06 mai 2009
unschooling
Mes temps disponibles étant consacrés à l'écriture d'un ouvrage depuis bien longtemps sur ma table, ce blog est quelque peu (!) en sommeil. Mais Laura m'ayant envoyé un message très intéressant, je trouve dommage de le conserver et je vous le transmets ci-dessous avec ma réaction : un blog, c'est de l'interrelation, de l'interaction, vous (lecteurs) pourriez donc le réveiller et vous y exprimer !
une petite question
Bonjour,
alors je me présente, Laura, passionnée (et pratiquante) des alternatifs à notre société minable et plus particulièrement à celle en matière d'éducation.
Voici les plus grands livres que j'ai lu sur le sujet sur les 12 derniers mois , en ordre chronologique : "Une société sans école" , "10 mensonges sur l'école à la maison", "Libres enfants de Summerhill", "The teenage liberation handbook" "Instead of education" ,"Escape from childhood" et "Insoumission à l'école obligatoire". Par ces lectures et de mon expérience j'en suis arrivé à la conclusion que pour ce qui est de l'école primaire, la meilleure alternative que ce soit à l'échelle individuelle ou collective (si on aime rêver) serait en effet une école comme celle que vous aviez créé, une école qui soit un espace éducatif ouvert à la communauté (pour éviter la ségrégation), qui ne monopolise pas le temps de l'enfant (pour éviter l'enfermement) et évidemment qui ne décide pas ce qu'il doit apprendre et com ment, ne le note pas etc...
Maintenant pour ce qui est de ce qu'on appelle communément " les ados" c'est à dire ces personnes qui sont dans le même état de dépendance aux adultes que les enfants tout en étant considéré assez grands pour prendre le train et l'avion en non-accompagné, je crois que ce qui outre- atlantique est nommée "unschooling" est plus approprié à la fois individuellement et collectivement.
Que je m'explique: comme mentionné ci-dessus, vers les 12 ans de notre progéniture on ne ressent plus vraiment le besoin de la faire "garder" ce qui est, veut, veut pas, une des fonctions de l'école, ensuite une fois franchi les bases (lire,écrire compter etc), dire qu'il FAUT savoir ceci ou cela me semble un peu beaucoup arbitraire et surtout parce que je crois que si il doit y avoir une "majorité" la situer après 12 ans me semble plus nocif qu'autres chose ( mais je suis autant sinon plus d'accord avec John Holt sur la 'majorité optionnelle' dés qu'on le demande avec preuve de compétence si nécessaire ; je me rappelle d'ailleurs que je l'avais souhaité et imaginé moi-même vers mes 10 ans). Ah oui, l'unschooling constitue comme le mot l'indique la non-scolarisation ( et non pas la scolarisation à domicile: homeschooling), et ces pratiquants (en Amérique principalement) essaye au possible de participer au monde comme on dit: ils deviennent apprentis , font du volontariat et bien sûr des études indépendantes (à l'aide des bibliothèques, réseau d'échange de savoir, cours communautaires, université populaire). Certaines de leurs occupation sdeviennent leur gagne pain, et d'autres finissent par passer le SAT(avec de très bons scores généralement) pour rentrer à l'"university".
Je suis totalement en accord avec toi. C'est la seule vraie perspective humaniste. Pour l'avoir en quelque sorte approchée dans ma propre expérience, elle n'est pas utopique et dans l'ordre du possible quant à son efficience sur tout ce qui rend ceux qui se pensent rationnels dubitatifs.
En ce qui concerne la santé, une association portugaise, "In loco" et son médecin instigateur, Alberto Melo, travaille (ou travaillait parce que je l'ai perdue de vue) dans ce sens. Elle fait (ou faisait) partie d'une autre organisation, l'Institut des Communautés Educatives (ICE, Setubal) qui a les mêmes perspectives éducatives, philosophiques, sociales que nous.
Pour le unschooling (comme pour le homeschooling), nous butons dans notre société sur l'absence d'espace où enfants et ados puissent constituer des communautés où se construisent leurs propres interrelations. Après et/ou à côté de l'espace familial, la vraie socialisation (celle qui consiste à construire son autonomie -être et être avec les autres, au milieu des autres, et par les autres - au sein de groupes et dans l'interrelation) se poursuit d'abord avec d'autres enfants, d'autres adolescents. Dans le voisinage, le village, la cité. Voir la "guerre des boutons" qui n'est d'ailleurs pas forcément le meilleur exemple, malgré l'attachement sentimental que ce bouquin provoque, puisque l'organisation qui en découle c'est justement... la bande, cette dernière étant, à mon sens, la conséquence d'une non socialisation préalable, dans la famille, dans l'école ; la bande, c'est pour moi, une réaction de survie sociale, la seule solution, faute de mieux. Plus l'école est rigide et castatrice de l'interrelation, plus les bandes structurent les cours de récré, puis la rue, le village, la cité (ce qui ne s'observait pas dans mon école et pas ou peu dans les écoles pratiquant des pédagogies modernes fondées sur l'interrelation). D'ailleurs la forme d'organisation dans laquelle sont ceux qui dirigent nos sociétés est bien la bande. Cela devient criant et aveuglant en cette période de "crise" (politiciens, financiers, multinationales...). Cela pourrait faire rire, si ce n'était pas dramatique, quand ont voit les mêmes pondre des lois "antibandes" ! La bande, c'est la première forme d'organisation primitive quand la survie est fondée sur la prédation collective et le partage fondé sur un rapport de forces (bandes de loups par exemple). C'est la collectivisation des moyens de survie (sociétés agricoles) qui a donné naissance à d'autres formes d'organisations, de rapports sociaux, permettant à la fois survie collective et survie individuelle.
Il n'empêche qu'enfants et ados ont ce besoin naturel d'interrelations libres et ne dépendant que d'eux, d'appartenance (il n'y a pas de socialisation possible sans le sentiment d'appartenance), qui se réalise d'abord avec leurs pairs. Je suis bien d'accord, l'école ne le permet pas, mais pour la plupart, c'est le seul endroit où ils peuvent rencontrer leurs pairs. Les villages sont vides la journée ! Je sais bien que beaucoup de parents qui ont fait le choix du homschooling en sont conscients et essaient d'apporter cette possibilité fondamentale (par exemple, dans la Haute-Loire je crois, des parents déscolarisant leurs enfants ont créé un réseau, des rencontres...). mais il faut reconnaître que cette possibilté concerne peu de monde.
