1940-2021 (84) Une partie de ce qui était à disposition de l'école
Il ne fallait pas aller bien loin pour être sollicité par un environnement où la curiosité des enfants n'avait pas de limite. En 10 minutes nous étions au bord de la Vienne.
Dès sortis de l’école nous passions devant l’atelier de Monsieur Michardière le menuisier. Aujourd’hui il est à la retraite mais autrefois l‘atelier était toujours ouvert sur la rue et le menuisier interpellait souvent les enfants, d’ailleurs il venait aussi à l’école quand il n’avait pas encore de fax et qu’il venait se servir du nôtre.
Après il y avait le café de Monique. Elle aussi sortait souvent sur le pas de sa porte pour nous saluer.
La traversée du village pour prendre la petite route qui descendait vers la Vienne. Des habitants nous interpellaient souvent et on s’arrêtait pour discuter « Alors comment ça va les drôles ? Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ? » Les enfants de l’école étaient bien les enfants du village.
Et puis l’arrivée au pont. Sur les coteaux de l’autre rive plus proches de la rivière il y avait le château de la Messelière. Tous les petits villages avaient leur château. Le nôtre était encore habité, le propriétaire nous l’avait fait visiter. Il y avait les restes d’une étonnante glacière, un grand trou maçonné et assez profond dans lequel la glace de l’hiver était descendue et qui pouvait se conserver plusieurs mois.
Le pont de pierres. Une petite équipe était allée le mesurer (avec un mètre !) pour en faire des croquis à l’échelle, pour le comparer à celui de correspondants de Bordeaux. Je me demandais comment ils allaient se débrouiller. Revenus à l’école ils avaient expliqué qu’ils avaient simplement mesuré les dimensions d’une pierre puis compter les pierres. Je vous raconte cela parce que l’un des trois ou quatre enfants qui avaient réalisé cette recherche est devenu par la suite architecte constructeur de ponts !
Au pied du pont autrefois c’était une zone marécageuse avec des arbres et un étang. C’est là que nous allions à l’affut pour voir les grenouilles et les crapauds tapis derrière les nénuphars gonfler leurs gorges pour coasser, y arracher des plantes pour les transplanter dans notre mare.
Au printemps c’étaient les jonquilles dans les prés de la rive gauche. Nous revenions chargés de bouquets dont une partie était offerte aux parents, aux voisins…
L’inépuisable Vienne ! Lorsque l’on dispose à quelques centaines de mètres d’une telle rivière, tous les manuels de sciences, de leçons de choses, toutes les vidéos auxquelles sont condamnées la plupart des écoles deviennent ridicules ! L’école c’était elle, c’était le chemin qui longeait ses rives, et il n’y avait pas besoin de motivation !
À quelques dizaines de mètres du pont, le stade, ses ombrages, sa plage, tout à nous en semaine.
En continuant à suivre la petite route le long de la Vienne nous arrivions au charmant hameau de la Vergne. À chaque rentrée nous avions ce qui était devenu un rituel : nous ne rentrions pas dans l’école ! Rendez-vous dans la cour et nous partions en pique-nique. La Vergne était souvent l’endroit du casse-croûte à midi après avoir ramassé les mûres qui abondaient le long du chemin. Des parents apportaient les pique-niques qui avaient été préparés dans chaque maison. Parfois ils restaient manger avec nous et pour moi il y avait toujours un verre de vin et le thermo de café ! Les enfants et moi avions besoin de ce moment de retrouvailles décontracté après les vacances, de se raconter, de faire connaissance avec les nouveaux arrivés et qu’eux aussi se sentent bien avec nous.
Il n'y avait pas que la Vienne !
Une petite rivière est encore plus intéressante à explorer que les grands cours d’eau. On peut y graboter à l’aise, tout y est à portée. Nous avions la Grande Blourde mais elle était plus éloignée. C'était pour les après-midi ensoleillés.

Dès que nous grimpions sur le plateau au-dessus de la vallée, les prés, les champs en lisière du bois, il y avait même encore des vignes où nous allions grappiller les raisins en automne…D’autres hameaux avec leurs fermes. Nous étions connus et étions très souvent arrêtés par les habitants pour discuter.
En revenant vers le village, il y avait le pré de Dédé, un paysan comme autrefois, le personnage du village qui surprenait tout le monde dans les rôles qu'il jouait dans la petite troupe de théâtre villageoise créée par l'ancienne institutrice. Dans sa maison il continuait à cuisiner dans le chaudron de sa cheminée. Les enfants adoraient aller le voir, ils faisaient souvent des reportages chez lui pour envoyer à leurs correspondants.
Dans ces prés il y avait comme un rituel : presque chaque fois les deux chevaux de Dédé galopaient vers la clôture pour se faire caresser le museau par les enfants.
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