie deviennent alors pire que les instits eux-mêmes : ils décortiquent les moindres polycopies données, se gaussent de la moindre faute oubliée, épluchent les contrôles, disent ce qu'il aurait fallu qu'elle fasse, qu'elle dise, fourrent leur nez dans tous les cahiers, sont à l'affut de tout ce qui pourrait être critiqué de leur point de vue de nouveaux pédagogues en lesquels ils se sont transformés. Pédagogues d'ailleurs encore plus traditionnels que les plus traditionnels, mais, à leur décharge, ils n'ont que leurs références d'anciens élèves pour être ce qu'ils ne sont pas.

Et bien sûr, la courroie de transmission dans ces relations instaurées, se sont les enfants eux-mêmes, l'objet du conflit. Ils sont d'ailleurs, dans tous les cas, partagés entre deux sphères d'influence en général inexorablement séparées : la famille et l'école. D'un côté enfant, de l'autre simplement élève. Si beaucoup d'adultes subissent aussi toute leur vie ce découpage de leur personne entre un sujet et un objet (est-ce que les ouvriers, employés sont bien autre chose que des objets, des pions, utilisables ou jetables dans pas mal d'entreprises ?) on peut penser que leur construction est au moins à peu près terminée. Les enfants, eux, se construisent en permanence et, quoi que fasse l'institution, les élèves sont quand même des enfants.

Dans notre exemple, évidemment les enfants jouent leur propre jeu quand ils ne le mènent pas. Malignement, férocement, ou innocemment ce sont eux qui dispensent aux parents l'information qu'ils veulent, transforment, suivant leur intérêt, leur propre besoin d'existence, la sphère qu'ils veulent privilégier, leurs propres angoisses, leurs désirs d'être reconnus, de susciter de l'intérêt. Ils deviennent à la fois otages et acteurs, victimes et provocateurs.

Et les autres protagonistes, c'est à dire les parents des autres classes, les autres enseignants ? Il est bien connu que dans un conflit relationnel, chacun cherche à ne pas être seul, à entraîner les autres. Dans le cas de l'école, tout se passe généralement sur son trottoir puisqu'il n'y a pas d'autres lieux d'échanges, d'information (2). Et c'est alors la rumeur qui enfle, se propage, l'angoisse qui gagne tout le monde, les stratégies de fuites qui se mettent en place, la sensation aussi du mur administratif aveugle qui s'accentue puisque, pour les privilégiés, on ne pourra rien faire d'autre que chercher ailleurs ce qui devient insupportable ici, pour les autres ce sera subir ou devenir de plus en plus méchant pour tenter alors de détruire la personne qui devient la source de tous les maux. Il est bien difficile de condamner ces attitudes puisque l'immobilisme serait considéré comme un désintérêt parental. Et on reproche assez aux parents leur soi disant désintérêt pour leurs enfants et leur parcours scolaire !

Et du côté des collègues de notre instite ? Elles admettent toutes, en privé, qu'elle est un cas bien ennuyeux. Mais elles font corps, instinctivement plus que rationnellement : si l'on touche à l'une d'entre elles, ce sont elles qui sont à leur tour en danger. Dans ce qui est un rapport de force, la moindre faille dans un camp, c'est le camp tout entier qui risque. Et puis on s'identifie aussi à l'autre qui souffre quand celui-ci a une quelconque ressemblance avec soi-même. "Vous vous rendez bien compte qu'elle doit souffrir, on ne peut pas en parler en public, il ne faut pas en rajouter, il faut attendre que cela se tasse". Certes, elles n'ont pas tort en ce qui concerne la souffrance. Mais c'est difficilement entendable pour des parents dont certains souffrent eux aussi vraiment, il est difficile de mettre en balance la souffrance d'une instite et des enfants qui subissent eux, cette souffrance.

En thérapie, les psychodrames aboutissent à l'amélioration du sort des patients, à des modifications du comportement, du regard sur soi-même et les autres. A l'école, ni les enfants, ni les parents, ni-même les enseignants ne sont des patients. Et les psychodrames que l'institution met elle-même en place, favorise, devant lesquels elle reste impassible, n'aboutissent qu'à des destructions.