Tu proposes en somme la fin de la scolarité obligatoire au plus tôt. Je serais d'accord si simultanément on instaurait la possibilité de scolarité permanente ! Disons plutôt d'éducation permanente (retourner ou aller au lycée, à l'université, quand on veut, quand on en a besoin, envie..) Et en même temps si on créait des espaces où les ados pourraient se retouver ayant à faire, inventer, créer, rêver, parler (PARLER !)
Dans l'immédiat, en attendant la société sans école de Illich, il faut continuer à lutter pour que l'école change, la dénoncer, tâcher de compenser ses méfaits, ses carences par la création d'espaces parallèles de vie pour enfants et ados. A ce propos je signale à nouveau la remarquable expérience de l'association Intermède de Longjumeau (http://assoc.intermedes.free.fr/Chron_Rob_08_09/Chroniques.htm)
Je me permets de publier ton message et ma réaction sur le blog. Concentrant mes rares temps disponibles à l'écriture d'un ouvrage depuis longtemps sur ma table, mon blog est en sommeil. Mais il pourrait se réveiller de par ses lecteurs eux-mêmes !
Bien cordialement.
Donc voilà j'étais curieuse de votre avis sur la question : ne serait-ce pas mieux plutôt que de faire des collèges et lycées Freinet(ou Montessori..), de donner la possibilité aux ados (et aux adultes, s'il ya vraiment une différence) de faire des apprentissages, du bénévolat, des études indépendantes ?
Je ne sais pas vous, mais moi ça me fait rêver, rêver de milliers de bâtiments scolaires transformés en lieu communautaire, ou les plus petit pourront toujours trouvés des éducateurs pour leur apprendre les "bases", et tout les autres s'y retrouver pour apprendre que ce soit en autodidacte, ou en échange entre égaux ou en cours magistraux , on peut même rêver de plus, rêver non pas seulement de centre "d'éducation" mais aussi de centre " de santé" (parce que la Santé comme l'Éducation est bien perverti dans ses institutions actuelles) où l'on pourrait pratiquer diverses activités sportives et consulter un médecin (qui sait faire plus que rédiger une ordonnance pour des antibiotiques), recevoir des massages de volontaires, etc... rendre à la Communauté, sa Santé, son Éducation et aussi son Économie, son Industrie, son Agriculture et peut-être même son POUVOIR.
Bien à vous,
Laura
ps: Désolé de vous écrire si longuement pour une première fois mais les personnes qui tiennent des discours comme les autres si rares et leurs opinions si précieuses...
19 février 2009
PLUS de REFORMES : une REVOLUTION !
Lorsque manifestement une machine ne fonctionne plus et ne produit aucun des effets que l'on serait en droit d'attendre et au contraire accumule et multiplie les effets nocifs, on n'essaye pas de la réparer, on la change !
PLUS de REFORMES : une REVOLUTION !
- Un autre système éducatif
- Un autre système économique
- Une autre organisation et d'autres rapports sociaux
- Un autre système agricole
- Une autre démocratie.
22 décembre 2008
Il faut tuer le père noël
S’il est bien une période de l’année exécrable, c’est celle-ci ! Et si des vacances sont faites pour que chacun, adultes et enfants, se reposent, retrouvent une intimité, un calme, se refassent une santé à tous points de vue, ce ne sont certainement pas celles-ci ! A part pour les privilégiés qui peuvent s’échapper 15 jours dans leurs chalets.
Je passe sur la période qui précède pour les adultes : les fins d’années à boucler au boulot, quand on en a un, les soucis de fin d’année avec les injonctions des factures, les courses à faire quand une minute se présente, les bousculades un peu partout, le casse-tête des sacro-saints cadeaux, la préparation de « la fête », etc. etc. Vous connaissez tous cela et l’arrivée au soir du 24 décembre déjà à ramasser à la petite cuillère.
Bonjour notre disponibilité pour les mômes ! jusqu’à la menace d’un père noël qui ne passerait peut-être pas devenue complètement inopérante. Et il faut aussi gérer la croyance avec les petits.
Je passe sur la fête de noël : entassement de la famille au plus grand complet dans des espaces confinés, excitation entretenue des cadeaux à venir, des cadeaux reçus ou de ceux qu’on n’a pas eu, déballages, chamaillages, sucreries à gogos, engueulades… et coucher à point d’heure, heures passées dans les bagnoles quand on n’y reste pas coincé par les bouchons ou les intempéries.
A peine quelques jours pour s’en remettre ou plutôt s’en soigner, on remet ça avec le jour de l’an !
Si bien qu’à la rentrée, que ce soit au boulot ou à l’école, c’est un cortège d’épuisés qui s’y traîne. Mais qu’importe, on a fait « Noël »… comme tout le monde. Et ces pervers de microbes de la grippe, des rhinos ou autres gastros, à l’affût, se régalent en veux-tu, en voilà.
A l’école, bien avant la date fatidique, les cadeaux empoisonnent les cours et les têtes : « qu’est-ce que tu as commandé ? qu’est-ce que tu vas avoir ? » et à la rentrée, « qu’est-ce que tu as eu ? », quand ce ne sont pas les maîtresses ou maîtres qui en font le premier entretien. Comme si le fameux « père noël » attrape nigaud, croyance indispensable pour nos éminents psy, avait une once de justice pernoëlesque ! Pourquoi il y en aurait qui auraient tout et d’autre pas grand chose ou rien ? Oui, bien sûr, il faut penser à « tous les petits enfants qui n’ont rien » mais Noël c’est paraît-il universel. Comme Dieu ! Si tu as eu la super console dernier cri, la panoplie d’un héros débile, c’est probablement que tu l’as mérité (quoique la liaison mérite/cadeau ne semble plus être à l’ordre du jour de la morale). Cela peut même être pris comme une preuve d’amour (l’amour suivant le niveau du porte-monnaie). Ton petit voisin, le petit africain, qui n’ont eu que l’écorce d’une orange ou n’ont pas eu le bout de pain que leur ventre réclamait n’ont sûrement eu aussi que ce qu’ils méritaient. Les présidents du monde entier veulent bien faire le père noël pour les mômes de leurs palais (devant la télé bien sûr), mais pas plus. Ils ont bien assez de cadeaux à faire aux banquiers.
Noël, fête chrétienne, fête de l’injustice et de l’égoïsme avec un bonhomme barbu en symbole.
Et que dire des fêtes de noël et autres « arbres de noël » institués à l’école ? A la pression de fin d’année, des évaluations, de la fatigue, on rajoute la pression et l’excitation d’une fête et de sa préparation. Qu’il faudra aussi que chaque famille inclut dans son programme déjà surchargé. Pour qui ? pour que les parents applaudissent béatement quelques niaiseries ? Pour que les enfants dont on sait qu’ils n’auront rien, aient la même bricole que tous ceux qui n’en ont rien à faire vu qu’ils savent que, le leur de père noël, va leur apporte bien autre chose que des bricoles ? Pour que les municipalités aient bonne conscience en dépensant quelques euros à cette occasion pour faire oublier qu’elles n’en ont pas grand chose à cirer des enfants mal logés, mal nourris, avec la rue comme seul terrain de jeu ? Ou pour faire oublier que certains seront ramassés par la police avec leurs parents sans papiers ?
