Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de Bernard Collot
Le blog de Bernard Collot
Derniers commentaires
3 novembre 2021

1940-2021 (18) Changement de décor

usine2

1949-1956 plongée dans un environnement industriel

1949 Arrivée près de Lyon.

Dans le tableau d’avancement des fonctionnaires mon père avait pris une poste un peu plus importante. Bien qu’en Isère c’était dans la sphère industrielle de l’est lyonnais. Si en allant de Lyon vers l’est on ne pouvait déjà plus distinguer Villeleurbanne de la grande ville, Décines était encore un peu distincte, puis des champs avant d’arriver à Meyzieu encore campagnard, puis encore des champs avant d’arriver à Pont-de-Chéruy puis encore quelques-uns avant d’arriver à Belmont-Chavanoz ! À Pont-de-Chéruy il y avait 5 ou 6 grosses usines, des cheminées fumantes, les sirènes à midi, une population ouvrière où se côtoyaient une trentaine de nationalités. C’était pour moi un autre monde.

38iserebelmont-chavanoz-moulin-sur-carte-postale-ancienne

La poste de mon père était située dans Belmont, hameau de Chavanoz. Contrairement au bourg de Chavanoz le hameau n’avait rien de campagnard et était plus peuplé que le bourg : c’était là qu’il y avait une grosse usine de textile près de la rivière, c’était là aussi qu’était située la poste. Mon père avait compté une quinzaine de nationalités parmi la population d'un village de mille habitants de sa tournée de facteur. Lui le savait à cause de son travail de postier mais nous les mômes ignorions totalement d'où venaient les uns et les autres, d'ailleurs moi aussi j'étais un émigré... de la campagne ! On entendait bien des adultes dire c'est un "polak", un "rital" ou un "plouc", mas ça n'avait aucun sens pour nous. Les "bicots" ont surtout été nommés ainsi au moment de la guerre d'Algérie. Autrement dit les voisins étaient des voisins, les copains étaient des copains, comme à Virignin tout le monde était à peu près logé à la même enseigne, les différences de situations sociales n'étant pas très visibles.

Il n’y avait pas encore les grands immeubles géométriques des cités d’aujourd’hui. Le vaste plan de reconstruction qui a transformé les paysages urbains n’a débuté que dans les années 1950 avec les fonds états-uniens du « plan Marshall ». L’habitat était encore horizontal. La population ouvrière se partageait la moindre vieille maison, parfois des baraquements faits par les usines pour les ouvriers où plusieurs familles s’entassaient chacune dans une ou deux pièces.

unnamed (4)

À Belmont tout le monde arrivait à être logé dans le hameau, l’usine étant devenue propriétaire de beaucoup de maisons, y compris du bâtiment de la poste. Le seul « immeuble » était l’immense bâtisse vétuste d’une ancienne papèterie rachetée encore par l’usine pour y loger une vingtaine de familles sans avoir été le moins du monde rénovée. Lorsque j’allais y voir un copain, je me souviens des escaliers sombres en bois où il fallait faire attention aux marches manquantes. Il avait l’avantage pour les mômes d’être près de la rivière, moins pour ses habitants vivant dans une humidité permanente. À l’époque la tuberculose était courante. À l’école les manuels de « leçons de choses » nous expliquaient que le bacille se propageait dans les habitats humides, sombres, malsains. On nous disait que c’était le BCG qui l’avait éradiquée, j’ai tendance à penser que cela a plutôt été dans les années 60 la transplantation des populations dans les ensembles bétonnés des cités mais secs et plus lumineux.

Le bétonnage ou le goudronnage des sols n’avait pas encore trop fait son œuvre. Si les sabots et les galoches avaient équipé mes pieds pendant mes premières années, c’étaient les bottes qui devenaient utiles. À Pont-de-Chéruy il y avait une usine qui justement les fabriquait ces bottes. Un jour un incendie en a ravagé une partie. Dans sa cour il y a eu une montagne de bottes entassées pour être jetées ; j'avais accompagné ma mère avec bien d’autres mères de famille pour passer une matinée à fouiller dans cet amas pour nous trouver une ou deux paires de bottes de même pointure qui n’avaient pas été abimées par les flammes.

Lorsque plus tard j’ai lu Zola, j’étais un peu en pays de connaissance !

Prochain épisode : à la maison épisodes précédents

Commentaires