aventure-ardechoise

Que d’aventures ont été initiées et vécues par ces classes uniques de 3ème type... autrefois ! Ni les enfants ni leurs enseignants n’avaient même conscience qu’elles étaient… extraordinaires ! En voilà une, toute simple nous aurait dit son initiatrice ! (c'était dans les années 80-90)

Extrait de « Multi-âge »

"La forêt en chemin"

ou l'histoire d'une balade entre 4 villages ardéchois.

Marie-Chantal D'AFFROUX

 Sur le petit plateau de Vernoux, en plein Vivarais et surplombant la splendide vallée de l'Eyrieux quatre écoles (trois classes uniques et une école à deux classes), 86 enfants, 6 instits, se retrouvent régulièrement toutes les 3 semaines autour d'un projet commun : Expression et communication.

Officiellement (il faut toujours qu'un projet rentre dans des clous !), il s'agit de développer entre ces 4 écoles des échanges (outil vidéo), de lutter contre l'isolement et l'échec scolaire en motivant les enfants par des projets communs.

Cette année-là (90-91), l'installation à St-Michel d'un couple de clowns musiciens (Pipo et Pépette !) allait impulser un projet plus centré sur l'expression orale et corporelle, l'élaboration d'un spectacle itinérant. C'est à dire d'un spectacle qui allait donner lieu à un véritable périple de saltimbanques, d'un village à l'autre !

Le thème est venu s'imposer naturellement : la forêt. « De la forêt vécue à la forêt imaginée. »

Vécue car elle nous entoure sur ce plateau ardéchois mais il a fallu l'explorer un peu mieux grâce à quelques « spécialistes » en flore et faune.

D'abord un prof d'écologie, « descendu » de son Université de Paris pour venir nous raconter les chenilles processionnaires qui ravageaient les pins cette année.

L'unique instituteur du groupe, néanmoins chasseur, nous emmena passer des heures à l'affût des grosses et petites bêtes qui peuplaient nos bois.

On parla aussi des dangers pour la forêt avec les pompiers de Chalencon, de protection et d'environnement.

On fit des visites d'entreprises vivant du bois.

On parla de la forêt en géographie : il en existe tellement, avec des noms différents, du Nord au Sud de la Terre. On raconta la forêt en histoire : son rôle de cachette (des maquis celtes aux résistants en passant par les huguenots).

Et, à force d'en parler, de la regarder, de s'y balader, de la renifler, de la toucher, de la gratter et même de la goûter, nous sommes enfin arrivés à ... la forêt imaginée.

On se raconta Mélusine

On a lu ou on se raconta pêle-mêle les légendes celtes, les chevaliers de la table ronde, les contes de Grim et de Perrault, Alphonse Daudet, Merlin et le Petit Chaperon rouge, Mélusine et la chèvre de Monsieur Seguin ! Et de tout cela, on a fait des affiches, des poèmes, des peintures, des croquis, des décors, des chansons, des bruitages, des musiques, des histoires, des dialogues, des scénarii et... un spectacle avec plein d'animaux, des fées, des lutins, des champignons et des fontaines magiques, des explorateurs perdus, un petit Chaperon Rouge bien plus malin que celui de Charles Perrault et une histoire à dormir assis car la Belle au Bois Dormant était en fauteuil roulant !

En Janvier, nous avons mis sur pied un stage de clowns avec Pépette et Pipo, histoire de faire rentrer le métier ! Les « cycles 2 », eux, étaient partis en classe musique où ils travaillaient les bruits de la forêt, y apprirent des chansons qui leur serviraient plus tard.

Chaque école travailla ensuite sur son propre scénario et Pépette mit tout ça en place le long d'un chemin qui passait entre nos 4 écoles.

Parlons quand même aussi des heures passées à récupérer des kilomètres de tissus, de fourrure, de tulle ; des soirées passées à tailler, à assembler avec les mamans les costumes d'animaux ou de lutins, de sorcières ou de princes ! Les heures de maquillage, de répétition, de lassitude et d'excitation, de trac enfin au fur et à mesure qu'on approchait de la tournée.