Et en exhibant sur les scènes, dans la rue, dans les magasins des guignols standardisés en robe rouge dont même des enfants peuvent lire dans les yeux, qu’eux aussi ont faim.
Jusqu’à cette panoplie qui est grotesque, à l’opposition de ce que pourrait produire un imaginaire dont, lui, les enfants du monde entier ont besoin. Noël, la standardisation d’un imaginaire qui finit même par ne plus être vendable ! Une mystification dont le seul intérêt pour les enfants serait la découverte qu’on les a mystifiés grossièrement.
Noël est bien une mascarade institutionnalisée. Pour quel bénéfice ? de la consommation ? Cela c’est curieux : je suis d’un monde où mon père m’a appris que si je dépense un sou pour ceci, je ne l’ai plus pour cela. Ce qui passe en cadeaux d’hypermarché ne passe pas ailleurs, c’est tout. Pour le plaisir de faire des cadeaux ? leur caractère quasi obligatoire leur enlève toute l’essence même de ce que peut être un cadeau. Pour développer quoi ? quelle solidarité ? quelle attention aux autres ?
Supprimons l’institutionnalisation de Noël et de son père ! Si les catholiques veulent le fêter, je le comprends, c’est leur affaire comme le ramadan pour les musulmans. Si les familles ont besoin de ce rituel, c’est leur affaire, et elles en ont plein d’autres. Les écoles, les classes ont aussi besoin de vrais rituels, mais qui leur soient propres. Les rituels obligatoires sont la mort des rituels. C’est peut-être ce que l’on peut le plus reprocher au père Noël, il s’est tué lui-même ! Il a tué ce qui a été, dans le fond des temps, la manifestation collective des jours qui allaient à nouveau s’agrandir, qui marquait la nécessaire solidarité hivernale. La fête de l’arbre et du feu dont on avait besoin. Une fête de la chaleur. Un vrai rituel !
Et on y gagnera une trêve hivernale sereine !
PS : Je viens de me fendre de l’achat d’une console de jeux (« tous mes cousins en ont ! ») ! et oui ! je me répétais pourtant bien mes beaux discours ! j’ai lâchement acheté… la paix ! Le vieux barbu à de beaux jours devant lui ! Ses commanditaires aussi !
02 octobre 2008
La crise et la pensée
Penser, c’est avoir la capacité de décortiquer, se représenter, mettre en relation des informations, parfois contradictoires ou sans lien apparent, pour en tirer une autre information (sciences, mathématique), l’idée, une opinion, une position, en faire découler une action, un comportement… C’est tout au moins ce que je m’efforçais de faire acquérir à mes élèves.
Pour empêcher de penser, il suffit de limiter les informations à une seule ou à un seul type d’informations paraissant cohérentes en éliminant toutes celles qui pourraient les parasiter.
Penser conduit donc souvent à l’interrogation, la remise en question (indispensable dans des domaines comme les sciences), le doute positif, la recherche de l’alternative, la confrontation des idées, l’analyse des faits… Penser peut donc être… dangereux pour ce qui est établi (1).
La « crise », pourrait donc bien déclencher la pensée de tous ceux qui jusqu’à maintenant n’avaient pas à penser, puisqu’on pense pour eux. Parce qu’il devient difficile de dissimuler un certains nombre d’informations qui brutalement apparaissent parce qu’elles ne sont plus maîtrisées (crise !), et il ne faudrait pas que l’on se mette à établir des relations entre elles.
Les exemples se multiplient en ces temps et il serait préférable que la peur (« les français ont peur pour… ») annihile quelque peu les esprits. Parmi d’autres :
Nous allons moraliser le capitalisme Tiens ! il y a peu, le capitalisme était le moins mauvais des systèmes qui devait faire notre bonheur, mais il était amoral ?
Le chômage va augmenter à cause de la crise qui va arriver, mais dans le même temps on apprend que le chômage avait déjà augmenté bien avant. Alors ?
Mille milliards sont partis en fumée. Chez moi, quand 10 euros partent en fumée, même si c’est dans la fumée des cigarettes, je sais qu’ils vont dans les poches du buraliste, des fabricants et de l’État. Ils sont toujours quelque part. Croyais-je. Mais peut-être sont-ils dans les milliards qui se sont envolés. Et puis on m’a beaucoup parlé de la « valeur travail » qui devait d’ailleurs n’être que la valeur morale puisqu’on avait omis « du » travail. Et même « travaillez plus pour gagner plus » et je croyais, c’est ce qu’on me disait, que tous ces milliards représentaient la valeur du travail et de ce qu’il produit. Si, désespérément je ne gagnais pas plus, et même moins, je me disais que la valeur de mon travail devait bien aller quelque part, dans ces milliards peut-être. Et voilà qu’ils partent en fumée ! Apparemment ils ne sont plus nulle part, encore moins dans ma poche. Mon travail et le vôtre, chers amis, ça ne "vaut" pas pipette !
Il n’y a plus d’argent dans les caisses ne comptez donc pas qu’on renfloue la sécu, qu’on construise ce qui est nécessaire pour loger tout le monde, qu’on aide décemment ceux qui n’ont pas de boulot pendant que les autres en font plus, qu’on laisse les travailleurs dans une retraite décente, etc. Pour la retraite, on nous disait d’ailleurs, mettez vos sous à l’avance dans nos banques, vous en profiterez bien mieux, et ils sont dans les mille milliards ! le travail de ces futurs retraités peut-être un jour, n'était que de la fumée. Mais voilà qu’en même temps on apprend que 300 milliards vont être utilisés pour sauver quelques banques (peut-être celle qui me ponctionne chaque mois pour que j’ai un toit). D’où sortent-ils donc par quel miracle ? Aux USA, c’est même 700 milliards qui vont être distribués à un ectoplasme qu’on appelle établissements financiers. 700 milliards que l’on n’avait pas pour offrir un toit à ceux que l’on avait délogé de leurs maisons, qui, par je ne sais quel tour de passe-passe, ne valaient plus rien (ce dans quel cas, on aurait pu les y laisser sans rien perdre !)