Mon exemple est-il un cas particulier, rare ? J'ai parlé dans un billet précédent du psychodrame vécu dans les inspections. J'ai parlé ou parlerai du psychodrame des devoirs, celui des évaluations, des examens, de la maternelle, des récréations, des cantines, de la discipline… J'exagère ? Probablement dans certains cas. Probablement qu'il y a toutes les nuances. Je sais, et pour cause, qu'il y a des lieux éducatifs conçus pour l'épanouissement de tous.

Mais a-t-on pour but l'épanouissement des personnes ?

(1) Je reviendrai sur ce point dans un autre billet

(2) L'école est le seul endroit où les usagers doivent attendre, 4 fois par jour, sur un trottoir, qu'il vente ou qu'il pleuve, que l'administration daigne leur rendre ce qui est presque une marchandise ! Même dans les gendarmeries ou commissariats, même dans les prisons, il y a un hall, une pièce, un couloir où on peut attendre !

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15 décembre 2007

Ouvrir l'école aux parents

Je me suis à plusieurs reprises élevé contre la ghettoïsation de l’école, le cloisonnement hermétique de l’espace scolaire répartissant ce qui devient deux camps, chacun d’un côté d’une grille, avec un enfant qui passe quotidiennement d’un camp à l’autre.

A la demande de Philomène, lectrice (ou lecteur ?) de ce blog, j’ai publié sur mon site un extrait du « Dictionnaire d’une école du 3ème type », chapitre consacré à l’ouverture de l’école aux parents. Pourquoi ? Comment ?

http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/ouvrir_l'ecole.pdf

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23 novembre 2007

Être parent d'élève

Il m'est arrivé à plusieurs reprises et encore parfois d'animer des ateliers, séminaires et autres sur les thèmes de la parentalité (la coéducation, l'implication parentale, être parent d'élève…). En général, j'utilise une vieille technique qui consiste à demander d'entrée aux participants d'écrire en quelques secondes, sans réfléchir, le substantif, le verbe qui leur vient à l'idée à propos de l'objet de la réflexion. Ce qui permet d'ouvrir des pistes inusitées, d'impliquer d'entrée tout le monde, de balayer des non dits, de créer une dynamique.

Je vous livre ci-dessous, brut de coffrage, ce qui surgit lorsque l'on pose la question : "Parent d'élève, c'est quoi ?" (récupéré dans mes notes lors d'un grand nettoyage !)

"Un rôle………une fonction……………… une partie de la vie familiale bouffée………un bouc émissaire……… un plaisir……… des corvées……… des droits……… une souffrance………un boulot……… un citoyen……… une responsabilité……… attendre les vacances……… attendre la rentrée……… une expropriation……… un partage……… se poser des questions……… une lutte……… un manque de temps……… un sous-citoyen……… un trou dans le budget……… défendre mon môme contre l'institution……… de la diplomatie……… courir, courir……… une obligation……… une impuissance……… une responsabilité……… l'avenir de mon môme……… des devoirs, encore des devoirs……… recommencer mes études……… attendre sur le trottoir de l'école……… la course le matin, à midi, le soir……… mon enfant qui m'échappe……… des convocations……… faire croire à l'école……… convaincre……… ne plus avoir de droits……… l'ignorance de ce qui m'attend et de ce qui attend mon enfant……… l'angoisse……… 20 ans de ma vie……… réparer, atténuer, compenser……… ne rien comprendre et faire comprendre……… un décret……… des réunions……… consoler, rassurer……… faire croire à ce qu'on ne croit plus……… l'avenir de mon enfant……… être accusé……… se démerder……… trouver des solutions pour faire garder les enfants……… ne pas savoir quoi faire……… s'engueuler avec les instits et avec son môme……… n'avoir pas grand chose à dire……… s'occuper d'un tas de trucs dont on n'avait pas l'idée……… parent le soir, plus parent dans la journée……… souffrir en même temps que nos rejetons……… être obligé d'être autre chose……… une obligation……… ignorer ce qui se passe une partie de la vie de l'enfant……… passer pour un imbécile……… subir ce qu'on réprouve……… coopérer avec l'école……… être un mouton……… ne plus être un vrai parent……… accepter qu'un autre ait du pouvoir sur mon enfant……… partager l'influence……… la roulette russe………  être avec d'autres parents……… enthousiasmant……… se remettre en question……… se coucher tard……… plus de temps pour souffler……… boulot, école, dodo……… subir et faire subir……… taisez-vous, vous ne savez pas……… devenir plus répressif……… un autre parent……… faire faire des devoirs……… demander des RDV……… essayer de comprendre……… une perplexité permanente……… acheter le cahier de 50 pages, réglures seyès et il n'y en a plus………

