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Je suis souvent questionné par des parents désirant apprendre à lire à leurs enfants à la maison ou faisant l’école à la maison (l’IEF) « Comment dois-je faire, quelle méthode employer ? »

La seule réponse honnête que je peux donner est du premier abord quelque peu déstabilisante : « Je n’en sais rien ! »

Le problème dans une école du 3ème type où un ensemble d’enfants de tous âges constituant une entité qui utilise et vit du langage écrit ainsi que d’autres langages est différent… et plus facile. C’est le même que celui de l’enfant qui apprend à parler dans l’entité constituée par la famille et, en réalité, ce n’est pas un problème ! Les enfants apprennent à écrire-lire dans l’école du 3ème type comme ils apprennent à « parler-écouter-comprendre » dans la famille. Personne n’aurait l’idée qu’il faut dissocier le parler de l’écouter et du comprendre. Et personne, dans une situation ou dans l’autre, ne s’étonne que des enfants s’essaient naturellement à faire des areuh-areuh, des « mama », des « papa »… ou à gribouiller sur un papier pour jouer à écrire… comme les grands. Le jeu, le plaisir, participer à la vie, s’intégrer à la vie de l’entité où l’on vit.

Le problème de l’apprentissage de la lecture à la maison est quelque peu différent. On y écrit moins qu’on y parle ! Si on n’y lit pas ou peu, l’enfant aura quelque mal à construire un langage totalement inusité, à avoir envie de le conquérir.

Bon ! Mais plaçons-nous dans la situation d’une famille où l’on lit. L’écrit y est présent pas seulement dans les livres : sur les étiquettes des pots de confiture, sur les affiches au coin de la rue, dans les titres du journal qui traîne sur la table, sur les pancartes rencontrées au cours des ballades,… sur les écrans des smartphones !  Dans ces familles, on lit des histoires aux enfants, on les laisse feuilleter des livres, les manipuler, parfois en déchirer les pages, on les laisse dessiner (c’est déjà de l’écrit !) et on leur demande ce qu’ils ont dessiné (c’est déjà de la lecture !)… Nul ne sait ce qui se passe dans les circuits neuronaux dans ces interactions, mais il s’y passe déjà quelque chose !

Tout ce que font naturellement les parents volontairement ou involontairement, c’est montrer l’importance de l’écrit… pour eux ! Pour cela il faut parfois éteindre la télé, parce que c’est un autre langage qui risque de mobiliser naturellement trop fortement les circuits neuronaux de leur bambin. Vous avez dû remarquer à quel point les jeunes d’aujourd’hui manipulent le langage de l’image animée alors que ni dans la famille, encore moins à l’école, on ne leur a donné des cours de montage vidéo. Ce n’est pas un mal, loin de là dans notre monde qui est aussi celui de l’image. Mais il faut éviter que le cerveau de l’enfant ne soit mobilisé que par ce langage dans ses constructions , ce qui se passe quand on le laisse des heures devant un écran… pour être tranquille.

La difficulté dans l’apprentissage à la maison, c’est d’attendre que l’enfant vous dise « apprends-moi à lire ! ». Tout ce que vous devrez d’abord faire, par vos comportements, par l’environnement, par votre patience… c’est arriver à ce moment. Quel que soit l’endroit où il vit, c’est toujours l’enfant qui est le décideur et le maître de ses apprentissages et son environnement qui en est le provocateur. Comme pour la marche !

A partir de ce moment, le problème d’une méthode importe peu. Avant l’école et même après, beaucoup de nos grands écrivains ont appris à lire avec la bible ou le dictionnaire ou l’almanach Vermot quand c’était le seul livre disponible ! Ceci simplement avec l’aide d’un adulte se contentant parfois de traduire. Apprendre à lire c’est saisir des repères dans une masse informe de signes pour leur donner du sens, en sachant qu’ils ont du sens, en désirant découvrir ce sens. On ne sait pas comment le cerveau procède et il procèdera différemment suivant chaque enfant. Mais on est certain qu’il construit des circuits neuronaux.