On peut multiplier les exemples d’informations qui, mises en relation, devraient… laisser à penser ! Ce que l’on a intérêt à faire dès que l’on se trouve dans une situation difficile, qu’elle soit personnelle ou collective. Non, ne pensez pas, retrouvez « la confiance », confiance voulant dire : laissez-vous aller à nous croire... sans penser de midi à 14 heures.
On comprend mieux pourquoi les réformes successives de l’école se concentrent encore plus sur une seule fonction : transmettre des connaissances (informations) dûment sélectionnées (programmes) à ingurgiter mécaniquement (b+a=ba). Si c’est un non sens en ce qui concerne la construction des apprentissages, cela l’est beaucoup moins en ce qui concerne la formation massive (former… formater !) des futurs citoyens. Il faut revenir au troupeau docile dont la capacité essentielle à faire acquérir est celle d’absorber et de croire comme seule vérité celle qu’on lui donne et de penser que c’est sa pensée. Bien sûr, la terre n’est plus plate, mais elle l’a été. Etre capable de penser est bien trop dangereux, même si on ne peut pas apprendre sans penser… un peu ! mais seulement dans le bon sens.
Tout se tient, tout peut être mis en relation. Mais quel tremblement de terre si cela commençait à se faire.
(1) Souvenez-vous de la surprise du "non" européen. Face à une information uniformisée, des milliers d'internautes sont allés chercher d'autres informations. Ce qui était grave, ce n'est pas qu'ils aient eu tort (pour nos édiles !) et contrecarré ceux qui distillaient la seule raison ou qu'ils n'aient pas eu "confiance" en ce qu'il fallait qu'ils croient, c'est qu'ils se soient forgé une opinion par rapport à des informations multiples qu'ils mettaient en relation. En cela, c'était un fameux événement. A ne pas renouveler ! et qui a engagé à envisager le contrôle d'internet, source d'informations non déversées mais mises à disposition. Et qui plus est sans intermédiaires, on sait bien que les internautes sont stupides et prêts à avaler n'importe quoi si les journalistes ne sont plus les présentateurs du 20 heures qui diffusent une information prédigérée.
23 septembre 2008
"Entre les murs" et "être et avoir"
Je ne peux m'empêcher de mettre en vis à vis les deux films sur l'école qui ont récemment marqué, ne serait-ce que parce qu'ils constituent un nouveau genre où les scenari et les acteurs sont ceux de la vie courante mais qui ne s'affichent pas comme des documentaires. "être et avoir" et "entre les murs". Des films qui ne dénoncent rien mais donnent des visions de l'école. Des visions particulières, comme toute vision. Je comprends parfaitement les auteurs qui ont choisi délibérément de faire un film scénarisé et non un documentaire. L'un comme l'autre se fondent sur une réalité, mais, curieusement, on se projette rarement dans un documentaire alors qu'on le fait naturellement et fortement dans les personnages d'un film. Il y a eu d'excellents documentaires sur l'école où différentes approches étaient opposées, parfois cruellement. Ils n'ont jamais fait couler beaucoup d'encre ou de salive. Personne n'était concerné ! il n'y avait pas de héros.
"Etre et avoir" n'a pas soulevé de polémiques, il a même soulevé un certain enthousiasme en titillant les fantasmes de la nostalgie de "l'autrefois". Nous avons été très peu à le regarder et à le décortiquer comme une vision détestable de l'école. Lorsque Nicolas PHILIBERT a préparé son film, il m'a contacté comme un des experts des classes uniques en France et nous avons passé de longs moments au téléphone. Je lui avais donné les coordonnées d'un certain nombre de classes uniques remarquables par leur approche éducative, leur organisation, qui en faisaient ce que j'ai appelé "les écoles du XXIème siècle". Il est allé toutes les voir. Puis il m'a rappelé : "je suis enthousiasmé, époustouflé par ce que j'ai vu. Mais je ne peux pas en faire un film et j'en suis désolé". Trop complexe (1). Difficile de faire apparaître des personnages, des "héros", dans ce qui peut constituer une histoire qui accroche un public. Un film comme un livre est une oeuvre. Et cela a été cette école archaïque d'Auvergne. Elle a ému, mais n'a posé question à personne. Chacun ne voyant que les personnages remarquablement mis en valeur dans leur côté touchant mais occultant du coup ce qui aurait dû apparaître (et qui apparaissait) comme détestable dans les comportements et jusque dans les relations établies par une pédagogie dont on rêve aujourd'hui d'y revenir. Nicolas PHILIBERT ne s'est jamais caché qu'il faisait un film avec des personnages de la réalité dans une situation et un cadre qui s'y prêtaient et pas un document sur les classes uniques. Mais cela a été pris comme un document ! A sa sortie, j'ai félicité Nicolas PHILIBERT pour son euvre, mais lui ai dit que c'était catastrophique pour les classes uniques et la vision de la réalité de l'école, a contrario parce que c'était bien une réalité, mais occultée par la mise en valeur sentimentale de ses héros. Il a touché les fantasmes, mais on ne peut lui en vouloir : un film est fait pour toucher un public et avoir du succès. Il ne prétendait pas dénoncer ou promouvoir quoi que ce soit, il n'a cessé de me le repéter... en le regrettant pour les classes uniques et l'idée de l'école que nous sommes quelques-uns à défendre.
Si PHILIBERT a scénarisé son film et fait jouer ses personnages à partir de leurs situations et dans le cadre où ils les vivaient, Laurent CANTET est lui parti de la vision d'un auteur et de son livre. D'un auteur qui était d'abord acteur de ce qu'il écrivait (prof), puis acteur dans sa mise en scène et en images. Le réalisateur a en somme été le médiateur cinématographique d'une vision d'un protagoniste de l'école. Contrairement à PHILIBERT dont le scénario suit grosso-modo le scénario de la vie d'une classe et de ses personnages et filmé in situ, il a recomposé son film à partir des éléments de la vision de son vécu d'un prof ainsi que du vécu des acteurs (lycéens). Contrairement à PHILIBERT, il n'est pas le seul auteur de "entre les murs", c'est bien une vision collective qui relève du témoignage de chacun. En cela, c'est déjà remarquable. Et c'est bien ce qui en fait l'impact et ce qui dérange. On ne peut plus se réfugier comme pour "être et avoir" dans ce qui peut être considéré comme un souvenir dont on va s'attacher au côté nostalgique, ce d'autant que rarissimes sont ceux qui ont vraiment eu à vivre (ou à subir) ce qu'il décrit. Cette fois, dans "entre les murs", tout un chacun peut se projeter dans un personnage, une situation, à un moment ou à un autre. Et ça fait mal ! Les relations entre images et vécus personnels peuvent être faites.