Suivant les contextes scolaires, les premiers jets varient entre le franchement négatif et le positif.

Qu'est-ce qui vous viendrait à l'idée ?

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10 septembre 2007

enseignante, parents, enfants... heureux !

Une fois n'est pas coutume : je me contente, pour ce billet, de reproduire in extenso un message reçu ce matin d'une jeune enseignante. Mêmes si ce système éducatif reste aberrant, il y existe des oasis de bonheur qui devraient donner des envies et des forces pour changer. Faites-le savoir !

"ça y est, je me décide à prendre la parole ! Suite à la réunion parents de ce matin, je suis sur un petit nuage. Cette année, je suis ma classe de Ce1/Ce2 en Ce2/Cm1. L'année dernière à cette fameuse réunion, 5 parents s'étaient déplacés, aujourd'hui ils étaient 14. J'ai présenté mon projet (classe coopérative, entraide, travail qui repose sur le vécu et les préocupations des enfants, leur besoins....). Même si j'avais mis en place des trucs l'année dernière : quoi de neuf, conseil, texte libre, journal, plein de choses m'échappaient mais cette année (bien que d'autres choses m'échappent encore !!!), je me sens davantage en confiance, sereine et plus libre aussi dans mes choix pédagogiques (ahrrr !!! comme cette fichue inspection m'a bridé l'année dernière ! Je suis T3). Les parents dont j'avais déjà les élèves l'année dernière ont alors pris la parole et ont témoigné du changement de comportement leur enfant face à l'école(cool). C'est peut être pour ça qu'ils sont venus plus nombreux à la réunion ?!

Ensuite je leur ai présenté les différentes choses que nous avions fait dans la classe depuis le début de l'année : quoi de neuf et marché des connaissances, bilan après les ateliers. Là les parents des nouveaux élèves dans la classe (4) ont aussi pris la parole et ont exprimé à quel point ils avaient été surpris de l'enthousiasme de leur enfant dès la rentrée ! Puis je leur ai montré le petit arbre en train de pousser sur l'ordinateur et là un "oh" unanime,  émerveillés ils étaient ! Enfin, présentation des différents fichiers, projet d'une correspondance, un journal mensuel (+ un journal quotidien que je rédige pour le moment et que nous lisons tous les matins), une classe découverte.

Un échange très riche à suivi (ce qui ne m'étais jamais arriver les deux années précédentes : j'avais parler de maths, français, les évaluations les programmes et tout le bazard !) Des parents m'ont remercié pour le journal quotidien qui leur permettait enfin de savoir ce qui se passait dans la classe, m'ont demandé pourquoi ce "système" ne se faisait pas dans les autres classes (hmmmm) ect...ect.

Bref, autant vous dire que je me suis sentie super bien, calme, détendue et reconnue en tant qu'enseignante par le travail que je mets en œuvre pour les élèves et avec les élèves. J'ai été valorisée par ces regards de parents confiants, qui m'ont aussi proposé leur aide (youpi!). Je me sens d'autant plus responsable d'eux et motivée pour commencer cette nouvelle année scolaire ! J'ai aussi plein de questions mais ce sera pour un prochain mail ! Il faut que je digère tout ça !"

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13 avril 2007

Communauté éducative. Exit les parents !

