L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

19 mars 2008

Réformes, réformes, réformes...

Réforme, réforme et  re-réforme ! le mot miracle ! prononcé un nombre infini de fois ces derniers mois, ces dernières années, et encore plus aujourd’hui.

D’abord, il y a mille réformes possibles et différentes, mais tout est réduit en ce qui serait LA réforme. Bonnes gens, nous allons faire LA réforme, parce qu’il n’y en a qu’une !

C’est la plus vaste escroquerie intellectuelle à laquelle se prête complaisamment médias, pseudo intellectuels, politiques, tout ce qui a micro sur rue.

Or, tout ce qui est annoncé à grands cris, psalmodié comme la potion magique à faire ingurgiter de toute urgence au populo, n’a strictement rien à voir avec ce qui pourrait être une réforme ou une autre réforme. Les mesures annoncées,  soi-disant réclamées, ne changent strictement rien au système d’où découlent maux, injustice, inefficience. Elles ne font que, tenter d’aménager le système en restreignant certains de ses effets (retraites, sécurité sociale), l’amputer d’une partie sur laquelle il reposait (détricotage du code du travail), réorienter l’attribution de moyens (carte judiciaire), réorienter la distribution étatique (cadeaux fiscaux)... Ce qui ne réforme rien du tout !

Dans le domaine que je connais le mieux, l’éducation, ce serait à mourir de rire si ce n’était si dramatique. Voilà une réforme, annoncée à coups de clairons comme celle du siècle, qui consiste à supprimer trois heures de classe pour la majorité pour les faire subir à une minorité, à rajouter des contrôles et des évaluations à tous les coins de la scolarité comme on rajoute des caméras de vidéosurveillance à tous les coins de rue, à pondre un ennième programme, à instaurer des « stages » pour ceux que le système aura ou loupé, ou abimé, stages animés par… les mêmes, à proclamer une liberté pédagogique qui a toujours exister et qu’on aurait bien du mal à supprimer puisqu’on ne sait pas comment les enseignants pourront bien arriver à remplir les objectifs annoncés aux micros, tout en obligeant lesdits enseignants à pratiquer des méthodes officielles (comme si un ministre de l’agriculture décidait que les vignerons devront tailler comme ceci et pas comme cela, à tel moment et pas à un autre, ou comme si un ministre de la santé imposait le retour à la saignée systématique !) etc. Bref, faire croire au « peuple » qu’on a tout réformé quand on ne réforme rien du tout et qu’en fait de réforme on revient à toute allure à la préhistoire de l’école.

Dans le système éducatif il n’y a eu que deux moments où il y a vraiment eu tentative  d’un début de réforme, c’est à dire de modification du système éducatif :

- Lorsque l’on a instauré le collège unique pour tous. L’ennui c’est qu’à partir de cette modification partielle de la structure du système éducatif, on n’a pas d’une part modifié la conception éducative et les pratiques du collège, on n’a pas d’autre part modifié la conception et la structure de ce qui était en aval du collège. Cela a été comme mettre du gasoil dans un moteur à essence ! et de s’étonnetr ensuite que cela ne marche pas.

- Lorsque l’on a instauré les cycles. L’ennui, dans ce cas, c’est que cet embryon de réforme n’a jamais été appliqué ; et on accuse la même inappliquée réforme des maux d’aujourd’hui !

Ce qui est le plus inquiétant, c’est que tout le monde gobe cela sans sourciller. Seulement récriminer après un « programme » encore plus stupide que les autres, qui sera « appliqué » de la même façon que les autres, c’est aussi s’éviter de remettre en cause un système, remise en cause qui, elle, serait une réforme.

Finlandais, quelle potion magique avez-vous absorbée ?

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20 février 2008

Réforme attrape nigauds

Jules Ferry, voire Guizot, vont apparaître comme de dangereux révolutionnaires par rapport à ce qu’annonce, dans l’indifférence notre président et son valet, ministre de l’éducation. Rupture, réforme, changement… qui ne sont que de vertigineux retours vers ce qui était réservé aux peuples colonisés. Du « travaillez plus si vous voulez manger » et dites merci si vous avez du travail, au « que vos enfants se contentent d’ânonner, ça suffira comme fondamental ». Cela ne fait lever personne.

Notre petit père ne va pas tarder à proférer qu’il faut revenir à la saignée systématique et qu’elle sera le seul acte médical autorisé dans le système de santé octroyé au peuple, ce qui ne sera pas d’un niveau inférieur à ce qui est déjà proféré à longueur de médias sur tous les sujets.