Curieusement, alors que dans "être et avoir" tout le monde a pris le film comme la réalité des classes uniques alors que celle choisie n'en était qu'une carricature, "entre les murs" provoque le refus de la réalité décrite et c'est lui qui est taxé de carricature. Même si cette réalité est condensée dans le temps d'une projection, ceci ne lui confère que l'intensité qu'elle avait bien quand elle a été vécue par les uns ou les autres. Et qu'elle a quand ceux qui voient le film la vivent. Cela devient insoutenable. "Je ne me reconnais pas", "ça ne se passe pas (toujours !) comme ça", "ça ne débouche pas sur le plan pédagogique", "les réponses du prof sont affligeantes", "le prof aurait dû...", "le français reste à la porte de la classe", etc. Chacun se défend ! Bizarrement, on se garde bien d'entamer une réflexion sur le système éducatif et son fondement qui place les uns et les autres dans ces situations qui ne deviennent visibles que lorsqu'elles ne sont plus vivables. Ailleurs, c'est simplement atténué. Les méfaits du tabagisme n'apparaissent que lorsqu'il y a cancer. Ils existent avant le cancer.
Je fais un reproche à "entre les murs" mais n'en veut pas à CANTET puisque c'est un film : on pourrait croire que tout peut dépendre de l'attitude du prof, du héros, des relations qu'il instaure (ou les critiquer), de la pédagogie. Que tout pourrait peut-être changé, dans le même cadre, les mêmes murs, de par la grâce des personnages, profs ou élèves, qui y sont "enfermés". On peut facilement se laisser aller ou se réfugier dans la fiction du "cercle des poètes disparus" où un héros peut devenir libérateur. Fuir dans un autre fantasme.
"Entre les murs" ne fait pas éclater les murs, ne dit pas comment faire éclater les murs. Pas plus qu'il ne dit comment vivre entre les murs. S'il pouvait au moins faire poser la question ! Et l'étendre à tous les murs entre lesquels nous nous débattons.
(1) Prendre pour sujet une école fondée sur une autre approche éducative, où la position de l'enseignant et des élèves n'est plus frontale, est extrèmement difficile. Marcel TRILLAT, ex journaliste réputé de 5 colonnes à la une et de envoyé spécial, à qui je suggérais de faire un document sur ma classe unique, m'expliquait qu'il aurait fallu un an de tournage avec plusieurs caméras et autant de montage et qu'aucune production ne débloquerait les moyens alors nécessaires pour une telle entreprise.
16 juin 2008
"Non" irlandais, et tous les "non" à bannir
Qu'est-ce que le non irlandais peut bien avoir à faire dans ce blog ?
Il représente la considération que peuvent avoir les gens de pouvoirs, politiques, intellectuels ou médiatiques, sur la capacité de ceux qui continuent à être nommé "peuple", de produire une réflexion, d'analyser ce qu'on leur offre ou plutôt impose, d'en déduire un avis qui puisse être le leur et différent de ceux qui pensent pour eux, évidemment, pour leur bien : le "peuple" ne peut évidemment rien comprendre ! C'est ce qu'a dit, à peu près textuellement, Jacques Barrot, vice président de la commission européenne. On peut, à la rigueur, demander au "peuple" s'il veut d'un président ou non, ce qui, entre nous, ne porte pas à grande conséquence, mais quant à lui demander s'il est d'accord avec le type de société qu'on lui impose ou sur la façon dont on va le diriger, c'est inutile et dangereux... puisqu'il ne peut comprendre. Et cet idiot de peuple risque de dire non !
Les irlandais sont aussi débiles que leurs homologues français ou hollandais. Pire encore, eux à qui on a tant donné et qui auraient dù dire merci en se prosternant. Que ce soit avant ou après, on savait à longueur de médias pourquoi ils devaient dire oui, mais on n'a pas su ce qui pouvait bien justifier pour eux un non en dehors de l'explication, peu honorable pour eux, qu'ils voulaient juste manifester une mauvaise humeur, des caractériels en somme. Quand un vote ne satisfait pas un pouvoir en place, c'est la mauvaise humeur. Qu'un vote contraire aux attentes puisse être établi sur une intelligence produisant une analyse et un choix différent, relève du domaine de l'impossible. Que l'on ne signe pas un papier qui vous engage parce qu'il est incompréhensible, ce n'est pas du bon sens.
Donc, ne demandons surtout pas au "peuple" de se déterminer, et il est sous-entendu ou dit ouvertement que c'est parcequ'il en est incapable. Et puisqu'on on a fait cette erreur irlandaise de demander au peuple, que disent tous nos dirigeants complaisamment relayés par leurs médias ? Comment on va pouvoir contourner l'obstacle de ce non ! Un "non" n'est pas un avis, c'est un obstacle. On l'a une fois contourné grâce à l'activisme de notre Président : on brasse le même texte et on fait croire qu'il a changé, en le rendant encore plus incompréhensible, et surtout, on ne refait plus la même erreur : même plus besoin de mettre une croix, ceux qui savent où est notre bien ont signé pour nous. Pour les irlandais, on cherche par quels moyens habiles ou pressions on va leur faire dire oui à la même chose le prochain coup (pour nous et les autres européens, on a réglé le problème).
Ce non irlandais, qui malheureusement sera réduit à une anecdote, la façon dont on nous suggère de l'interpréter et celle qui permet de ne pas en tenir compte, sont significatifs du fonctionnement de nos démocraties et de l'impossibilité de ceux à qui elles ont donné un pouvoir ou grâce auxquelles ils se sont accaparé un pouvoir, d'en accepter les principes. Ce qui devient dramatique, c'est que peu à peu nous avons intégré cet asservissement. Ce n'est même pas la façon dont ce "non" est traité qui est choquant, c'est que la façon dont il est traité ne nous choque même plus.
Pour en revenir à l'école, celle-ci en est aussi un bon exemple.
Les arguments contre "base élève" et le refus de certains enseignants d'accepter ce qui banalise le fichage et le contrôle de toute une société dès l'enfance, ont provoqué une réaction coercitive immédiate et démesurée de l'appareil de l'Etat (la hiérarchie de l'Education Nationale). Instantanément, il y a eu menace et exécution de sanctions. Alors que plusieurs années de grève administrative des directeurs d'école n'avait troublé personne. Devant le nouveau "non" devenant massif, une nouvelle "Base école" vient d'être proposée, mais pas sa suppression ! On a enlevé quelques champs, et hop ! le tour est joué ! en se gardant bien d'enlever les champs qui servent à pister les enfants de sans papiers et chacun sachant que rien n'est plus facile de rajouter dans un fichier des champs... quand l'affaire est tassée ! Vous aurez votre constitution européenne, vous aurez votre fichier base élève, c'est pour votre bien.