86 enfants sur les sentiers des chèvres !

Et ce fut le grand jour ! Les grands jours ! Imaginez 86 enfants, pendant une semaine, dans une grande file le long des chemins de la montagne vivaroise. II n'y avait pas la roulotte espérée mais des 4x4 récupérés assuraient l'intendance. L'arrivée dans chaque village était annoncée par l'extraordinaire fanfare d'instruments hétéroclites fabriqués avec l'aide de Pipo et Pépette. Salles de classes, salles des fêtes étaient réquisitionnées pour un immense et joyeux campement. Brutalement, chaque village traversé se trouvait transfiguré !

L'emploi du temps d'une journée était à peu près celui-là :

Matin : lever, déjeuner, nettoyage, bagages... puis marche !

A midi, pique-nique au bord d'un ruisseau.

Après-midi parade ...

Après-midi, sieste, parade dans le village où nous débarquions, couture (les costumes !) et répétition dès que l'intendance (merci à eux !) avait remonté les décors.

Vers 19 heures, « banquet » offert par les parents du village, puis maquillage de 86 frimousses et habillage d'autant de gamins ! Heureusement les grands aidaient les petits, les instits aidaient les grands et nous, on s'aidait tout seul !

Quand les derniers projecteurs s'étaient éteints, il fallait attraper les petits qui dormaient à moitié (certains étaient emmenés chez eux jusqu'au lendemain), s'habiller, se démaquiller à peu près et se glisser dans les duvets sous les tentes comme à SILHAC, dans les salles des fêtes ou de classes ailleurs.

Cette année là nous sommes aussi allés à la rencontre d'autres spectacles dans de vrais théâtres. Mais le clou fut l'accueil d'une troupe de jeunes musiciens, danseurs et comédiens RUSSES (Véréteng) qui, entre deux tournées, l'une en Espagne d'où ils revenaient, l'autre en France qui n'avait pas encore commencée, débarquèrent à St-JEAN où ils furent hébergés dans nos chaumières. Pour nous remercier, ils nous offrirent un superbe spectacle dans le temple du village. Après, il y eut des danses avec eux, sur la place du village... et la veillée fut longue !

4 spectacles, 31 km de marche, près de 1 000 spectateurs, quelques sous dans les chapeaux, beaucoup plus du côté de la DRAC-Rhône-Alpes (40 000 F), une grosse fatigue, des souvenirs fabuleux.

Beaucoup de points positifs : Pour chaque enfant, pour l'ensemble du groupe qui prend de plus en plus de plaisir à se retrouver, au niveau de chaque classe, au niveau de chacun des instits, pour les villages et les enfants qui se sont rencontrés ou retrouvés.

Et si cette année un contrat inter-école et inter-communes voit le jour (deux postes sont menacés), c'est grâce aussi à ce chemin qui depuis quatre ans, mais surtout depuis l'an dernier, nous relie les uns aux autres.

Marie-Chantal D'AFFROUX[1]

 Ils auraient pu aussi contacter l'école de petits indiens perdus au fond de la forêt vierge guyanaise et évitant les crocodiles en revenant de l'école en pirogue, ou encore une des écoles sénégalaises en bordure des palétuviers, ou encore les petits russes en bordure de la taïga près de la frontière finlandaise, ou encore ... toutes ces écoles faisant partie du vaste réseau planétaire patiemment tissé par ces classes uniques ! D’autres aventures dans « Multi-âge » ou dans « La fabuleuse aventure de la communication » (BC)


 [1] Marie-Chantal est partie à la retraite quelques années après moi. Elle avait vécu avec sa classe plein d’aventures extraordinaires dont en particulier un périple dans une oasis tunisienne (après une discussion des enfants sur le racisme et les autres, quoi de mieux qu’aller voir... en Tunisie !) Elle est toujours investie dans de nombreuses associations ardéchoises (dont le parc naturel des Monts d’Ardèche), dans des projets incongrus…