Qu’il était bon le temps des serfs ! Mais ne vous tracassez pas, nous y revenons à grands pas. Cela s'appelle rupture et on pense pour vous.

Je suis abasourdi au-delà de ce qu’il est possible d’être abasourdi. Comme je ne peux imaginer que les culs-i de ceux qui nous gouvernent soient au degré zéro (ce qui vaudrait peut-être mieux), je ne peux que penser que c’est bien délibéré. Et je suis effrayé au-delà de ce que pourrait être une salutaire frayeur qui pousse au moins à agir, ne serait-ce que fuir.

Mais vous pouvez toujours discuter, ou plutôt écouter discuter nos docteurs patentés, sur "le plus grand bouleversement de l'école" que constitue la suppression du samedi matin" ! Comme on le sait, nous avions été grandement bouleversés par la suppression du samedi après-midi ou le transfert du jeudi au mercredi ! Nous avons de grands rupteurs !

Quelle chance nous avons de vivre dans une des mères de la civilisation.

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12 novembre 2007

Réforme scolaire, émission de télé (Duel), désespérant !

Suite à un article du monde sur les projets du ministre de l'Éducation Nationale et de l'émission "duel" du dimanche 11 novembre, mettant face à face Finkielkraut et Meirieu : désespérant !

Désespérant de personnages qui n'ont que le mot "réforme"(1) à la bouche et dont tous les propos s'évertuent à surtout ne rien toucher aux fondements éducatifs et sociétaux figés dans des systèmes qui perdurent immuablement depuis plus d'un siècle, malgré (et même contre) les "réformes" dont se complait à souligner l'inefficience. Ceci est même quasiment surréaliste quand ils sont tenus par des personnages qui se drapent dans leur notoriété d'intellectuels, d'écrivains et qui alignent sans sourcilier contradictions sur contradictions d'un niveau de comptoir de bistrot. Pauvre philosophie et pauvres philosophes : vous avez au moins raison sur un point : le niveau culturel et intellectuel de notre beau pays est tombé bien bas, vous en êtes la démonstration éclatante, vous qui vous prévalez d'avoir été "élevés" dans l'école à laquelle vous voulez que l'on retourne bien qu'on ne l'ait jamais quittée. Socrate, reviens vite parce que ceux-là ne boiront malheureusement pas la cigüe !

Désespérant les appels réitérés dans tous les domaines :"regardez ce qui se passe ailleurs" mais lorsque ce qui se passe ailleurs défrise vraiment (Finlande), alors il faut passer très vite, parce que bien sûr ça devient contestable ("oui mais, la culture…", cette fameuse culture figée dans la poussière derrière laquelle on se dissimule) et surtout "ce n'est pas transposable" ! Pardi ! il faudrait bien trop changer institutions et comportements et nos chantres patentés ne pourraient plus rien dire dans un domaine où ils sont manifestement ignorants et incompétents.

Désespérant les projets d'un ministre qui n'a strictement rien compris ni chercher à comprendre comment se construisent les langages (normal, il a été prof !) et l'inutilité avérée depuis des décennies des potions (ou saignées) qu'il prescrit, inutilité qui a justement conduit un petit nombre d'enseignants à avoir une autre approche… qui a fait ses preuves, mais, comme pour la Finlande,    cachons ce qui risque d'être déstabilisant.

Désespérant et révélateurs des propos comme "Monsieur Darcos admet qu'il rêve d'instaurer 8 heures hebdomadaires de français" ce qui laisse à supposer, qu'en dehors de ces 8 heures d'exercices et de leçons, plus rien ne se passe, ne se fait en utilisant la langue française, écrite ou orale ! Ce qui est par ailleurs la stricte et triste réalité !

Il faut d'abord écoute avant de s'essayer ou de faire a répété notre Ministre. Ecouter quoi ? le catéchisme littéraire. Ah ! ces belles lettres ! L'école coranique se généralise. On se plaît à constater le matraquage télévisuel (sans trop le dénoncer cependant), mais on ne peut que lui opposer un matraquage scolaire encore plus intense.

Lorsqu'il concède qu'il ne faut pas tout à fait proscrire les sorties scolaires ou les classes vertes parce qu'il faut laisser l'école respirer, étonnant aveu que l'on ne "respire" pas à l'école en temps normal, étonnante méconnaissance de la fonction directe dans les apprentissages de l'activité des enfants dans ces situations. Les réduire à de simples récréations, c'est tout ce que lui et bien d'autres sont capables d'en comprendre.