Dans le même ordre, le simple fait que des enseignants et des parents se réunissent hors du temps scolaire (nuit des écoles) pour s'informer et débattre, entre eux, des dispositions de ce qui n'est, officiellement, qu'un projet de réforme, provoque la même réaction démesurée de l'appareil étatique (enseignants menacés ou avertis qu'ils sont repérés) alors que, a contrario, le pouvoir devrait se réjouir de l'intérêt citoyen porté à une transformation de l'école. Les citoyens ne peuvent comprendre dirait Jacques Barrot ! Et ils risquent de dire bêtement "non". Pire, de proposer autre chose. Ce d'autant qui'en fait de projet ce n'en est pas un puisque les manuels conformes sont déjà sortis et en vente ! ce d'autant que la hiérarchie de l'EN est déjà en train d'imposer les dispositions du "projet" dans pas mal de circonscriptions ! Bien sûr, chez nous, il y a longtemps qu'on ne fait plus les erreurs irlandaises : on ne demande plus l'avis au cas où il serait différent, surtout pas un vote (même plus à nos députés d'ailleurs), on dit qu'on a consulté ! suffit qu'on le croit puisqu'on nous le dit. Et on le croit. De toutes façons, le risque d'un avis différent serait insupportable.
Et les exemples semblables sont infinis.
"C'est pour ton bien" n'arrête-t-on pas nous mêmes de dire souvent aux enfants. sans nous rendre compte qu'on n'arrête pas de nous le dire, à nous aussi. Dites "oui" quand on vous fait la grâce de vous permettre de le dire, taisez-vous... et travaillez plus.
01 février 2008
Mai 68, carricaturé, détourné, occulté
Suite au dossier de Libé du 1 er février 2008.
C’est avec une colère de plus en plus grandissante que je lis, j’entends, je vois l’image que l’on fabrique de mai 68.
J’accuse les Cohn Bendit, Sauvageot, Glucksmann et autres de l’avoir transformé en une pièce de théâtre parisienne dont ils ont été, ou veulent pour certains rester, les vedettes.
J’accuse les intellectuels d’aujourd’hui d’ignorer ou de feindre ignorer que d’autres intellectuels, bien avant 68, avaient jeté les bases de ce qui a failli être une révolution.
J’accuse les partis politiques, les organisations syndicales, d’avoir mis tout leur poids pour enrayer ce qui leur échappait et risquait de les remettre en cause, ce qu’is paient encore aujourd’hui.
J’accuse les médias de se cantonner dans la reproduction d’une image sans avoir jamais chercher à savoir et informer sur ce qui se passait sous la partie visible de l’iceberg complaisamment étalée. Je les accuse avec les intellectuels, les historiens de ne pas avoir voulu montrer comment les acquis fugitifs mais immenses de 68 ont été patiemment détricotés dès le lendemain pendant 40 ans. Je les accuse d’escroquerie intellectuelle, d’aveuglement historien, de déni d’information.
J’accuse Libé (et July), qui avait été l’avènement d’une nouvelle conception de la presse détachée du conformisme et du politiquement correct, d’avoir bradé ce qui faisait son essence et son sens jusqu’à oublier dans son analyse de 68 sa propre origine et sa propre histoire.
Mais je n’accuse pas Sarkozy d’en avoir encore peur et de vouloir définitivement éradiquer tout ce qui pourrait encore en rester ! C’est à dire terminer le boulot de tous ses prédécesseurs entamé dès le lendemain du mois de mai.
Mai 68, c’est ailleurs qu’à Paris, ailleurs que sous les barricades ou dans les scènes de la Sorbonne qu’il a vraiment eu lieu. Même si les manifs, heurts avec les CRS, slogans étudiants, en ont été l’étincelle et une pseudo-vitrine.
C’est partout ailleurs qu’il a eu lieu, là où les micros et caméras ne vont pas. Cela a été une formidable prise de conscience pacifique de la citoyenneté. Une étonnante découverte des autres et du pouvoir collectif qui pouvait en découler, une étonnante pratique de l’écoute, une rupture des clivages sociaux culturels.
Dans ma campagne, nous nous retrouvions quotidiennement, enseignants novateurs, enseignants traditionnels, parents, paysans, artisans, anciens de 36... Entre pétanques, saucissons et beaujolpif nous nous penchions sur notre école, nos relations socio-économiques, le travail, nos institutions et nous trouvions des consensus dont on était sûrs qu’ils pouvaient être concrétisés dès le lendemain, au moins à notre niveau local. Nous étions prêts à les mettre en œuvre nous-mêmes. Nous n’inventions pas une utopie, nous vivions déjà dans l’autogestion sans avoir à la théoriser.
Les clivages qui paraissaient insurmontables s’écroulaient tout seuls. Des curés (pas tous bien sûr) défendaient les grévistes en pleine chaire. Nous allions casser la croûte et discuter avec les grévistes des usines de St-Etienne, des ouvriers grévistes venaient casser la croûte avec des instits grévistes. L’école, la bouffe, le boulot à la chaîne… devenant l’affaire de tous.
Les solidarités pour pallier aux effets de la grève s’établissaient toutes seules. Covoiturage, accueil des enfants, confection des repas… C’est à cette époque que sont nées les crèches parentales, « Libération » servant de relai informatique. La fabuleuse aventure des Lip dont on se garde bien de parler aujourd’hui mais qui faisait qu’on était tous fiers d’arborer une « lip » !
Ce qu’on se garde bien de dire aussi c’est que c’est bien avant 68 cela bougeait. Dans mon domaine, l’école, dès les années 60 les mouvements pédagogiques avaient retrouvé le dynamisme, l’invention qui avaient été les leurs dans les années précédent 1936 ! (voir le dossier que j’ai réalisé il y a dix ans pour le cinquantième anniversaire http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/68.htm)
Et personne ne rend compte du détricotage entrepris, dès les années 70, pour éliminer ou rendre stériles les acquis, qu’ils soient au niveau du monde du travail ou de l’éducation. Ce qui permet de dire sans rire que 68 n’a servi à rien ! comme on pourrait d’ailleurs dire aujourd’hui que 1936 n’a servi à rien, que 1789 n’a servi à rien puisqu’on se retrouve sous un régime monarchique avec un droit du travail réduit à pas grand chose.
Au niveau de l’éducation le détricotage a duré 40 ans, et c’est encore l’éducation au premier chef qui est visé par les déclarations présidentielles hystériques. Les 3 derniers ministres n’ont fait que mettre un point d’orgue à l’élimination de ce qui avait été injecté par les ministères des années 70, injecté il est vrai sans modifier un système qui date lui du XIXème siècle. Dans cette démolition patiente, des ministres de gauche se sont d’ailleurs illustrés comme Jean-Pierre Chevènement !
