L'éducation ou l'école au jour le jour

Réflexions pour une autre école, une autre éducation, sous forme de billets. L'école vue par un ex enseignant toujours parent, en complément au site "Une école du 3ème type" (http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/)

05 septembre 2008

Semaine de 4 jours (2)

Extrait d'un texte de Hubert MONTAGNER, expert reconnu internationalement sur tout c qui concerne les rythmes de l'enfant. Texte complet ici

" A-t-on vraiment pris conscience que les nouveaux rythmes scolaires combinés aux nouveaux programmes constituent une maltraitance larvée des enfants les plus fragiles, vulnérables, en souffrance ... ?

Je pense qu’il faut porter au niveau international le fonctionnement implicitement maltraitant de l’école de la France.

Avez-vous imaginé ce qu’est la journée scolaire des enfants en échec scolaire, quel que soit leur âge ? Ces enfants dont la plupart sont dans l’insécurité affective, en raison principalement de ce qu’ils vivent à la maison avec un ou des parents malades, dans la misère, au chômage, au rythme de travail épuisant et stressant, en conflit aigu ... ont aussi des troubles du sommeil et de la vigilance. L’observation montre qu’ils sont déjà “largués” en fin de matinée ou au début de l’après-midi (ils n’écoutent pas, sont agités, autocentrés, agresseurs ...). Ils subissent ensuite le temps scolaire, assis sur leur chaise et dans l’attente de la délivrance de 16h.30.

Désormais, au CM2, ils devront subir tous les jours et “sans broncher” 2h.30 de leçons formelles et explicites de français (10 heures sur 24 heures de temps scolaire par semaine), et un peu plus d’une heure de calcul et mathématiques (5 heures par semaine). Une telle pression intellectuelle et relationnelle est biologiquement et psychologiquement impossible à supporter par des enfants dits en échec scolaire, ou plus “simplement” en difficulté scolaire (1). Comment voulez-vous qu’ils puissent vivre dans la confiance en soi et dans autrui, dans l’estime de soi, dans l’espoir d’apprendre, d’avoir envie d’apprendre ou de pouvoir apprendre ? Il n’est pas étonnant qu’ils se rebellent et qu’ils rejettent l’école. Il n’est pas étonnant qu’ils s’écartent de la société et qu’ils s’enferment dans des conduites destructrices ... et autodestructrices.

Faut-il rappeler ici que les Français sont les champions du monde de la consommation de somnifères, psychotropes ... et qu’ils sont parmi les champions de la consommation d’alcool et du suicide ?

(1) BC : je dirais pour mon compte que c'est insupportable pour TOUS les enfants. S'il y en a qui "s'en tirent" un peu mieux que les autres, c'est tout aussi dommageable pour eux.

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Semaine de 4 jours

Interview donné à Anne-Claire THERIZOLS pour la revue « Côté mômes »

Anne-Claire THERIZOLS - La semaine de quatre jours est présentée comme permettant justement de libérer le samedi matin pour que les professeurs aident les élèves les plus en  difficulté... Auquel cas ils ne seraient pas livrés à eux-mêmes mais épaulés par  petits groupes, dans des conditions justement moins stressantes que le reste de la semaine. N'est-ce pas une bonne chose ?

BC - C'est d'abord le constat d'une école malade depuis longtemps ! L'aveu que si bon nombre d'enfants sont en difficulté, c'est qu'ils sont soumis à un stress peu compatible avec les apprentissages, stress dont il est reconnu que l'école française est la championne du monde. Drôle d'idée de laisser perdurer, voire d'accentuer la cause du mal en compressant la même quantité à ingurgiter dans un temps plus réduit, pour maintenir ceux qui en souffrent le plus dans un temps supplémentaire que l'on annonce comme plus cool. Ce dont on peut douter d'ailleurs puisque ce sont les mêmes "opérateurs", qui stressent à longueur de journée dans une pédagogie frontale du troupeau, qui vont avoir la tâche de "déstresser"... ce qu'ils ont eux-mêmes provoqué ! C'est une façon de... ne rien changer, de ne rien toucher à la logique et aux pratiques scolaires dans lesquelles on est enfermé depuis des décennies. La dite "réforme" est un magnifique exemple de non réforme, de fuite en avant. Ce qui est dramatique, c'est que opinion comme décideurs prennent pour du bon sens ce qui n'est que de l'aveuglement.