On pense généralement qu’ils ont appris… comme on le leur a appris, avec la méthode ceci ou la méthode cela. Je dirais que « la méthode » n’est alors qu’un prétexte quand l’enfant à la volonté d’apprendre, un prétexte rassurant pour celui à qui il demande de lui apprendre. Parce qu’alors l'enfant va mobiliser, à notre insu, bien d’autres circuits neuronaux que ceux que la méthode prétend utiliser et fixer, se servir de bien d’autres repères que ceux qu’on veut lui donner. Le cerveau utilisera peut-être (PEUT-ETRE !) certains des repères que la méthode veut lui donner, il est certain qu’il en utilisera d’autres, et à sa façon. Combien d’enfants sont arrivés à l’école en sachant lire, sans que le maître ou la maîtresse s’en aperçoivent et se satisfaisant alors qu’ils apprennent si bien avec « leur méthode »… ce qu’ils savaient déjà ! Sans que personne ne puisse d’ailleurs dire où et comment ils avaient bien pu l’apprendre. Nous avons l’exemple célèbre du petit Marcel Pagnol conté dans « La gloire de mon père ».

Faut-il aussi qu’il y ait des choses à lire et des intérêts à lire ! On n’apprend pas à lire pour savoir lire mais pour lire ! Cela va être la même chose pour l’écrit et tous les autres apprentissages.

Mais le cerveau a aussi une autre particularité dans son fonctionnement : il peut inhiber certains circuits quand une situation le met en difficulté et qu’il doit l’éviter. Dans l’origine de l’illettrisme (qui concerne toujours des personnes intelligentes) il y a très certainement ces deux causes : inhibition pour une raison très probablement affective, absence de raisons profondes d’avoir à enclencher ce processus de construction neuronale.

Quels que soient la situation et l’espace où l’apprentissage va se déclencher et se réaliser, il n’y a pas de moment précis pour cela (comme pour la marche !). Ce n’est pas parce qu’un enfant saura lire à cinq ans qu’il sera un écrivain, et ce n’est pas parce que ce sera à sept ou huit ans qu’il ne le sera pas ! Souvent d’ailleurs il pourrait le faire avant parce que dans une infinité d’interactions qui nous échappent ces circuits neuronaux sont devenus opérationnels, mais un facteur quelconque empêche qu’il les mette en œuvre ou qu’un autre facteur doit être nécessaire pour leur déclenchement. J’ai pu constater cela à plusieurs reprises, parfois en ayant pu découvrir le facteur qui inhibait le déclenchement[1], et voir un enfant apprendre à lire et se mettre à lire du jour au lendemain.

Une dernière remarque : on peut apprendre à parler à un perroquet… mais ce n’est pas pour cela qu’il parle et pourra discuter avec vous !

Si je devais classer les situations d’apprentissage de la lecture de la plus facile à la plus difficile ce serait cet ordre :

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- école du 3ème type multi-âge (aucune méthode ! Mais il s’agit de l’écrire-lire)

- pédagogie Freinet (Il s’agit aussi de l’écrire-lire, mais quand les classes ne sont pas multi-âge, cela demande l’application de la « méthode naturelle » qui demande quand même une certaine pratique)

- école à la maison (l’apprentissage demande un investissement et une qualité dans la relation duelle)

- école traditionnelle frontale. C’est la plus difficile puisqu’il faut que l’appreneur conduise un apprentissage identique, simultané, devant faire rentrer chaque enfant au même moment dans le même processus, dans un contexte où l’écrit n’est qu’artificiel (faire apprendre la nage en faisant apprendre les mouvements de la brasse à des enfants alignés en rang et à plat ventre sur un tabouret… au milieu du désert !). J’ai toujours eu une admiration sans borne pour les maîtresse de CP arrivant quand même à ce que des enfants arrivent à peu près à lire en fin d’année !

Un petit topo sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. (il y a quand même un petit problème dans les méthodes et la guerre des méthodes : n’importe quelle méthode impose au cerveau un seul processus qu’on croit connaître et qui, s’il s’y plie totalement, le rendra moins opérationnel dans de multiples formes de lectures différentes. Autrement dit, si vous employez une méthode, espérez ou faites que l’enfant puisse s’en échapper… et ne faites pas une confiance aveugle à toutes les méthodes !)

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[1] Voir dans un de ces ouvrages : « L’école de la simplexité » TheBookEdition.com, ou « Chroniques d’une école du 3ème type », L’Instant Présent.