Ce qui a fait peur, en 68, ce qui fait toujours peur à Sarkozy et je le comprends, c’est qu’en dehors du théâtre parisien, des milliers de personnes ne se sont pas révoltées mais sont devenues citoyennes, ont osé penser, proposer, échanger, concevoir, critiquer et même se critiquer, réaliser, assumer… par elles-mêmes, collectivement, librement, adultement, consciemment. C’est terrifiant pour toute la nomenclature politique, syndicale, économique, possédante. Bien plus qu’une révolte qu’on peut mâter, détourner, gruger. Le spectacle des pavés arrachés ou des graffitis estudiantins qu’on expose encore aujourd’hui ne sont que des leurres bien utiles.
29 janvier 2008
Société Générale
Je ne peux m’empêcher de déborder un instant de mon domaine et de l'objet de ce blog, de me mêler de ce dont je suis totalement incompétent. Pardonnez-donc ce qui n’est qu’élucubration.
L’affaire de la Société Générale défraie la chronique de l’actualité. Pensez donc, 5 milliards d’euros dont on ne peut cacher qu’ils se sont envolés en fumée.
Le problème est là : pas possible de le dissimuler. Il y a comme cela des milliards qui rentrent quelque part (où ?), probablement dans des poches qui elles ne sont pas virtuelles, qui s’envolent (où ?), probablement dans d’autres poches. Des milliards qui proviennent d’où ? on ne cesse de le proclamer, de l’économie. Et l’économie c’est quoi ? on ne cesse de nous le répéter, le résultat du travail de celles et ceux qui doivent travailler plus… pour que les milliards se baladent au gré du jeu de quelques-uns. Nous ne travaillons plus pour manger, nous chauffer, nous abriter, nous travaillons pour l’économie.
L’affaire est bien ennuyeuse. Il paraît qu’ailleurs des monceaux de milliards ont aussi disparu. De quoi ? de comptes. Des comptes de qui ? des machines qui tiennent les comptes de ceux qui peuvent avoir des comptes… mais pas des comptes de ceux qui tiennent les machines. Quel est le problème ? la sacro-sainte économie risque de battre de l’aile. La sacro-sainte économie éjecte des milliers de personnes de leur maison, les fait rejoindre les millions qui y sont déjà pour son bienfait. Elle récupère les maisons vides de ceux qu’elle y avait mis en les rendant esclaves à vie de l’engraissement… de la machine. L’esclavage du crédit. Que va-t-elle faire de ces maisons vides, la machine ? Rien ! Une maison vide, c’est du capital quand tu en as des milliers. Le capital c’est quoi ? C’est ce que les autres n’ont pas. C’est ce que les autres te donnent même quand ils n’ont rien. Les chômeurs rentrent dans le capital : ils font baisser le coût du travail. La valeur du travail ? elle est d’autant plus grande qu’elle ne coûte rien à ceux qui l’utilisent.
L’affaire est bien ennuyeuse si par hasard les esclaves se mettaient à réfléchir sur la façon dont ils sont asservis. S’ils découvraient la nature du système. Bien qu’ils soient quand même assez aveugles pour ne pas trop s’interroger depuis que les couacs ne sont plus tout à fait aussi bien dissimulés que du temps où l’on ne savait rien de ce qui se passait au delà de son village ou de sa rue.
Alors il n’est pas possible que l’affaire de la Société Générale soit du même type que celle des banques américaines qui ont mis hors de chez eux les innocents qui croyaient qu’ils avaient une maison. Non, chez nous le système tourne très bien pour notre plus grand bonheur et à notre plus grand service.
S’il y a eu un couac, c’est à cause d’un p’tit jeunot qui voulait se faire bien voir de son patron. Un sacré génie qui peut s’amuser avec le système le plus contrôlé du monde (le système de la SG était, paraît-il, une référence mondiale), des centaines de contrôleurs, faire valser des milliards sans que personne ne le voit… sauf le jour où c’est bien utile de sortir le diable de sa boite pour éviter qu’on ose imaginer que la valse des milliards, cela fait belle lurette qu’elle se fait sur notre dos. Et que s’il faut qu’on soit éjectés, nous aussi de nos baraques pour que la machine tourne, il n’y aura ni problème, ni hésitation. Miraculeux Jérôme, sauveur de sa boite !
Amusez-vous à faire perdre 100 € à votre patron et vous allez avoir un procureur qui déclarera, « oui, bien sûr, mais il est très honnête ce ptit gars ! ». Voilà que notre Jérôme national est très honnête. C’est bien dommage. J’aurais aimé imaginer qu’il ait pu le faire soit pour sa propre poche, soit, bien mieux, pour foutre en l’air ce qui maintient l’humanité en esclavage. Le génie, aurait été cela.
Il est évident qu’il fallait sortir d’urgence un trompe l’œil de la valise illusionniste. Toute la machine médiatique, qui ne fait que compléter l’autre, s’est mise en branle. Focalisez vous sur la marionnette Jérôme que je vous sors de la main droite pour ne pas voir ce que je manipule de la main gauche, truc vieux comme le monde de l’illusion. Chez nous, ce n’est pas comme aux Etats-Unis, nous, nous avons un Jérôme à vous fourrer sous le nez. J’espère pour Jérôme qu’il est largement récompensé, quoique les requins de la machine ignorent habituellement la gratitude.
Bien sûr, notre président en rajoute une couche pour éteindre toute velléité interrogative. Il faut que le grand chef de la Société Générale paie un peu au nom du nouveau dogme de l’illusion, la responsabilité. On aimerait mieux qu’il soit irresponsable, que tous ces guides suprêmes soient irresponsables des conneries et des vilénies qui mènent l’humanité dans le mur. « Il faut qu’il démissionne ! ». Et cela ne fait rire personne. Ces dizaines de « responsables » qui démissionnent finalement de rien du tout mais avec des millions d’euros en récompense. Seulement quelques dizaines de millions. On va même croire qu’ils sont punis !
Opération magistralement réussie. Nous n’y voyons que du feu. On va presque dire merci. On va supporter la crise comme quelque chose de naturel dont cette fois plus personne n’est responsable, surtout pas ce « système » que l’on prend lui aussi pour naturel, inéluctable, irremplaçable.
Avez-vous remarqué que ce qui a failli révéler notre asservissement s’appelle Société Générale ? pauvre société !