Renforcement de l'évaluation qui sera communiquée systématiquement aux familles, contre partie d'une "liberté pédagogique" réaffirmée. On ne change rien et on n'arrête plus d'évaluer ce qui n'a pas changé comme si par miracle c'est cela qui allait changer quelque chose ! L'évaluation, c'est l'essentiel de la pédagogie en France. On va même jusqu'à prévoir le contenu de ce qu'il y a à évaluer chaque année pour passer à l'échelon supérieur tout en disant en même temps que les cycles sont maintenus, ceux-ci ayant été précisément créés pour étaler sur 3 ans et de façon différenciée ledit contenu. On n'est pas à une contradiction près.

Déjà obnubilés par la psychose des évaluations, je ne vois pas comment les enseignants vont pouvoir encore renforcer cela, à moins de ne même plus faire leur quota d'heures normalement consacrées aux fameux apprentissages fondamentaux : l'école évalue déjà ce qu'elle ne fait pas ou rend même impossible. Alors ? vous en faites quoi Monsieur le ministre ?

Quant à la communication systématique aux familles, ce qui est déjà le cas depuis longtemps, je ne vois pas quelle contrepartie cela peut être à la "liberté pédagogique" : est-ce qu'en cas de mauvais résultats les méthodes devront être remise en question ? est-ce que les méthodes ou les évaluations pourraient être contestées voire simplement discutées ? On sait bien que cette communication n'a d'autre objet que de faire contribuer les familles à la pression sur les enfants qui ne rentrent pas dans les cadres évaluateurs. Parents voyez l'évaluation de votre progéniture, la balle est dans votre camp, à vous de jouer. Peu importe le fait que la France soit à la fois dans les plus piètres résultats scolaires et championne du monde du stress des écoliers, collégiens et lycéens. Circulez, il n'y a pas de rapport.

Quant à la liberté pédagogique, elle est devenue limitée à la façon dont on apprendra "be a ba" Comme champ libre, c'est plutôt réduit. Et évaluer la progression normalisée du "be a ba" ne revient qu'à évaluer la quantité de futurs illettrés programmée et même pas celle des lettrés possibles qui n'a strictement rien à voir avec cela.

Quant au renforcement des liaisons école et familles, ce n'est pas le premier ministère à le prôner. Mais il ne s'agit rien de plus que de renforcer l'allégeance des familles à l'école. On n'a d'ailleurs pas grand mal grâce au relai médiatique. Si l'école marche mal, si les enfants apprennent mal, c'est que les familles ne soutiennent pas suffisamment l'école. Que l'on soit sous régime ultralibéral ou sous régime socialiste, l'Ecole de l'État reste un État dans l'État : le parent citoyen doit contribuer ou subir sans mot dire. Le plus fort, c'est que ça marche déjà… mais que ça ne sert à rien ! Finalement l'État n'a pas trop de soucis à se faire : ses citoyens actuels, se sont ses anciens élèves. Il n'y a que les anciens cancres ou allergiques scolaires qui peuvent lui poser quelques problèmes avec une pensée moins formatée et malencontreusement plus critique.

Priorité absolue à l'apprentissage de la langue française. Heureusement qu'on est en France ! Un certain Louis LEGRAND avait conclut un rapport, il y a une trentaine d'années, en écrivant que "le seul critère d'entrée en 6ème devrait être la possession de la lecture". Il avait été gaillardement descendu en flammes par les mêmes qui soutiennent la politique scolaire actuelle ! il est vrai qu'il entendait sous cette expression la capacité de s'approprier le sens de la plupart des écrits auxquels les enfants pouvaient ou allaient être confrontés durant leurs parcours scolaires ou extrascolaires. Ce qui était autre chose et d'un autre niveau que de pouvoir conjuguer en long en large et en travers une liste de verbe réguliers ou irréguliers ! Les éminences telles Finkielkraut, chantres de ladite langue française, en sont les plus ardents et aveugles fossoyeurs.

Mais, assure le ministre, avant finalisation des mesures, cela sera peaufiné avec les syndicats. J'ai beaucoup de respect pour les syndicats et les syndicalistes. Mais, à ce que je sache, ils ont compétences pour défendre les intérêts d'une profession et des personnels, ce qui est légitime et indispensable. Mais, à ce que je sache aussi, leurs représentants n'ont pas été élus sur leurs compétences pédagogiques. Il eût semblé raisonnable que si des discussions avaient été envisagées, celles-ci s'engagent avec les organisations qui se penchent, elles, depuis des décennies sur les problèmes des apprentissages justement et qui sont reconnues… jusqu'en Finlande. La France en est même riche. C'était probablement trop risqué et il aurait alors fallu… réformer ! il vaut mieux ignorer et faire ignorer ce qui dérange.