AT- Si ce n'est qu'il semblerait que ce temps d'aide aux plus "en difficulté" soit  très difficile à mettre en place parce que dépendant en partie des mairies, en  partie de l'Education nationale qui visiblement a laissé le champ libre aux directeurs d'établissements... Qui se trouvent ne pas être vraiment décisionnaires dans le primaire. Plus personne de s'y retrouve. Quel va être selon vous le résultat de ce "cafouillage" ?


BC - Des heures sup... pour un petit nombre d'enfants ! l'institutionnalisation des "devoirs" pourtant prohibés depuis un demi siècle, les uns les faisant à la maison, les autres en classe... après l'école. Des temps de détente enlevés, parfois au moment où les enfants en ont le plus besoin comme celui suivant les repas, puisque c'est le plus pratique pour les enseignants et les transports scolaires en milieu rural. Encore que ce temps de l'interclasse de midi soit rarement conçu et aménagé comme un vrai moment de détente. Un casse-tête et un souci supplémentaire pour les parents qui devront jongler avec le ramassage scolaire ou la récupération de leur progéniture à 16H30. De l'énervement et du stress supplémentaire ! 

Ce qui est étonnant, c'est qu'existe, en un certain nombre d'endroits, un tissu périscolaire souvent remarquable et qui a fait preuve de son efficience éducative en sortant du champ et des activités scolaires. Ces associations, qui ont du mal à subsister financièrement, ont pourtant fait la preuve qu'en permettant l'épanouissement des enfants dans une multitude d'activités créatrices, coopératives, ludiques... de plaisir, elles atténuaient l'échec scolaire provoqué par l'école elle-même. C'est ce tissu qu'il aurait fallu favoriser et développer... en attendant que l'école se refonde sur une autre logique, une autre conception de l'enfant et non de l'élève. Au contraire, offrir aux enfants autre chose que l'école et résolument hors de l'emprise de l'école, telle elle est actuellement.


AT - Curieusement, les professeurs, pas plus que les parents, n'ont pas l’air de  trop râler sur cette semaine, hormis sur le fait qu'il faudra qu'ils fassent le programme en quatre jours au lieu de quatre jours et demie. Certaines mauvaises langues disent que les profs ne penseraient qu'à eux, plutôt contente de gagner une grasse matinée dans la semaine. Qu'en pensez-vous ?


Sincèrement, je ne pense pas que prof et parents ne pensent qu'à une grasse matinée gagnée. Mais ils sont, les uns et les autres, englués dans leurs représentations de l'école, de l'acte éducatif, de la transmission des savoirs qui se feraient de force dans une chaîne scolaire tayloriste. La chaîne ne fonctionne pas. Plutôt que d'admettre que c'est le concept de chaîne qui est inopérant, on essaie depuis longtemps d'apporter des retouches à sa structure : on raccourcit ou on allonge son temps de fonctionnement (on n'en est pas encore arrivé aux 3*8 !), on modifie à tout bout de champ ce qu'on doit y mettre (programmes) dans chaque maillon (classe), on donne de nouveaux modes d'emploi aux OS (enseignants) qui doivent greffer lesdits programmes sur les pièces de leurs ateliers, les élèves (BE A BA !), on instaure des points de contrôle de conformité (évaluations), mais on ne sait pas trop quoi faire de ce qui n'est pas conforme, d'où l'instauration d'ateliers de réparation (les fameuses aides !), etc. Souvent en toute bonne foi. Et depuis toujours dans la plus parfaite inefficacité !

Tant que l'école restera un espace de type carcéral, tant qu'elle ne deviendra pas un espace éducatif permanent où enfants et ados auront plaisir à venir, à vivre, à grandir, à s'y construire,  j'ai envie de dire, cyniquement, moins ils y seront mieux cela vaudra !

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21 décembre 2007

Semaine de 4 jours. Hubert MONTAGNER

Je vous signale un article à paraître sur Libé de Hubert MONTAGNER, chronobiologiste et directeur de recherches à l'INSERM, sur la semaine de 4 jours. Vous le trouverez non coupé ici :

http://assoreveil.org/semaine%20quatre%20jours%20hubert%20montagner.html

Hubert MONTAGNER appuie ses dires sur des travaux d'observation scientifique monumentaux qu'il a réalisé à l'INSERM et ailleurs, contrairement aux chantres qui s'expriment à longueur de médias et d'écrans cathodiques. Ce qui est passionnant et donne plus de force à son travail, c'est qu'il n'est parti d'aucun a priori pédagogiques ou idéologiques. Une bonne partie concerne les apprentissages, de la petite enfance à l'enfance. Que l'on soit parent et/ou enseignant, il apporte des éléments à la réflexion ou à la construction d'une pratique.