Et chacun des systèmes en étroite corrélation qui régissent notre vie sortent ainsi de leur chapeau, au moment où il le faut, les leurres qu’ils agitent sous notre nez. Une vache folle par ci, un canard grippé par là, un téléthon de temps en temps, la crise de l’orthographe tout le temps, des émigrés partout, nos voitures qui vont brûler, de l’écologie menaçante (pauvres qui ne pouvez vous payer la géothermie, ou les nouvelles bagnoles, vous n’avez pas de pot), des OGM salvateurs, une chanteuse de président, l’allongement de la vie malencontreuse pour nos retraites, un éternel trou de la sécu, un sous-fifre contamineur de sang, des SDF qui veulent pas se soigner, etc. etc.
Et on gobe, et on gobe !
05 mai 2007
68 (soixante-huit)
J'ai bien sûr vécu intensément 68, non pas comme un môme de 16 ou de 18 ans mais comme un adulte de près de trente ans, en charge d'enfants, en charge d'école, à la campagne et non pas dans l'euphorie de la Sorbonne ou dans l'héroïsme romantique de barricades.
La caricature qui en est faite actuellement pour des besoins électoraux certes, mais très certainement aussi pour des raisons plus profondes qui relèvent de la psychanalyse au mieux, de la psychiatrie au pire, n'a rien à vcoir avec la formidable révolution pacifique qui était en cours. Quand j'entends les discours d'un Sarkozy qui parle de "rupture" alors qu'en fait il s'agit surtout de "conserver", de "revenir à" un fonctionnement sociétal qui permet à une poignée de plus forts d'asservir ce qui n'est plus qu'alors "une masse populaire", je frémis à l'incommensurable naïveté de ceux qui le croient, comme on peut frémir lorsque l'on constate que les premiers esclaves qui ont osé s'affirmer simplement comme des hommes ont été conspués, dénoncés, cloués au pilori... par les autres esclaves (voir l'histoire de l'esclavage).
Oui je suis variment effrayé par l'humanité constamment consternante, naïve, docile, masochiste, et, il faut quand même oser le dire, stupide, que l'on découvre une fois de plus dans ces élections.
J'avais fait un dossier, pour la revue que je dirigeais et animais il y a une dizaine d'années, un dossier sur mai 68 à l'occasion de son quarantième anniversaire. Je l'ai mis en ligne il y a déjà quelques temps. Un autre regard que celui de Sarkozy ! : http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/68.htm . Mais ni Sarkozy, ni Royal, ni tous ceux qui se gaussent aujourd'hui de cette époque, qui en oublient même la grève générale des ouvriers, n'ont été les acteurs de ce qui était autre chose que ce qu'en racontent aujourd'hui les chantres mêmes de l'époque comme Cohn Bendit. Les Cohn Bendit, Geismar et autres Sauvageot n'ont rien compris à ce qui n'était pour eux qu'une scène de théâtre. Le détournement de l'histoire, sa dénaturation, sa falsification on n'arrête pas de la subir des uns comme des autres. Le vieux, rêve plus que millénaire, où l'on verrait enfin l'humanité se lever pour se libérer du joug d'une infime partie d'elle-même reste toujours un rêve.
Un vieux pédagogue bien triste.
04 mai 2007
Rupture... d'avec la rupture !
Rupture d’avec la rupture ! Et dans tous les domaines retour au XIXème siècle clairement annoncé et déjà largement amorcé comme dans le domaine de l’éducation et l’école. Bien sûr on conservera l’électricité, les bagnoles… ce qui doit suffire à rassurer tous ceux qui dimanche vont nous embarquer dans un trou de l’histoire.
Et tous les arguments marchent quelles que soient leur irrationalité ou leurs contradictions : aucun pays n’a réduit le temps de travail, donc nous avons tort : en 1789 aucun pays n’avait osé remettre en cause son régime monarchique, donc nous avions tort ! Faisons ce qui marche ailleurs mais ne regardons surtout pas les conséquences de ce qui soi-disant marche (le degré de pauvreté anglais par exemple). Faisons ce qui marche ailleurs… sauf si cela nous ferai vraiment faire une rupture, comme par exemple le système éducatif finlandais ! Et gaussons-nous des ruptures des autres quand elles pourraient nous faire penser que c’est nous qui nous trompons, comme par exemple le développement des énergies alternatives ailleurs.
Et il suffit que soient dits avec l’intonation d’un prédicateur « je tiendrais mes promesses » pour qu’on y croit comme on y a cru pendant toutes les élections précédentes qui n’ont fait que permettre chaque fois au meilleur prédicateur de l’emporter.
Ce qui est peut-être plus effrayant que ce qui nous attend, c’est l’incapacité absolue de chercher ce que veulent dire les mots et les phrases prononcées, ce que cela représente, comment cela se traduira dans l'organisation de notre vie, de la société. L’incapacité de rationaliser. Les débats, qu’ils soient des prétendants ou des citoyens, qui ont quand même fait un immense effort pour user d’un minuscule pouvoir qui leur reste, se sont résumés en un certain nombre d’incantations, de psalmodies, dont la musique était écrite par avance et par d’autres. Cela m’a beaucoup rappelé les premiers débats que l’on fait avec des enfants dans une classe où chacun décline d’abord avec force et conviction ce que disent ses parents. Tout le travail du pédagogue consistant alors non pas à donner raison aux uns ou aux autres mais à aider les uns et les autres à se construire une vraie pensée, sa propre pensée à la rattacher à des faits, à la faire émerger des faits.
On s’est beaucoup inquiété de l’illettrisme en ce qui concerne le langage écrit (on peut lire, mais sans comprendre vraiment ce qu’on lit et on n’écrit que ce que l’on peut recopier). Ce que ces semaines ont fait découvrir, c’est l’incroyable illettrisme du langage oral, très certainement plus immense qu’il ne l’a jamais été sinon nous aurions été incapables de faire des révolutions, de sortir de l’esclavage dans lequel nous allons retourner pour une bonne partie de la population (« vous qui ne gagnez pas assez pour vivre, travaillez plus… pour l’augmentation des bénéfices de quelques-uns ».
Tout revient à l’école. Malgré « mai 68 », elle est restée la fabrique de moutons dociles dont on demandait essentiellement qu’ils apprennent à lire des notices. Pas étonnant que ce mai 68, qui a pourtant été détourné, rogné, étouffé dès son lendemain puis sans cesse caricaturé et dénaturé jusqu’à ces derniers discours qui resteront dans l’histoire comme ceux d’un certain chancelier, fasse encore une telle peur. Freud et bien d‘autres nous ont appris que ce n’était pas la mort qui faisait peur mais la vie.
Fasse que la résistance s'organise avant le renouvellement des suicides collectifs déjà vécus.