Puisque parmi les mesures il y a ce qu'on ose appeler des "stages de mise à niveau" (2), je propose à notre ministre et à ses éminences un stage d'une quinzaine de jours dans un des quelques établissements qui, par leurs approches différentes dans des milieux difficiles, démontrent depuis belle lurette que nos gouvernants sont à côté de la plaque et n'ont rien compris : peut-être sauraient-ils alors de quoi ils parlent (puisqu'ils disent qu'il faut écouter avant de faire), peut-être qu'ils apprendraient, avec ces élèves, à réfléchir.

Encore plus désespérant quand son enfant est coincé dans cette machinerie éducative.

(1) le terme "réforme" est celui qui a le plus grand nombre d'occurrences dans tous les propos assénés et transmis complaisamment par les médias depuis quelques années, et ce dans tous les domaines !

(2) Si par un stage de 15 jours on peut remettre des enfants "à niveau", comment alors ne pas se demander pourquoi l'école leur a fait perdre ce niveau en 6 ou 7 ans ?

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29 octobre 2007

Réforme de l'école primaire : stages pendant les vacances !

Humeur !

Dans la réforme qui ne réforme surtout rien, notre ministre Darcos, comme ses prédécesseurs, fait de plus en plus fort (1). Je n'arrête pas, dans ce blog, sur mon site, dans mes écrits, de dénoncer le taylorisme scolaire. Si avec cette dernière mesure ministérielle on ne comprend pas, c'est à désespérer !

Le maillon de la 6ème attend désespérément des "produits conformes" pour pouvoir fonctionner. Tout le module collège que l'on n'a pas touché depuis la massification de l'enseignement, demande cette conformité pour que tout aille à nouveau pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Alors, puisqu'il y a trop de produits défectueux, on va les rendre conformes au forceps. On va les garder un peu plus dans la machine en rajoutant une dose. Dans une machine à laver, on peut essayer de faire disparaître les taches réfractaires en choisissant un programme plus lourd (plus long, plus chaud, plus de lessive) … en prenant le risque de transformer le coton, le linge fragile en charpie.

Faire disparaître ainsi les taches scolaires qui déparent la garde-robe et qui gênent la bonne marche de l'organisation éducative immuable, cela devrait paraître pour le moins douteux à tous ceux qui considèrent qu'un enfant, un ado, ce n'est pas une pièce vestimentaire. Cela paraît encore plus surréaliste quand on fait faire le supplément de nettoyage par ceux qui ont produit les taches ! Il est vrai que dans le marché des taches scolaires, il y a déjà, depuis pas mal de temps, d'autres nettoyeurs marchands, prêts à ramasser le linge sale et à faire monter la cote de leurs affaires en bourse.

Devoirs, leçons à apprendre comme le Coran, stages pendant les vacances, cours particuliers, internats…, qu'est-ce que nos ministres vont bien encore pouvoir "réformer" pour ne pas réformer la machine, leurs pensées, leurs croyances et peut-être leur idée de ce qu'est un enfant, un individu, un citoyen ?

Quelle chance nous avons de vivre dans un monde intelligent !

(1) D'ailleurs, ile terme de "réforme" qui nous est ressassé à longueur de discours et de médias , dans tous les domaines, est assez stupéfiant : il s'agit chaque fois de raffermir ou de revenir au système existant qui édicte de façon immuable les rapports sociaux, sociétaux figés depuis des décennies, voire des siècles. Et la position de chacun dans ces systèmes : que chacun reste à sa place. Et nos dignes et bien sûr irréprochables transmetteurs de l'info correcte, ne parlent que de LA réforme, les contestataires de LA réforme ne pouvant être que de stupides rétrogrades. Il ne vient à l'idée de plus personne que des réformes, il peut y en avoir une infinité de différentes, ayant des fondements, des objectifs tout aussi différents mais remettant en cause ce sur quoi quelques-uns sont confortablement assis. Et on ose fustiger "une pensée unique" ! Je crains que nous soyons justement devenus inaptes à penser.

Posté par bernard_collot à 15:03 - Réactions à l'actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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