« Pour autant je n'accepte pas que les parents soient considérés comme des membres parmi d'autres de la communauté éducative. Les parents ne sont pas membres de la communauté éducative, ils sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants. Je ferai abroger par le Parlement cette disposition de la loi Jospin de 1989, qui a mis en œuvre une vision tellement dogmatique et idéologique de l'école » Nicolas Sarkozy in Le Monde 11.04.07

Au moins, au fur et à mesure que la campagne approche de sa fin, se révèlent la nature profonde des personnages et de la société qu’ils prônent. La société « nationale-libéraliste » se dessine de plus en plus nettement : un état très fort quant il s’agit d’encadrer les citoyens, très libéral quant il s’agit du capital et de l’emprise du capital sur les citoyens. C’était le cas du « national socialisme » mais on ne s’embarrasse plus du social.

Dans cette déclaration, Sarkozy ne fait finalement qu’accentuer de façon définitive un état de fait tout contradictoire soit-il : les parents, comme citoyens, n’ont rien à dire, rien à voir, rien à faire en ce qui concerne l’espace où sont captifs leurs enfants une bonne partie de leur vie. Par contre ils en sont « responsables » ! l’Institution fait ce qu’elle veut mais n’est responsable de rien, les parents sont là pour assumer ses échecs. Les enfants ou les ados, eux, cibles de cette « communauté éducative », il y a belle lurette qu’ils ne sont plus des sujets mais des objets (élèves) sur lesquels on arrive même à rejeter les causes de malfaçon. On aura du mal à trouver plus totalitaire.

Mais qu’est-ce qui est mis sous l’expression communauté éducative ? Pour Sarkozy, mais aussi pour une immense majorité du monde enseignant comme pour une bonne partie de la population et des parents eux-mêmes, il s’agit seulement de l’ensemble des « professionnels », pardon, des « fonctionnaires » qui se trouvent dans l’enceinte de l’école. Depuis quelques années, on y rajoute quelques professionnels en périphérie, ensemble que l’on affuble du nom de « réseau » (psychologues scolaires, maîtres E, assistantes sociales, infirmières scolaires,…). Et plus récemment, devant les échecs répétés de cette fameuse « communauté », on l’étend aux professionnels privés ou associatifs affublés eux de la supposée capacité de faire du « soutien scolaire ».

Déjà on peut s’interroger sur le terme même de « communauté » dans la mesure où sous ce terme il y a l’idée de travailler en commun, faire ensemble… quand, en même temps, est affirmé l’absolue indépendance de chacun de ses membres les plus importants (importants par la durée du temps où les enfants doivent les subir) de par la sacro sainte « liberté pédagogique ». On parle alors d’une drôle de communauté composée de cases hermétiquement closes alignées les unes à côté des autres. Et les vagues réunions, qu’elles soient appelées conseil des maîtres, réunion de RASED, etc. ne font guère illusion. Ce d’autant que, selon le principe qu’il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, chacune s’adresse seulement à une des « castes » de la « communauté scolaire ».

Mais Sarkozy ne désignait même pas la communauté scolaire mais la communauté éducative. Il n’échappera à personne que cette communauté, si, elle, n’est pas plus large à ses yeux, englobe par contre un champ beaucoup plus immense que les simples apprentissages habituellement dévolus à l’école. L’État alors devient le maître absolu du type de futur citoyen, des types de futurs citoyens, qui lui semblent alors nécessaires. Si tant est que l’on pourra alors appeler ces individus des « citoyens ». Les parents étant responsables de quoi ? de la conformité de leurs produits génétiques à la norme étatique. Et se sont les socialistes, les gauchistes, les altermondialistes qui ne jurent que par l’État !

Sarkozy a déjà détourné Jaurès, Blum et bien d’autres. Le détournement du concept de communauté éducative serait anecdotique s’il n’était beaucoup plus sérieux et beaucoup plus grave, tant au point de vue démocratique qu’au point de vue de la construction des apprentissages eux-mêmes.

