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Le blog de Bernard Collot
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30 novembre 2025

Serpent de mer des rythmes scolaires

Il fallait bien que ressurgisse le serpent de mer des rythmes scolaires. Depuis que je blogue, j’ai bien dû y consacrer plus d’une trentaine de billets ! Cette fois, c’est une convention d’une centaine de citoyens qui a dû s’y coltiner. Le constat n’était pas difficile à poser puisque c’est toujours le même ; d’ailleurs, depuis pas mal d’années, il est corroboré par toutes les branches des sciences humaines, je n’ai même pas besoin d’y revenir. Que fallait-il qu’ils fassent, ces conventionnels ?

Lorsque, depuis sa conception, une machine, malgré tous les bricolages qu’on a pu y faire, continue à comporter les mêmes défauts et de notoriété publique brinquebale de plus en plus et est toujours aussi nocive, le simple bon sens consiste à en concevoir une autre, si tant est que l’on ne puisse pas s’en passer. En l’occurrence, la machine s’appelle système éducatif.

Nos citoyens conventionnels étaient-ils appelés à imaginer et proposer un autre système éducatif pour LEURS enfants ? Surtout pas ! D’ailleurs on ne leur a pas dit que, dans la machinerie scolaire, leurs enfants n’étaient plus leurs enfants, mais les élèves de l’Éducation nationale. Ce n’est d’ailleurs pas caché, plusieurs ministres ou parlementaires l’ont récemment asséné. Il fallait donc qu’ils proposent un énième bricolage de la même machinerie.

Qu’ont pu alors proposer ces malheureux pleins de bonne volonté ? Voilà ce qu’en résume le site officiel :

- Faire retentir les sirènes scolaires de la rentrée en classe une heure plus tard le matin pour tous les enfants et adolescents. Très bien, mais serait-ce pour que les enfants puissent rester tranquillement à la maison jusqu’à l’heure de l’embauche scolaire ?  Que vont faire ceux dont les parents sont partis au boulot dès 7 heures du mat ? Il faudra bien les fourrer quelque part ! Et le temps des transports scolaires puisque, même à la campagne, il n’y a pratiquement plus d’écoles dans la proximité des enfants ?

- Réduire les cours à 45 minutes. Cela changerait quoi dans la batterie d’élevage où les mêmes portions de programmes seront à ingurgiter par tous, toutes les 45 minutes au lieu d’une heure, même si on arrivera à ce que cette distribution finisse par être automatisée avec l’IA comme l’est la distribution de granulés aux poulets ! Il y aura tous les jours les 45 minutes où l’on apprend à lire, les 45 minutes de grammaire, les 45 minutes où l’on apprend à calculer ou à mathématiser, etc. Bref, des 45 minutes successives à écouter et exécuter, juste entrecoupées d’un peu plus de temps pour souffler.

- Le matin serait consacré aux apprentissages théoriques demandant une attention soutenue, l’après-midi aux apprentissages pratiques. Tiens ? Lire, écrire, mathématiser… ce ne serait que théorique à l’école ? Pas étonnant que les enseignants aient tant de mal à motiver l’attention de leurs ouailles ! « Ces temps d'apprentissages théoriques doivent être interactifs et permettre le mouvement. » ; j’imagine les enseignants devant arriver à faire avaler leurs programmes, en plus dans l’interaction et le mouvement, à une bande de 25 à 30 mômes entassés dans une cinquantaine de m2 !

L’après-midi, jusqu’à 15H30 (16H30 pour les lycéens), on y fourrerait des projets interdisciplinaires (exemple cité : un potager), des ateliers de la vie pratique, et de la pratique artistique, culturelle et sportive. Certes, cela semblerait un peu plus motivant, à se demander pourquoi ce ne serait pas toute la journée ! Parce que, pour un socle commun élargi, du coup il ne va pas y avoir beaucoup de temps pour s’y donner à fond. Autrement dit, dans le même système éducatif (la même machinerie !) on veut en ajouter… sans rien enlever !

- Après 15H30, ce seraient les devoirs à l’école pour que de retour à la maison l’enfant soit plus libre. Cela fait plus d’un demi-siècle (75 ans !) que les devoirs à la maison ont été proscrits, ce serait peut-être temps que cela devienne effectif. Mais pourquoi a-t-il été rajouté que les devoirs à la maison deviennent quand même des… revoirs !? Parce qu’il faut maintenir un lien avec les apprentissages en cours, nous explique-t-on. L’aveu que ces apprentissages ne doivent pas être très solides au bout de je ne sais plus combien de 45 mn, chaque jour !

- Le temps du repas et la pause méridienne allongée, 30 à 45 min devant son assiette en fonction des âges et un temps de liberté qui réponde aux besoins des enfants. Mais ce temps de liberté, où pourra-t-il se passer en dehors d’une cour bétonnée prévue pour y être surveillé, pas tellement pour s'y détendre ?

- Et puis les sempiternels ajustements de la semaine scolaire (4 jours cette fois), remaniement des vacances (en faisant attention qu’il n’y en ait pas plus !), découpage en deux zones au lieu de trois mais toujours des zones (pour l’économie touristique), etc.

Et c’est pratiquement tout. Bref, quoi de changé ? Enfants et adolescents seront toujours mangés à la même sauce.

Bizarre aussi que n’ait pas été trouvé anormal que c’est dès trois ans maintenant que les enfants sont happés dans le cycle infernal de l’école. Mais je n’ai pas pu trouver quelque part comment était organisée cette convention, quels éléments avaient été proposés aux conventionnels pour leur réflexion. Le résumé cite par exemple les chronobiologistes, mais il me semble bien qu’un des chronobiologistes les plus renommés (Hubert Montagner) avait déclaré autrefois, après une année d’observation clinique d’une classe, que le temps d’attention soutenue que l’école, telle qu’elle était, demandait aux enfants ne pouvait excéder une heure par demi-journée. C’est loin de trois fois trois-quarts d’heures !

Peut-être que si cette convention avait eu connaissance de ce qui se passait autrefois dans nos classes uniques du 3ème type où il n’y avait strictement aucun problème de rythmes biologiques et où, in fine, les enfants réussissaient au moins aussi bien que les autres, que si les quelques écoles alternatives laïques hors contrat pratiquant aussi une autre approche des apprentissages étaient venues y témoigner, peut-être qu’alors c’est toute la conception du système éducatif qu’elle aurait mis à mal. Mais je suppose que si cela avait été possible… il n’y aurait jamais eu de convention citoyenne sur le sujet !

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