Il est relativement peu connu en dehors des milieux spécialisés, c'est bien dommage.

Dans le même domaine, un autre grand personnage décédé il y a peu, ne cessait de tirer les sonnettes d'alarme. Il s'agit de Guy VERMEIL. Médecin, c'est à partir de ses observations cliniques, des enfants reçus dans son cabinet dont il avait à essayer de réparer les dégâts scolaires, qu'il s'élevait comme Hubert MONTAGNER contre les stupidités du système éducatif. Il n'a pas plus été entendu !

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28 septembre 2007

semaine scolaire : suppression du samedi matin

Très bousculé en ce moment, j'ai quelque mal à aborder tous les sujets qui quotidiennement mériteraient d'être soulevés !

Le dernier en date, les rythmes scolaires et la semaine de 4 jours. Tarte à la crème récurrente  ou os jeté aux médias ce qui évite de s'appesantir sur d'autres sujets bien plus gênants. De toutes façons, on a beau triturer la chaîne industrielle scolaire dans tous les sens, on ne la change pas, pas plus que son inefficacité et ses nuisances. Quatre jours ? cinq jours ? quatre jours et demi ? on a déjà tout essayé sans que cela ne change grand chose. Et puis tous les enseignants le reconnaissent : compressez la chaîne, vous compressez ce qui se passe dans chaque maillon. Si vous diminuez ce que doit produire la chaîne (l'ingurgitation de programmes), égosillements sur une soi-disant baisse de la "qualité" ! Alors ce que l'on enlève d'un côté (une demi-journée) il faut absolument le rajouter à un autre endroit de la chaîne (diminution parallèle des vacances), chacun sachant bien que les journées supplémentaires rajoutées avant les vacances ne servent pas à "finir des programmes" dont les mômes ont déjà l'overdose. Ce qui est finalement l'intérêt inattendu de ces journées où on peut souvent enfin respirer à l'école. Mais pas question de diminuer aussi l'emprise de l'école. Tiens ? serait-ce si nuisible ?

Tout le monde doit quand même bien se douter que le problème n'est pas dans une répartition de la dose obligatoire qui reste dans tous les cas tout aussi indigeste. Diminuer la dose en la servant toujours de la même façon n'a pas plus d'effets, tous les diététiciens vous le diront. Et les aliments indigestes seront toujours indigestes.

Vouloir se servir des travaux par exemple de Hubert MONTAGNER sur les rythmes scolaires de l'enfant c'est également l'impasse : celui-ci, que je connais bien, m'a fait qu'observer ce qui se passait dans l'enseignement traditionnel. Dans ce cadre pré-établi, il n'a fait que constater à quels moments les enfants, collectivement, répondaient le mieux aux stimuli de l'enseignant (réactions aux consignes) mais pas à quels moments et selon quels rythmes ils apprenaient réellement. Il m'a avoué lui-même qu'il lui était impossible matériellement de faire des observations du même type dans une classe fonctionnant dans une autre approche où les constructions individuelles de chaque enfant s'effectuaient à travers la réalisation d'une multitude de projets émanant d'eux-mêmes ou du collectif. Tous ces autres travaux (l'enfant auteur de ses apprentissages) vont d'ailleurs dans le sens des rythmes individuels, non linéaires, non prévisibles.

La croissance d'un enfant, qu'elle soit physique, intellectuelle, psychologique, cognitive n'a strictement rien à voir avec la production massive et programmée "d'objets" standardisés d'une chaîne industrielle.

On peut toujours le croire et s'évertuer à discutailler sur le rythme de la chaîne. Le seul point positif, c'est qu'à se propos on ne s'empoigne pas, anciens ou modernes. Mais est-ce vraiment positif ? Cela évite juste d'avoir à s'interroger sur le fond.

J'avais écrit il y a quelques années une contribution pour une table ronde d'une ennième concertation nationale qui n'a pas eu plus d'effets que les précédentes ou les suivantes.

A contrario, j'y défendais une école ouverte en permanence, y compris pendant les vacances comme cela se passait dans ma petite école (espaces éducatifs permanents). Elle mériterait d'être actualisée, approfondie et ré-écrite. Le temps me manque. Vous la trouverez là :

http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/rythmes.htm

Posté par bernard_collot à 14:40 - Réactions à l'actualité - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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