Si l’on s’en réfère aux visionnaires Illich, Mac Luhan et d’autres, on devrait pouvoir se passer de l’école puisque ce sont les sociétés elles-mêmes qui doivent être éducatives (villages, quartiers…), voire la planète elle-même. C’est d’ailleurs ce qui se passe encore dans certaines tribus qu’on n’ose même plus qualifier de primitives, dans certains villages de Colombie dans le cadre du programme « scola nova » d’une exceptionnelle réussite (à tel point que le gouvernement en a limé les principales dispositions, les enfants des populations reculées pauvres risquant de mieux réussir que les enfants de la bourgeoisie au pouvoir). C’est ce que j’ai approché moi-même dans ma classe unique de Moussac. Et c’est ce que n’arrêtent pas de découvrir, démontrer, tous les chercheurs qui se penchent sur le phénomène de l’apprentissage comme sur celui de la construction des personnes. Et c’est ce que savent très bien les privilégiés qui font fréquenter les écoles privées par leurs enfants, écoles où, bien évidemment, les parents-clients font alors bien partie de la communauté éducative.

Quoi qu’en dise Sarko, quoi qu’en pense une majorité d’enseignants, voire une majorité de parents, il n’est pas un langage qui ne se construise ailleurs que dans les interactions complexes de l’enfant avec tout son environnement. Toutes les personnes adultes de cet environnement, soit de par leur simple présence, soit dans les pouvoirs qu’elles ont sur cet environnement et son agencement, toutes ces personnes font nécessairement partie de la « communauté éducative ». On le sait même tellement bien qu’on admet que l’école de banlieue souffre de son environnement, même si, en réalité et a contrario, elle souffre beaucoup plus de l’exclusion de cet environnement.

Quoi qu’en pensent une majorité d’enseignants (parce que ça les arrange), une majorité de parents (parce que ça les arrange aussi), les savoirs ne sont pas transmissibles mais seulement accessibles suivant le degré de développement des divers langages atteint (oral, écrit, mathématique, scientifique, corporel, etc.). Si ces langages ne se construisaient qu’à l’école et du simple fait du maître, il n’y aurait jamais eu de problèmes scolaires en dehors de ceux créés délibérément (pour exclure une partie de la population de l’accession aux savoirs).

Si les apprentissages dépendent bien d’une communauté éducative qui dépasse largement le cercle scolaire, il semble donc logique, de simple bon sens, que l’ensemble de cette communauté participe à l’élaboration des stratégies éducatives qu’elle a intérêt à mettre en place. Ce qui n’exclut pas que dans cette communauté, un certain nombre de « professionnels » ont un rôle particulier à jouer, devraient avoir un certain nombre de compétences pouvant éclairer la communauté (un médecin doit par exemple être au courant des progrès de la médecine, des différentes thérapies possibles, des expériences réalisées par d’autres etc.) et un certain nombre de compétences permettant de mettre en œuvre et de conduire collectivement les stratégies, d’en proposer des réorientations suivant les effets constatés etc.

Si les stratégies éducatives ne sont pas neutres au regard de ce qu’elles peuvent induire (un citoyen obéissant, un citoyen responsable, un citoyen actif, un citoyen coopératif, un citoyen compétitif, etc.), il apparaît comme antidémocratique que leur seul choix soit confié sans contrôle à des fonctionnaires, sans que les membres de la communauté, à divers titres aient leur mot à dire et que ces « mots » puisent être pris en compte suivant les processus qui amènent aux consensus. Consensus qu’il est toujours facile à réaliser (je l’ai réalisé, toutes les expériences différentes l’ont réalisé) parce que le seul intérêt généralisé et commun à tous, c’est l’épanouissement de SON enfant ou de l’enfant de SON village ou quartier, même si sous le terme d’épanouissement on peut trouver des nuances. Ces dernières s’avèrent toujours surmontables. Pour ma part, c’est d’ailleurs cet intérêt commun que j’ai toujours pu faire apparaître qui m’a porté et me porte encore à être quand même optimiste.

Posté par bernard_collot à 10:18 - Réactions à l'actualité - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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