Pour répondre à Anthony : Bernard Collot ne "pratique" plus depuis quelques années déjà ! Mais j'ai continué à travailler et je continue toujours avec une "bande" d'enseignants , la même qu'autrefois mais très fortement rajeunie ce qui est plus qu'agréable et tout aussi fortement dynamisant ! ce dont j'ai besoin (d'être dynamisé !), comme tout le monde.

Ce qui fait aussi que je suis toujours sur le fameux terrain, c'est que le hasard de la vie a voulu que je sois maintenant de l'autre côté de la barrière, parent d'élève (horrible mot !) dans l'école ordinaire. Du coup le système éducatif m'apparaît bien plus dans ces faces stupides et nocives que lorsque j'étais dans l'autre planète que nous avions construite dans le petit village de la Vienne.

Dans tout ce que je peux dire, il y a les faits, incontestables. Par contre ce que j'ai pu en tirer, les théories dont parle Anthony, sont, elles contestables. D'ailleurs, un de mes "maîtres", Karl POPPER, disait que toute théorie n'a de valeur que si elle peut être contestée. Soit la théorie découle a postériori des faits (ce qui est mon cas) et reste valable tant que d'autres faits ne la remettent en question, et, le temps de ma pratique et encore actuellement les faits n'ont cessé de conforter la théorie. Soit la théorie doit toujours être confrontée aux faits. C'est ce qui se passe qui valide les théories sur lesquelles on base des actions ou qui oriente les théories. Dans le domaine de l'humain, c'est une attitude que l'on a bien du mal à admettre. Dans tous les domaines, sociaux, économiques, agricoles, industriels, politiques et bien sûr éducatif, depuis des décennies, voire des siècles, on continue d'agir suivant des théories ou des logiques que les faits n'arrêtent pas de démentir, mais on continue à aller gaillardement dans le mur ou on accepte que ceux qui s'en arrogent le droit et le pouvoir nous conduisent imperturbablement dans le mur.

Je vais en donner un petit exemple qui va faire hurler tout le monde enseignant :

La revendication essentielle du monde enseignant a toujours été et est toujours : moins d'enfants par classe, plus de moyens dans ce qu'on appelle les réseaux d'aide. Dans un canton suisse (Genève je crois mais je ne suis plus sûr de ma mémoire et ne retrouve plus les référence du rapport), dans les années 60-70, on a décidé de vérifier le fondement de cette assertion. Sur un secteur bien délimité, on a réalisé une évaluation globale de l'état des apprentissages et niveaux de la population scolaire. Puis on a diminué le nombre d'élèves par classes et notablement augmenté les moyens humains des réseaux d'aides (psy, orthophonistes etc.). Au bout de 3 ans on s'est livré à une nouvelle évaluation : il n'y avait pas eu d'amélioration globale notable. Si les "bons" élèves d'avant l'expérimentation en avait légèrement profité, par contre les "mauvais" élèves, ceux à qui cela aurait dû profiter, l'étaient tout autant, voire un peu plus. Dans le rapport, il était même suggéré que cela n'avait fait qu'accentuer la pression que ces derniers subissaient ce qui laissait entendre que ce n'était pas la surcharge qui était négative mais les pratiques, les approches scolaires utilisées. Autrement dit, ladite expérience pointait la faillite de la logique scolaire de laquelle on ne peut se sortir. A ma connaissance, la théorie scolaire n'a pas été ébranlée, c'est elle qui continue à emmener les enfants dans le mur que par contre tout le monde voit.

Les faits positifs, qu'ils soient ceux localisés que l'on peut constater chez nous dans un petit nombre de classes ou d'établissements, ou généralisés dans des pays comme la Finlande, devraient démontrer que la logique qui conduit les politiques, les fondements théoriques sur lesquels on appuie toujours l'enseignement (transmission des savoirs) ne sont pas valables. La loi d'orientation de 1989 n'a pas osé aller carrément dans une autre approche des apprentissages, c'est à dire à tirer les conséquences des faits positifs dont elle s'est un peu inspirée. Ce qui est très intéressant actuellement, mais aussi dramatique, ce n'est pas tant les discours ou déclamations présidentielles, mais la critique qui en est faite qui, finalement, ne repose sur rien d'autre chose que les projets gouvernementaux qui ne font que pousser encore plus loin la logique ou la théorie éducative que personne ne veut remettre en cause.

Les faits sont têtus, têtus depuis des décennies. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et au royaume des taupes les aveugles sont justement rois !

PS – Je reviendrai sur les "arbres de connaissances" dont parle Anthony et dont d'ailleurs il a été un des piliers (peut-être l'es-tu toujours ?). Mais il y a tellement de sujet à aborder que ce blog aura du mal à y suffire ! Comment l'idée d'un philosophe mathématicien (Michel AUTHIER) et la réalisation par lui- même d'un objet technique hautement sophistiqué  (l'outil informatique Gingo, puis  See-K) peut s'inscrire dans une autre logique et contribuer à la transformation de la logique qui nous enferme ? C'est ardu à expliciter simplement ! En attendant, vous pouvez lire s'il n'est pas épuisé Les Arbres de Connaissances, de Michel Authier et Pierre Lévy, éditions La Découverte, 1992. Préface de Michel Serres. - Réédition nouvelle postface mai 99 La Découverte Poche, aller donner un coup d'œil là http://perso.orange.fr/b.collot/b.collot/2.htm ou là http://www.arbor-et-sens.org/ ou là www.freinet.org/acacia/

J'essaierai de vous tenir au courant de ce que mes amis des CREPSC explorent actuellement dans ce domaine (http://marelle.org/sommaire/?wiki=Accueil) … en dehors de la technique quelque peu rébarbative !