1940-2021 (57) - 1969 - L'incroyable Woodstock
Déjà pendant les journées de grève passées au collège de Villié-Morgon, les jeunes nous faisaient découvrir la musique folk venue des États-Unis.
Mais le choc culturel a été en 1969 le festival de Woodstock avec en arrière plan la lutte contre la guerre du Vietnam. Même les radios ne pouvaient pas passer sous silence ce qui se passait. Rendez-vous compte : Un festival de musique avec des artistes connus comme Joan Baez, Santana, Joe Cocker, Jimi Hendrix… prévu pour 50 000 personnes qui en attire un demi-million répandu partout sur les terres d’un fermier, en faisant éclater toute l’organisation prévue ! Rationnellement il y aurait dû y avoir des drames, des catastrophes, des blessés, des morts. Or contre toute attente rien de tout cela n’est arrivé.
C’était incompréhensible et extraordinaire pour nous qui étions dans une société qui commençait à l’inverse à tout vouloir cadrer, sécuriser sans faire aucune confiance aux capacités des individus et des enfants. Et puis il y avait le fond. La contestation de la guerre du Vietnam, de la société de consommation par la musique, le chant. Nous étions beaucoup à devenir amoureux d’une Joan Baez.
De loin nous pouvions croire que les États-Unis étaient rentrés dans une immense révolution pacifique, politique et culturelle ce d’autant que les autorités probablement surprises et impuissantes ne l’avaient pas réprimée.
Les organisateurs flairant aussi l’énorme profit possible qu’ils avaient raté à Woodstock (rapidement ils n’avaient plus pu faire payer aucune entrée) voulurent renouveler l’opération. Ce fut en août 1970, le festival de l'île de Wight qui a rassemblé près de 600 000 spectateurs. Mais cette fois, peut-être justement à cause d’une vraie organisation et aussi du service d’ordre embauché il y eut des drames. Jimi Hendrix quittera les 600.000 spectateurs sur ces mots ironiques : « Merci, je vous souhaite de la paix, de la joie, et toutes les conneries habituelles. » et cela a été la fin des grands rassemblements hippies, un peu comme Creys-Malleville chez nous avait été la fin des grands rassemblements nationaux anti-nucléaires. Seuls les bretons à Plogoff réussissaient en se soulevant en 1976 à obtenir l'arrêt de la construction de leur centrale en 1981.
Il n’empêche que nous avions découvert ce qu’était le mouvement hippie, une culture pouvant être foncièrement pacifique en même temps qu’ouvertement subversive même si quelque peu naïve. Pour ma part et par la suite je me suis mis à écouter beaucoup plus attentivement cette musique que je considérais avant comme franchement sauvage alors qu’elle pouvait porter des messages de révolte comme l’a fait par exemple un Bob Marley.
La culture hippie et des musiques folks et rock découvertes eurent une influence réelle comme l’avait été celle du jazz auparavant. D’abord sur l’appropriation de la musique qui était réservée auparavant soit aux doués, soit à celles et ceux qui faisaient de longs apprentissages. Steve Warring, un musicien folk américain, vint en France et fit découvrir que l’on pouvait apprendre et jouer de la guitare et s’en accompagner sans avoir fait de longues études (utilisation des tablatures à la place des fastidieuses lectures de notes sur une portée), que l’on pouvait faire des orchestres avec des bouteilles, des cuillères, n’importe quoi sur lequel taper ou souffler. Il avait passé du temps dans une école de Saint-Fons dans le Rhône et avec les enfants il avait fait un disque. Par une chance inouïe je connaissais un de la bande de jeunes instits qui y avaient participé et avec ses copains ils venaient souvent dans mon école faire expérimenter par les enfants ce que Steve Warring leur avait appris ou ce qu’ils avaient inventé eux-mêmes. Une fois ils me firent même héberger une mexicaine qui avait fuit sa famille, celle d’un psychiatre mexicain renommé, je n’étais pas aussi tranquille que ça ! La dernière année de mon séjour à Lantignié ils devaient me faire la surprise de faire venir Steve Warring lui-même pour la fête de fin d’année, cela n’avait pu se faire mais ma dernière fête scolaire là-bas fut la plus étonnante que j’ai jamais faite avec des enfants.
Il me faut rajouter sur cet après 68 et la musique le breton Alan Stivell et l’occitan Claude Marti. Alan Stivell reprenait la musique traditionnelle celte mais avec les sonorités, les rythmes et les instruments électriques qui se répandaient. Il eut un extraordinaire succès. Un ami breton m’expliqua par la suite que même si Stivell n’était absolument pas engagé, pouvait même être quelque peu antipathique, il transforma toute la jeunesse bretonne qui auparavant avait quasiment honte de ses origines. Pour cet ami, il avait été le déclenchement de la transformation de la Bretagne qui par la suite devint une des régions françaises où il y a le plus d’expériences sociales même si c’est devenu aussi celle de l’agriculture et de l’élevage industriel forcené.
De son côté Claude Marti par ses chansons remettait au goût du jour et dans les aspirations populaires la langue et la culture occitane. Lui était franchement engagé donc subversif, c’est peut-être pour cela qu’il n’a pas eu le succès commercial d’un Stivell et que son influence a été moindre et a peu dépassé l’Occitanie.
Il y a un documentaire étonnant sur woodstock, sorti en 1970 et ayant reçu un oscar du meilleur film documentaire que je vous engage à regarder s'il est encore retrouvable.
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